MONTREUIL en AUGE



NOTES  sur MONTREUIL-en-AUGE – 14412

1 – BIBLIOGRAPHIE.
2 – AUTRES ARCHIVES SHL.
3 – MANOIR DE LA MORINIERE.

1 – BIBLIOGRAPHIE

CAUMONT Arcisse de : Statistique monumentale du Calvados, réédition FLOCH Tome IV, page 174.

Editions FLOHIC : le patrimoine des Communes du Calvados page 531.

Montreuil-en-Auge, Manoir de la Morinière, CDMPA, pp. 253-254; famille Chantelou, Labbey de la Roque

PANNIER Arthème : voir Archives SHL, NE12, 2e carton.

RAULT Fernand, « Montreuil-en-Auge a-t-il volé la cloche de Léaupartie ? », PAR, 25, N° 9, Septembre 1975, pp. 24-30

Voir le site: j.y.merienne.pagesperso Villes et villages du Calvados

STATISTIQUE MONUMENTALE DU CALVADOS PAR ARCISSE DE CAUMONT
Montreuil, Monasteriolum.
L’église de Montreuil se compose d’une nef et d’un choeur à chevet droit sur lequel on a appliqué, dans les temps modernes, une sacristie à pans coupés.
L’appareil des murs de la nef est disposé en arêtes de poisson. Une fenêtre primitive en forme de meurtrière existe encore du côté du nord. De ce côté, le choeur est également construit, en partie, en arêtes de poisson, mais il paraît avoir été allongé postérieurement.
Quelques grandes pierres de taille ont été employées dans les murs de la nef.
La façade occidentale est peu ancienne ; la porte, précédée d’un porche en bois, est de forme carrée.
Autrefois on y entrait par une porte latérale, au sud, qui a été bouchée, mais dont on voit la place : toutes les fenêtres de la nef et du choeur sont refaites et modernes, arrondies au sommet.
Le grand-autel est orné de colonnes corinthiennes ; le tabernacle annonce l’époque de Louis XV.
Le confessionnal, également en chêne, porte la date 1707.
Le choeur est garni de boiseries en chêne à panneaux sculptés du XVIIIe. siècle.
Deux autels en regard se voient entre choeur et nef ; l’un est dédié à la Sainte Vierge, l’autre à saint Roch.
Le choeur et la nef sont voûtés en bardeaux.
Les entrais ont été coupés.
La charpente qui supporte la tour, établie au centre du toit sur la nef, près du choeur, forme une espèce de barrage horizontal qui masque désagréablement le choeur. Cette disposition se retrouve dans un très-grand nombre d’églises de la contrée. On a dissimulé ce diaphragme en le tapissant de tableaux, en y appliquant la croix triomphale ; mais l’effet n’en est pas moins très-mauvais. Sur le plancher horizontal on a établi ordinairement une chambre d’où l’on monte à la tour avec des échelles; c’est là qu’est placée l’horloge quand il en existe.
Quelques tableaux intéressants se voient dans l’église de Montreuil; probablement ils proviennent de l’abbaye du Val-Richer.
Cette église est sous l’invocation de Notre-Dame. Le seigneur du lieu nommait à la cure (Au XIV. siècle, le seigneur était Philippe de Monstreuil, d’après le Pouillé de Bayeux. Le fief était un fief de chevalier avec extension à Cambremer, St.-Ouen-le-Paingt et ailleurs, et relevait noblement par loi et hommage de la baronnie de Cambremer. Il passa, dans la suite, à la famille de Matharel..
L’abbaye du Val-Richer percevait les dîmes.
On comptait dans la paroisse 2 feux privilégiés et 36 feux taillables.

MONTREUIL-EN-AUGE. – Au lieu dit « Les Mottes de Montreuil », vestiges d’une enceinte circulaire dont le fossés, en partie comblés aujourd’hui, sont encore très marqués vers le Nord, où leur profondeur atteint 6 mètres. Cette motte est aujourd’hui couverte de bâtiments de diverses époques, dont une maison du XVIe siècle, appelée « Vieux Manoir ». Cette motte est inédite (2). Au sud de la commune, sur un plateau élevé, se trouve un triage du  » Catillon » qui s’étend sur le territoire de Cambremer (3).
(2) D’après lettre et croquis de M. l’abbé Simon.
(3) Cf l’art. CAMBREMER.

2 – AUTRES ARCHIVES SHL:

1F376 : 4 décembre 1708 : François Fosse sieur du Parcq de Cambremer a fieffé à Jean Lecourt demeurant à Montreuil 5 pièces de terre.
1F379 : 23 mai 1739 : Jean, François, Guillaume et Jacques Le Court partagent la succession de Guillaume leur père de Montreuil.

Carnets de Charles Vasseur ; voir « paroisses hors Evêché de Lisieux »

1751-1858 – Saint-Martin-de-Mailloc
Pièces diverses: constitutions de procureurs; bail; inventaire de meubles; quittances, etc. se rapportant à la famille de Philippe.
Y sont cités: Charlotte de Philippe de Beaumont, demeurant à Lisieux, porte de la Chaussée, Charles de Philippe, écuyer, sieur de Phisemont, Catherine Dufour, dame de Montreuil, veuve de Christophe de Guerpel.
= Arch. SHL. 3F Cailliau. 191. 2 p. parch. et 14 p. pap.

Carnets de Charles Vasseur : « paroisses hors Evêché » de Lisieux » (HORS EVECHE.DOC)
1- Montreuil
– Voir :
Montfaut p.25
Recherche des Nobles de Lisieux p.71
D’Hozier 66-218
Normand 6 février 1869
Formeville Tome 1
– Diocèse de Bayeux – Election de Pont l’Evêque, sergenterie de Cambremer
2 feux privilégiés – 36 feux taillables
– Description de l’église par A. Pannier en septembre 1860
– Description des cloches
La première la plus petite
J’ay été nommée Anne par Dame Anne Clotilde de Lepiney épouse de Messire Louis Thillaye de Carouge, chevalier, seigneur et patron de Léaupartie, le Chapitre et autres lieux, assistée de Maistre Paul Jean Jacques Philippe, chevalier de Marigny, ancien capitaine de dragons, chevalier de l’ordre royal militaire de St Louis.
Rectore Petro de la Vigne et capellano G. Lerebours. Sit nomen domini benedictum.
Lavillette de Lisieux nous a faite en 1780

La plus grosse fondue en 1806 par le même fondeur, est l’ancienne cloche de Léaupartie.
Elle a été bénite par Messire Lemaître, curé de Cambremer et Monsieur Jacques Pierre Drieu, desservant dudit lieu …..Guillaume, François Moutier, maire de Léaupartie réunie à Montreuil, Adrien Tranquille de La vigne, maire

– Recherche de 1666
La veuve de feu Regné Sauquet condamné.

(les autres pièces historiques trouvées concernant Montreuil ne semblent pas concerner Montreuil en Auge.)

3 – MANOIR DE LA MORINIERE :

Le Manoir de la Morinière à Montreuil en Auge-14
Nous nous proposons, dans une série d’articles, de promener nos lecteurs dans ces vieux manoirs dont est semée notre région. Ils les connaissent sans doute de vue et de nom, mais ils n’ont pas eu l’occasion de leur demander leurs secrets. Ils ont pourtant tous, quelque chose à nous dire. Leur humble histoire est inséparable de notre histoire locale, religieuse ou civile. Ils ont abrité sous leurs hautes toitures, des lignées de petits gentilshommes, de bourgeois, de cultivateurs encore représentés aujourd’hui, soit en ligne masculine, soit en ligne féminine. De sorte qu’en racontant leurs humbles fastes, nous évoquerons pour beaucoup de nos lecteurs et nous éclaircirons souvent de précieux souvenirs de famille.

Le manoir de la Morinière n’est pas des plus importants. Situé à l’extrémité de la vallée de Montreuil, à quelques centaines de mètres du château de la Roque-Baignard, à flanc de coteau, sur la lisière des bois de Montreuil, il se présente sous la forme d’une bâtisse trapue, moitié pierre, moitié colombage. A l’examen, il semble que le corps de logis a été notablement diminué. L’un des gables est d’une construction frustre et peu soignée. A l’intérieur, une vaste et belle cheminée, faite pour quelque grande salle, ne donne de ce coté que sur un local étroit comme un couloir. Cette cheminée et celle qui lui fait pendant dans la chambre voisine offrent de grands manteaux supportés par des colonnes à chapiteaux certainement antérieurs au XVème siècle. Dans cette dernière chambre, les poutres du plafond sont encore ornées de peintures en camaïeu qui semblent du XVIIème siècle. Au dehors, des restes de douves, jadis alimentées par le ruisseau de Montreuil, où poussent à l’envi les roseaux.

Le nom de la Morinière évoque la possession d’une famille Morin. Mais, sur cette famille nous n’avons rien.

La famille que nous y trouvons citée le plus anciennement est de Chantelou, en la personne de Raoul de Chantelou.
Raoul de Chantelou vivait au début du XVIème siècle. Il avait épousé Catherine de Bonenfant, dont il était veuf aux environs de 1504. Il épousa par la suite Catherine de Courseulles, veuve de Jean Baignard, seigneur de la Roque. Celle-ci avait eu, de son premier mariage, quatre enfants: 1° Gilles Baignard, qui devint seigneur de la Roque; 2° Catherine Baignard, qui épousa, en 1511, Jean Labbey, sieur de Lombelon, fils d’autre Jean Belley, seigneur d’Héroussart; 3° Margueritte Baignard, mariée à Guillaume de Malfillastre, écuyer, sieur de la Haulle, dont le neveu, Olivier de Malfillastre devait devenir le premier seigneur de Montreuil de cette famille; 4° une fille mariée à Barnabé de Sainte-Marie, écuyer.
Raoul de Chantelou se disait, et sans doute non sans raison, issu de messire Eustache de Chantelou, chevalier, qui vivait en 1333. Ces Chantelou, vieille famille chevaleresque, portaient: d’argent au loup de sable armé de gueules, c’est à dire au loup noir avec des griffes rouges.
Représentant d’une branche cadette, il modifiait ces armes en y ajoutant quelque détail. On appelait cela « briser » les armes. Un manuscrit de la « Recherche de la Noblesse », faite par La Galissonnière en 1668, nous dit que lui et sa branche portaient: d’argent au loup courant de sable accompagné de 3 têtes de loup de même, 2 et 1, oeillées, lampassées et armées de gueules, c.a.d. avec les yeux, la langue et les griffes rouges. Très vraisemblablement, ces armoiries étaient, selon la coutume, peintes sur le manteau des hautes cheminées du manoir. L’écusson était supporté par deux lévriers et surmonté d’un casque au-dessus duquel apparaissaient à mi-corps un troisième lévrier formant cimier.
En l’an 1540, Raoul de Chantelou vivait encore à Montreuil. Le 21 avril de cette même année, Maîtres Nicolas Le Vallois, François Le Roy et Jean Hédiard, écuyers, Elus de Lisieux, reçurent commission du Roi leur mandant de faire des chevauchées « par les villes, bourgades et étendue de l’Election de Lisieux » afin d’y examiner les titres des gens d’Eglise, des nobles et des privilégiés qui n’étaient pas astreints à l’impôt de la taille. Ceux-ci voyaient d’abord les collecteurs d’impôts de chaque paroisse qui leur fournissait la liste des exemptés, puis ces derniers devaient venir, là où siégeaient les commissaires, avec leurs titres de noblesse ou d’exemption d’impôts. C’était un moment assez dur pour certains petits gentilshommes campagnards, dont les papiers n’étaient pas toujours en règle et qui devaient prouver, pièces en mains, au moins quatre degrés de noblesse.
Le sieur de la Morinière se présenta donc. Il avait un certain nombre de papiers, mais qui n’étaient que des copies d’actes anciens, copies cependant attestant qu’elles avaient été faites sur l’original, ce que l’on appelait des « vidisse ». Laissons parler le vieux texte de la Recherche des Elus de Lisieux de 1540.
« Monstereuil: Raoul de Chantelou a dit être procréé de noblesse ancienne; et, pour le fournir, il a produit plusieurs lettres, l’une desquelles est un « vidisse » des tabellions de Torigny, de juin 1528, comme ils avaient vu un rôle où il y a plusieurs aveux rendus à Mre Eustache de Chantelou, chevalier, au bas duquel rôle était écrit lui être fait, lu et
accordé en la présence de Mre Eustache de Chantelou, chevalier, le jeudi après la St Aubin 1333; duquel chevalier il a dit être descendu; et, pour ce qu’il ne l’a suffisamment fourni, le procureur du Roi a requis qu’il soit assis ».
On l’aura compris: « être assis », s’est figurer à l’assiette de la taille, autrement dit être condamné à payer cet impôt comme les non-nobles. Les preuves de Raoul de Chantelou avaient été reconnues insuffisantes. Il convient de dire que les commissaires se montraient souvent fort sévères, parfois injustes, pour la petite noblesse, qui n’était pas en mesure d’aider leur bienveillance avec quelques pots de vin.
Fort de son droit, il n’en continua pas moins à prendre le titre d’écuyer. Et il est probable qu’il finit par obtenir justice, puisqu’en 1668, ses descendants seront appelés à comparaître à nouveau devant les commissaires, ce qui suppose qu’ils passaient pour nobles.
De Catherine de Bonenfant; il avait eu au moins deux fils: 1° Pierre de Chantelou, qui épousa, en 1554, Anne de Sainte Marie, et dont la descendance, reconnue noble, habitait en 1666, la paroisse de Saint-Loup-Hors, près de Bayeux, et 2° Nicolas de Chantelou, auquel semble être échue la terre de la Morinière. De Nicolas, nous ne savons rien, sinon qu’il épousa demoiselle Anne de Hesbert.
Nous pensons qu’il en eut au moins deux fils: 1° Julien de Chantelou, écuyer, seigneur de la Morinière, qui remplit les fonctions de vicomte de Torigny, ce qui suppose qu’il n’habitait guère son manoir. Il se maria d’ailleurs du côté de Bayeux, en épousant Renée Hélyes, fille de Pierre Hélyes, écuyer, seigneur de Lyserne et de Barbe de Montailly. Il ne semble pas avoir laissé de descendance, car, après lui, la Morinière échut à son frère.
2° François de Chantelou. Celui-ci fut fidèle à notre région. Son mariage l’y fixa, car il épousa, par contrat du 5 janvier 1597, demoiselle Marguerite de Malfillastre, fille d’Olivier de Malfillastre, écuyer, seigneur et patron de Montreuil et de dame Marguerite Le Marchand. Les Malfillastres portaient: d’argent à 3 merlettes de sable. Ils habitaient le manoir seigneurial de Montreuil, occupé aujourd’hui par la famille Cholet. Elle-même se trouve descendre par les femmes d’Olivier de Malfillastre, et qui plus est, des Chantelou de la Morinière.
François de Chantelou, écuyer, sieur de la Morinière, eut au moins deux enfants de son union avec Marguerite de Malfillastre: un fils, Charles, dont nous allons parler, et, une fille, Marguerite de Chantelou, que les registres de la Roque-Baignard et de Cambremer mentionnent en 1647, 1648 et 1650, et qui ne paraît pas s’être mariée.
Charles de Chantelou, écuyer, sieur de Launay, puis de la Morinière, semble avoir mené une vie assez dissipée, et il ne dut pas contribuer beaucoup à la prospérité de la famille. Il se maria sur le tard avec demoiselle Catherine de la Haye. Mais auparavant, il avait eu au moins (six) sept* enfants naturels de Guillemette Le Vigneur. Conformément à la législation du temps, ces enfants ne pouvaient porter le nom de leur père. Quand il s’agissait d’une famille un peu notable, on leur donnait le nom de l’une des terres ou sieuries de la famille. Les enfants de Charles de Chantelou et de Guillemette Le Vigneur portèrent le nom de « de la Morinière ».
Ce fut d’abord une fille: Marguerite de la Morinière, née un peu avant 1630, qui épousa Guillaume Durey et se fixa à Cambremer. Puis quatre* garçons: 1° Olivier de la Morinière, marié, à la Roque-Baignard, le 14 février 1668 à Marie Varin, fille de Jeanne Varin et d’Anne Doublet, de Cambremer. Il exerça la profession de Charron. 2° Jacques de la Morinière, qui épousa à la Roque-Baignard, le 3 février 1676, Marguerite Estard. Il fut charpentier et habita Montreuil, puis La Roque-Baignard. 3° François* de la Morinière, né vers 1646, marié au Pré-d’Auge-14 le 14 Septembre 1673 à Jacqueline Le Héribel, 4° Jean de la Morinière, né vers 1647, marié le 7 septembre 1675, à Jeanne Cosnard. Il était charron comme son aîné. Ces quatre frères sont les ancêtres de toutes les familles de la Morinière, puis Delamorinière (ou Lamorinière)* si nombreuses dans notre région (ou vivant en France)*, (et des « De » Lamorinière habitant le Havre depuis 1857)* ainsi que de la famille Morinier de Barentin-76. On mentionne encore deux filles dont nous ne saurons fixer la date de naissance: Françoise et Anne, qui épousa Jean Le Rémois.
Cette descendance, malgré la médiocrité de sa situation, fut toujours en bons termes avec la famille de Chantelou. Marguerite de Chantelou, soeur de Charles, Catherine de la Haye, sa femme et ses enfants nomment souvent au baptême, les enfants qui en sont issus.
C’est certainement après 1647 que Charles de Chantelou épousa Mlle Catherine de la Haye, dont il devait avoir trois enfants. Elle fut marraine, à la Roque, le 27 mars 1670, de Pierre de la Morinière, fils d’Olivier et de Marie Varin. Elle mourut sur cette dernière paroisse, où sans doute elle s’était retirée après la mort de son mari, le 8 septembre 1683. Sa dépouille mortelle fut transférée à Montreuil le lendemain et inhumée dans l’église. Nous lisons en effet dans les registres de la paroisse, l’acte qui suit:
« Le jeudy 9 septembre 1683, vis à vis de l’autel Saint Roch, contre la muraille, fut inhumé le corps de déffuncte damoiselle Catherine de la Haye, vivante veufve de Monsieur de Launey-Chantelou, laquelle décéda sur la paroisse de la Roque le jour précédent ». Assistaient à l’inhumation « Monsieur de Montalery, prêtre, chapelain de la Charité de Manerbe » et M. Regnault, vicaire de la Roque.
Cet acte demande quelques explications:
D’abord le qualificatif de « damoiselle » donné à Catherine de la Haye. Rappelons qu’à cette époque, ce terme ne désignait pas nécessairement une personne non mariée, mais une personne appartenant à la bourgeoisie ou à la petite noblesse, autrement dit une « dame » de second rang.
Notons la présence de la Charité de Manerbe. Il n’y avait pas encore alors de confréries de Charité dans toutes les paroisses. On faisait appel à celle de Manerbe ou de Notre-Dame-d’Estrée, qui étaient fort importantes et avaient leur prêtre chapelain particulier.
Une troisième remarque, la plus importante, concerne la situation de la tombe de Catherine de la Haye. Elle est « vis à vis de l’autel Saint Roch contre la muraille ». Avec la position actuelle des petits autels dans l’église de Montreuil, cette description ne s’explique pas. Ce qui en ressort, c’est qu’alors les deux petits autels étaient placés comme ceux de l’église de Léaupartie, face à la nef, leur fronton s’appuyant sur les poutres du grenier de la tour. L’entre-deux formait l’entrée du choeur et était surmonté de l’arc triomphal. Il en était de même d’après certains indices, dans l’église de Grandouet et dans beaucoup d’autres.
François* de la Morinière n’avait pas été cité par G-A Simon, c’est Mr Lebeurier (descendant des De la Morinière par sa mère) du Pays d’Auge-14 qui a réparé cet oubli.
()*: mots ajoutés par Mr Daniel Cailloux, suites à ses recherches sur l’origine de tous les Delamorinière, les Lamorinière et les « De » Lamorinière vivant en France en 1994.
²Charles de Chantelou, écuyer, sieur de la Morinière, était décédé, lui, dès avant 1668. Il est présenté comme tel dans un manuscrit que nous possédons, de la Recherche de la Noblesse faite à cette date. Il laissait de son mariage avec Catherine de la Haye: un fils, François, et deux filles, Catherine et Marie.
Avant de nous occuper de François, qui gardera la Morinière, quelques mots de ses soeurs:
Catherine de Chantelou, fut marraine avec son frère François, à Montreuil, en mai 1677, de Joseph de la Morinière. Le 18 novembre 1683, elle nomma également à Cambremer, sa petite cousine Marie-Françoise de Malfillastre, fille de Jean-François de Malfillastre, écuyer, sieur du Bais, et de demoiselle Françoise de Malfillastre. Notons en passant que c’est par une soeur de cette Marie-Françoise de Malfillastre que le château du Bais passa à la chevaleresque famille des du Bois, qui l’a conservé jusqu’aujourd’hui, son propriétaire actuel, M. de Monts de Savasse étant issu de la dernière des du Bois du Bais.
Catherine de Chantelou épousa, à la Roque-Baignard, le 19 février 1686, Jean-François de la Vigne, sieur des Douaires, troisième fils de Guillaume de la Vigne, sieur de la Croix et de la Madeleine de Jort, de la Paroisse de Montreuil. Ces de la Vigne étaient, comme l’indique leur surnom, possesseurs du manoir des Douaires, possédé aujourd’hui par M. Malvina Martin.
De leur mariage est issu, entre autres enfants, Pierre-François de la Vigne, sieur des Douaires, qui, de Marie-Geneviève Fergant eut au moins six enfants. Nous n’en retiendrons que deux: Jean-François, sieur des Douaires et Françoise, mariée à Pierre-Joseph Le Rat de la Prairie. Jean-François épousa Marie-Anne Picard de Grandpray. La croix, qui abritait la tombe de cette dernière se voit encore, dans le cimetière de Montreuil, le long du choeur.
On y peut lire: ci gist le corps de Marie-Anne Picard, épouse de Jean-François de la Vigne, laquelle décéda le 11 janvier 1770, âgée de 43 ans. Priez Dieu pour le repos de son âme.
Françoise de la Vigne et Pierre-Joseph Le Rat de la Prairie eurent pour arrière-petite fille Marie-Aimée le Rat qui épousa Jean-Honoré Gondouin, dont trois enfants: 1° Ernestine-Marie Gondouin, mariée à Léon-Adolphe Cholet, grand-père de Mme Louis Guérin et de Mr Léon Cholet, propriétaire de la terre de Montreuil, 2° Marie-Aimée Gondouin, mariée à Louis Martin de la Couture, 3° Honoré Gondouin, père de feu M. Honoré Gondouin, de Saint-Ouen-le Pin et de M. Arsène Gondouin, de Cambremer et grand-père de M. Charles Gondouin, de Rumesnil.
De cette descendance des Chantelou, il suit que M. Léon Cholet de Montreuil habite actuellement le vieux manoir seigneurial de Montreuil, possédé jadis par son onzième aïeul Olivier de Malfillastre, père comme on l’a vu, de Margueritte de Malfillastre, mariée à François de Chantelou de la Morinière.
Marie de Chantelou, soeur de Catherine, fut elle aussi marraine à Cambremer, le 28 mai 1676, d’une fille de Jean-François de Malfillastre, sieur du Bais, nommée Marie-Madeleine. Elle épousa, à la Roque-Baignard, le 23 septembre 1686, étant âgée de 30 ans, Guillaume Cauvin, sieur de Longchamps, âgé de 37 ans, fils de feu François Cauvin, de la paroisse Saint-Jean de Caen. Ces Cauvin étaient originaires de Saint-Georges-de-Montcoq, près de Saint-Lô et François Cauvin était proche parent d’une certaine Catherine Cauvin, fille de Guillaume et de Marie du Bois, qui épousa en 1701 à Saint-Georges-de-Montcoq, honorable homme François Simon, cousin germain de mon quintaïeul Jean Simon, sieur de la Guerre.
De Marie de Chantelou et de Guillaume Cauvin de Longchamps est issue Marie-Anne-Thérèse Cauvin de Longchamps, qui épousa successivement Robert-Louis Mallet, sieur des Douaires, Guillaume-Anne Clérel de la Roullière, fils du seigneur de Rampan, à Saint-Georges-de-Montcoq, et Paul de Bernières, seigneur de Sainte-Honorine.
Après avoir indiqué la descendance des deux filles de Charles de Chantelou et de Catherine de la Haye, dont l’une, celle de Marie est encore représentée par les familles Cholet, Gondouin, Guérin, Camu, ect., il nous faut parler de leur frère François, à qui revint le domaine de la Morinière.
Nous avons sur lui bien peu de renseignements.
Nous avons vu qu’en 1677, il fut, à Montreuil, parrain de Joseph de la Morinière. La même année, le 13 mai, il était parrain à Cambremer, de Catherine de Malfillastre, fille de Jean-François de Malfillastre, écuyer. Il épousa demoiselle Catherine Brunet, sur laquelle nous ne savons rien. Il vivait encore en 1696, époque, où conformément à l’édit de Louis XIV prescrivant aux nobles et bourgeois de faire enregistrer leurs armoiries, il présenta les siennes au bureau de Falaise: d’argent à un loup courant de sable armé de gueules. Dans cet acte, il est qualifié « écuyer », c’est à dire que sa noblesse était dûment reconnue. Il n’en avait pas toujours été ainsi. Lorsque son père était décédé, avant 1668, et, qu’il n’était qu’un enfant, il avait eu maille à partir avec les commissaires chargés de vérifier les preuves de noblesse. Ceux-ci, par acte du 28 juillet 1668, l’avaient déclaré usurpateur et condamné à 500 livres d’amendes. Dans la suite, il parvint à faire reconnaître son bon droit et fut rétabli dans ses prérogatives au Conseil du Roi.
Ces « Recherches de la Noblesse » avaient leur raison d’être. Certains bourgeois essayaient de se faire passer pour nobles afin de ne pas payer l’impôt de la taille. Le résultat, c’était que la part qu’ils ne payaient pas était à la charge du commun des habitants. Une stricte recherche des nobles était donc une mesure éminemment favorable au peuple.
Nous ne connaissons à François de Chantelou qu’un fils, Adrien de Chantelou. Celui-ci naquit à la Morinière en 1680, et fut baptisé à Montreuil. Voici son acte de baptême: « Le dimanche 22 septembre de l’an 1680, par nous soussigné prêtre, curé de ce lieu, fut baptisé un fils issu du légitime mariage d’entre François de Chantelou, escuyer, et damoiselle Catherine (Brunet), de cette paroisse, lequel fut nommé Adrien, par noble et vénérable personne Adrien Le Gentil, curé de la première portion d’Estrées, assisté de damoiselle Catherine de la Haye, mère du dit sieur de Chantelou, ses parrain et marraine, qui ont signé à la minute ».
Adrien de Chantelou épousa Catherine-Michelle Le Harivel de Maizet, fille de Messire Nicolas de Harivel, seigneur et patron de Maizet, et de Françoise de Chantelou, cette dernière issue d’une autre branche des Chantelou. Ces Le Harivel, connus depuis le XIVème siècle, portaient: de gueules à 3 roses d’or.
Catherine-Michelle avait été baptisée à Maizet, le 24 juillet 1690, et elle avait eu pour marraine Catherine Maillard de Léaupartie, fille de René Maillard, seigneur de Léaupartie et de Charlotte Simon, laquelle était mariée depuis 1678, à Jacques Le Vaillant, seigneur de Vaucelles, près de Bayeux, devenu par cette alliance, seigneur de Léaupartie.
Le mariage d’Adrien de Chantelou avait eu lieu avant 1716, car il figure, le 2 avril de cette même année, à Ste-Honorine-du-Fay, au mariage de son beau-frère Georges Le Harivel, écuyer, avec noble demoiselle Françoise Guéroult. Notons en passant que Georges Le Harivel fut l’ancêtre des Le Harivel de Gonneville, dont est issue, par sa mère, Marie Le Harivel de Gonneville, femme du Comte de Mirabeau, la Comtesse de Martel, connue par ses romans, sous le pseudonyme de Gyp.
On trouve encore Adrien de Chantelou à Maizet en 1732.
Nous pensons qu’il fut le père de Charles-Adrien de Chantelou, qui, d’après les minutes du notariat de Cambremer, vivait à Montreuil en 1743 et 1753. Il fut sans aucun doute le dernier de son nom à posséder la Morinière, car, en 1771, le Vieux Manoir et ses terres passèrent aux mains de Jean Gosset.
() François de Chantelou et Catherine (Le) Brunet se sont mariés le 28 Novembre 1678 à Urville-14. Leur acte de mariage a été retrouvé par Mr et Mme Guy Marsault de l’Entraide Généalogique Bretagne-Maine-Normandie.
Jean Gosset qui, en 1771, fit l’acquisition de la terre de la Morinière, appartenait à une vieille famille de Coquainvilliers. Pierre Gosset figure à l’Armorial de 1696, avec le blason: d’azur à un pal d’or. La branche la plus célèbre, celle des Gosset des Aulnais et de la Rousserie a donné des magistrats et s’est alliée à la meilleure noblesse. Ceux qui vinrent s’établir à Montreuil étaient de riches cultivateurs; on disait alors des « laboureurs », ce terme n’était pas ordinairement employé pour désigner les ouvriers occupés au labour. La « classe des laboureurs » vivait sur le même pied que les gentilshommes campagnards, s’alliât à l’occasion à leurs familles et faisait parfois souche de noblesse.
Jean Gosset était lui-même fils d’un autre Jean Gosset. Il devait être né vers 1735. Il avait épousé Marie-Madeleine Mariolle, née vers 1737, si l’on en juge par l’âge qui lui est donné par son décès. Lors de son arrivée dans le vieux manoir des Chantelou, il avait au moins un fils, encore tout enfant, nommé Jean-Pierre. Celui-ci nous intéressera tout particulièrement, car il jouera un rôle aux jours sombres de la Révolution.
Au moment où celle-ci commençait, Jean-Pierre Gosset venait de se marier avec Marie-Anne-Catherine Héroult, fille d’un cultivateur de la Roque-Baignard. Il était intelligent et jouissait de l’estime générale. Comme beaucoup, il accueillit les réformes avec de grandes espérances, ne pensant nullement qu’on en put venir à la chute du roi et à la lutte antireligieuse. Dès le début, il fit partie du « conseil général » de la commune, qui devait remplacer les antiques « assemblées du commun ». Le premier maire fut Jean-Pierre Jouenne, cultivateur très estimé pour ses capacités professionnelles, mais un peu trop lancé dans le mouvement. Celui-ci ayant été nommé membre de l’Administration du département, où il figura sous le nom de « Jouenne de Montreuil », on le remplaça par le curé, Maître Pierre Drieu. Le 24 octobre 1790, Jean-Pierre Gosset assista à la prestation du serment de l’abbé Drieu. Ce serment sur la légitimité duquel on hésita beaucoup, devait être condamné par le pape, car la nouvelle Constitution comportait une nouvelle organisation de l’Eglise peu conforme à la doctrine catholique. M. Drieu devait le regretter dans la suite. L’année suivante, la mairie passe à un parent de Jouenne de Montreuil, cultivateur aussi, Nicolas Jouenne. La Révolution progresse; le Roi est arrêté, le clergé persécuté. Nicolas Jouenne cherche à ne pas trop se compromettre. La crainte de ne pas paraître assez avancé lui fait faire quelques sottises; et il cède aussi trop volontiers à des inimitiés personnelles. Le 8 décembre 1792, on avait décidé que la nef de l’église servirait désormais aux réunions municipales, le choeur seul était réservé au culte. M. Drieu proteste et le lendemain, donne sa démission d’officier municipal. Jean-Pierre Gosset est de l’avis du curé. Il est désormais classé « aristocrate », et en butte aux mauvais procédés de Nicolas Jouenne, auquel il répond par des réflexions mordantes.
Le 11 avril 1793. – Nous sommes alors en pleine Terreur, Jouenne envoie la garde nationale de Montreuil commandée par le sergent Laurent Massinot, désarmer Jean-Pierre Gosset et plusieurs autres habitants de Montreuil et de la Roque-Baignard, considérés comme suspects. On lui enlève un fusil et une broche à rôtir. Même prise chez les autres suspects. Naturellement, Gosset proteste avec énergie. Le lendemain, il y a réunion du conseil. La majorité donne tort au maire, qui a agi de lui-même, sans avoir consulté personne. Et on enjoint à Massinot de reporter à leurs propriétaires fusils et broches à rôtir. Massinot s’exécute et se rend d’abord à la Morinière. Là il est bousculé par deux citoyens quelque peu excités, qui pourtant sont au service de Gosset, mais qui prétendent que les propriétaires n’ont qu’à aller chercher eux-même leurs armes et qu’on leur présentera « par le bon bout ». Ces deux excités se nomment Le Chevalier et Lelion.
Dans la nuit du 21 au 23, Nicolas Jouenne qui ne se tient pas pour battu, envoie en secret deux individus – sans doute nos deux excités – chez le citoyen Graverand, capitaine de la garde nationale de Cambremer, pour lui demander d’assembler sa compagnie et d’aller, dès le matin, « tomber sur un rassemblement d’aristocrates, qui faisaient un ravage épouvantable dans les paroisse de la Rocque et de Montreuil ». Graverand est un dur. Il se fait appeler « le citoyen Marat ». Mais cette nuit là, il a sans doute besoin de repos et il envoie promener les deux émissaires. Cela lui vaudra, de la part des suspects, la qualification d’ « ami des lois de l’Humanité ».
Jouenne n’est pas satisfait, et c’est sans doute à son instigation que, le 14 mai, les citoyens Jean Beaumais, sous-lieutenant de la garde nationale de Montreuil, Jean Lelion et Jacques Le Chevalier simples soldats, adressent une protestation aux « citoyens administrateurs » composant le directoire du Département du Calvados:
« Nous sommes disaient-ils, trois citoyens, vrais patriotes, zélés observateurs des lois, jaloux de notre réputation et animés du désir de bien servir la République dans la garde nationale de Montreuil, canton de Cambremer, dont voici les noms: Jean Beaumais, sous-lieutenant de la dite garde nationale, Jean Lelion et Jacques Le Chevalier, simples soldats, mais tous reconnus bons, pacifiques, amis du bon ordre, ce qu’ils offrent de prouver. Nous avons l’honneur de vous présenter que nous ne pouvons souffrir de sang froid les traits envenimés et calomnieux que le citoyen Jean-Pierre Gosset s’est permis de lancer contre nous dans la (sic) libelle diffamatoire malicieusement fabriquée contre le maire de Montreuil, en nous traitant comme des voleurs, de furieux, de dévoués aux troubles et à l’anarchie et fauteurs d’un abominable complot, d’instigateurs, d’infâmes perfides et de perturbateurs du repos public, tandis que dans le premier et le second désarmement du dit Gosset, nous avons agi prudemment, conformément aux lois, puisque, non seulement il est suspect, mais reconnu comme rebelle à la Loy. Il l’a prouvé lui-même, en plusieurs occasions, entres autres en retirant chez lui un aristocrate, ses meubles et son chien sous le nom de « Mirabeau » par dérision; autre, en soldant un enfant, pour lors domestique chez lui, pour avertir un curé réfractaire à la Loy du moment qu’on devait le chasser; autre, en voulant arracher brusquement, dans un lieu public, l’épaulette d’un brave citoyen de la garde nationale de la Roque; dernièrement en le désarmant, lui demandant s’il n’avait point de munitions, il a déclaré hautement qu’il n’en avait aucune que peut-être deux ou trois balles, et on lui a trouvé environ quatre onces de poudre et environ une livre de plomb et balles, que les exposants offrent prouver si le cas l’exige. C’est pourquoy, que nous avons recours à votre tribunal à ce qu’il vous plaise, citoyens, condamner le dit Gosset à des intérêts proportionnés à sa malignité et à une amende en faveur des pauvres et à authoriser les citoyens calomniés à faire imprimer cent exemplaires en affiches pour réparer notre honneur, dont vous ferez justice ».
Jean Beaumais seul apposa sa signature, Lelion et Le Chevalier ayant déclaré ne pas savoir signer. En postscriptum, ils se déclaraient prêts à se rendre à Caen pour adresser eux-mêmes leurs plaintes au Directoire du département. (Arch. du Calvados, L.M.)
Durant quelques semaines, tout ne marcha pas droit au conseil municipal de Montreuil, où les partisans de Gosset étaient en majorité. N’avait-on pas voté des félicitations à Graverand, ce citoyen « aussi sage que vertueux », parce qu’il avait refusé de répondre aux injonctions de Nicolas Jouenne !
Toutefois tout finit par s’arranger. On nomma une sorte de commission pour rétablir la paix. Elle se composait de citoyens étrangers à la commune: Le Dannois, curé assermenté de Rumesnil, Perrier, receveur de l’Enregistrement de Cambremer, Graverand, capitaine de la garde nationale, François Sénécal et Régnier, de Saint-Laurent-du-Mont, Leperchey, sergent de Cambremer. Après exposé des doléances de chacun, il fut convenu que Jean-Pierre Gosset rentrerait en possession de ses armes, qu’on oublierait les torts du maire, qu’on en reparlerait plus et que copie de ces décisions serait envoyée au Directoire du département. En fait, c’était le maître de la Morinière qui avait le dessus.
La Terreur poursuivait son oeuvre. Les prisons regorgeaient de suspects, et la guillotine ne chômait pas. Non seulement les nobles et les prêtres étaient frappés, mais des hommes et des femmes de toutes classes sociales. L’un des maîtres du jour, Collot, estimait que, sur vingt-six millions de français, il en faudrait bien en guillotiner quinze millions, et Robespierre, était d’avis qu’il fallait faire disparaître tous ceux qui avaient connu la royauté et qui seraient tentés de la regretter. On a pu noter, sur douze mille dossiers de condamnés à mort, que huit mille étaient ceux de paysans, de laboureurs, d’ouvriers, de domestiques, de femmes d’artisans, de servantes, etc.. C’était en somme l’élite de toutes les classes qui montait à l’échafaud derrière Louis XVI, la reine Marie-Antoinette et la Sainte princesse Elisabeth, soeur du Roi.
A Montreuil, M. Drieu, qui s’était mis en rapport avec l’autorité religieuse légitime, continuait son ministère, non seulement sur la paroisse, mais dans toutes les paroisses des environs dont les curés étaient exilés ou emprisonnés. Nous avons tout un paquet d’actes de baptêmes et de mariages administrés par lui. Les actes de mariage portent que, vu les circonstances, il n’y a pas eu de publications de bans. Les églises étaient fermées, et on ne pouvait célébrer les offices que la nuit, en secret, dans les granges ou dans les maisons autour desquelles on montait la garde.
Jean-Pierre Gosset faisait partie du groupe des fidèles. Il est vrai que presque tous l’étaient au fond, mais beaucoup n’osaient pas se compromettre. Le 9 mars 1793, il fit baptiser par l’abbé Drieu un petit garçon qui reçut les prénoms de Jean-Pierre. Il eut pour parrain Jean Gosset, de la paroisse de Manerbe et pour marraine Marie-Anne-Catherine Olivier, femme de Pierre-François Corneille, de Cambremer.
L’année suivante, vers la même époque M. Drieu était arrêté, au presbytère de Saint-Pair-du-Mont, où il se trouvait de passage, en même temps que le curé du lieu. L’ordre émanait du représentant en mission, le citoyen Frémanger. Ils étaient l’un et l’autre écroués au Bon-Sauveur de Caen, qui se trouvait alors rue d’Auge, à l’endroit même où s’établirent plus tard les franciscains de N.D. de Sainte-Paix. La Révolution avait chassé les religieuses de l’établissement et en avait fait un lieu de détention pour les prêtres âgés. On sait, par de multiples documents, que ceux-ci étaient privés du nécessaire et recevaient une nourriture très insuffisante.
Le 18 avril 1794, le Conseil Général et le Comité de Surveillance de Montreuil se réunissaient pour délibérer au sujet de cette arrestation. On décida de nommer « deux commissaires aux fins de présenter une réclamation au citoyen Frémenger, représentant du peuple dans les départements de la Manche et du Calvados, pour solliciter l’élargissement du citoyen Jean-Pierre Drieu, ministre de notre culte dont le civisme est très connu ». Les deux commissaires furent Jean-Pierre Gosset, officier municipal et Robert-André Massinot, président du Comité de Surveillance.
Nous ne savons pas grand chose de leurs démarches. Une note du Registre du Comité de Surveillance de Lisieux, conservé aux Archives du Calvados, et datée du 4 fructidor an II (21 août 1794), nous apprend que « sur la lettre du Comité de Surveillance de la Commune de Montreuil, district de Pont-Lévêque, relative au nommé Drieu, ex-curé de cette commune », il est arrêté « qu’il sera répondu que Drieu étant incarcéré par ordre du représentant du peuple, le Comité ne peut connaître les motifs de cette arrestation et qu’il ne peut rien opérer à cet égard ».
Il est probable que la chute de Robespierre fut plus efficace que toutes les démarches des deux délégués. Le dictateur sanguinaire était tombé le 9 thermidor (27 juillet). Ceux qui l’avaient renversé ne valaient guère mieux que lui. Mais l’opinion publique s’était manifestée si vigoureusement qu’il avait bien fallu ouvrir les prisons.
Les années qui suivirent furent un peu moins mouvementées. Le 9 avril 1796, Jean-Pierre Gosset présenta au baptême un autre fils, né l’avant-veille, qui reçut les prénoms de Louis-Constant. Il eut pour parrain Gilles-Jean-Baptiste Héroult, de la Roque-Baignard et pour marraine Marie-Madeleine Capelle, femme de Gabriel Gosset de Manerbe.
Depuis 1795, les élections avaient envoyé aux deux Chambres, Conseil des Cinq-Cents et Conseil des Anciens, une majorité modérée et même monarchiste. Des élections, qui eurent lieu en avril 1797, accentuèrent encore ce mouvement.
Les Directeurs qui gouvernaient le pays et qui, tous, étaient des régicides, prirent peur pour leur situation. Le coup d’état du 18 fructidor (4 septembre 1797) leur permit d’épurer les Chambres. Ce fut de nouveau le régime de la Terreur, avec cette différence que la déportation remplaça la guillotine. Jusqu’en juin 1798, l’épuration fit fureur, même dans nos plus humbles communes. Le propriétaire de la Morinière était « agent » de la Commune de Montreuil. Ses opinions étaient connues. En mars 1797, lors des élections primaires en vue des élections générales, il avait été choisi pour représenter le canton de Cambremer, en compagnie des sieurs Moutier de la Brière, Pierre des Clozets, et Halley, ancien maire de Saint-Ouen-le-Pin. Les jacobins du cru avaient été consternés: « Les aristocrates ont triomphé, écrivait l’un d’eux, en mentionnant les quatre élus. Si les nominations sont partout de même, tant pis! ». On comprend qu’il ne devait pas échapper à l’épuration.
Un arrêté du 29 septembre 1797, l’envoyait en effet devant le tribunal « compétent » en compagnie des citoyens Boucherot, agent de Manerbe, Lefèvre, agent de Grandouet et Leperchey, agent de Rumesnil. « Ils n’ont, disait l’arrêté, donné aucune preuve de patriotisme ni d’attachement à leurs devoirs qui puisse leur mériter la confiance du gouvernement ». Entendons bien que « patriotisme », ici, signifie opinions révolutionnaires. Le 30 octobre, tous les quatre étaient destitués. Motif: ils étaient « connus pour partisans de la monarchie ». On avait destitué aussi pour les mêmes raisons, le citoyen De La Vigne, adjoint de Montreuil, et le citoyen Larcher, adjoint de Saint-Ouen-le-Pin.
La destitution de Jean-Pierre Gosset et sa comparution devant le « tribunal compétent » en septembre et en octobre 1797, ne paraissent pas avoir eu de conséquences bien graves. Un an plus tard, il fait baptiser par M. Drieu un enfant auquel il donne les prénoms de Gabriel-Magloire. Le baptême a eu lieu en l’église de Montreuil, le 25 novembre 1798. L’enfant a pour parrain et marraine Gabriel Gosset de la paroisse de Manerbe et Marie-Madeleine Héroult, femme de Pierre Debrey, de St-Vigor-de- Crèvecoeur.
Le vieux Jean Gosset et sa femme Marie-Madeleine Mariolle vivaient encore. Ils s’étaient retirés à Grandouet, au manoir habité actuellement par la famille Lesuffleur. Le 15 germinal an XIII (5 avril 1805), ils firent leur testament devant Maître Noël, notaire. Le document fut enregistré à Cambremer le 18 vendémiaire an XIV (10 octobre 1805). Ils léguaient la Morinière à Jean-Pierre Gosset.
Celui-ci devait avoir de Marie-Anne-Catherine Héroult, trois enfants: 1° Louis-Constant Gosset, qui fut d’abord marchand drapier à Lisieux, puis vint habiter Montreuil; 2° Marie-Victoire Gosset, qui épousera Jean-François Moutier, et enfin Gabriel-Magloire, dont nous venons de signaler le baptême, qui fut d’abord entrepreneur de voitures publiques à Lisieux, puis marchand drapier à Lisieux et au Havre.
Le 16 novembre 1829, Jean-Pierre Gosset et sa femme firent à leur tour leurs partages. La Morinière échut à Louis-Constant. Voici la description de la propriété d’après l’acte qui fut rédigé par devant Charles-François Le Breton, notaire à Bonnebosq: « La ferme de la Morinière, située à Montreuil, se compose de onze pièces de terre. La première en cour et plan, nommée la cour de la Morinière, sur laquelle sont les différents corps de maisons à usage de demeure, pressoir, grange, four à pain, écurie, bouillerie, étables et caves, dans lesquelles sont des tonnes et tonneaux au nombre de onze, un jardin légumier enclavé dans ladite cour, ainsi qu’un petit enclos nommé Chanvrerie, le tout contenant environ deux hectares quarante-cinq ares seize centiares, borné vers le nord par la rivière de Montreuil et un chemin qui donne entrée dans ladite cour et qui va joindre celui tendant de la Roque à Cambremer; vers le levant, M. Labbey de la Roque, pour ses propriétés de la Roque-Baignard; vers le midi, le bois de Montreuil, appartenant au même et vers le couchant les deux premiers articles qui suivent ».
Nous ferons grâce au lecteur de la description des neuf autres pièces.
En 1837, c’est Louis-Constant qui règne sur le petit domaine. Il est en même temps maire de Montreuil et il le sera jusqu’à sa mort.
En 1829, lors des partages, sa sœur Marie-Victoire habitait le manoir avec son mari Jean-François Moutier. Ceux-ci s’étaient mariés à Montreuil le 27 avril 1813. Jean-François était fils de François-Pierre Moutier et de Marie-Anne de la Morinière. Par cette dernière, ils se rattachaient aux Chantelou, les anciens maîtres du domaine. De leur mariage étaient nés: 1° en janvier 1814 une fille prénommée Marie-Anne-Victoire; 2° en mars 1816, un fils, Louis-Frédéric-Désiré.
Marie-Anne-Victoire épousa Parfait-Casimir Férey. Leur descendance est aujourd’hui représentée par M. Ernest Férey, de Montreuil; M. l’abbé Lanier, curé-doyen de Cambremer, et sa sœur Marguerite Lanier, religieuse au Bon-Sauveur de Caen; M. Pierre Varin, de Montreuil, et ses frères et soeur: MM. Gaston et Joseph Varin, et Mme Lenain, née Thérèse Varin.
Louis-Constant Gosset était fort estimé, mais, ancien drapier, il semble avoir été médiocre cultivateur. Il hypothéqua fortement le domaine. Il y mourut à la fin décembre 1842, et la terre de la Morinière passa à sa sœur Mme Moutier. Peu après, celle-ci fut acquise par le vicomte Louis Labbey de la Roque, fils de feu Pierre-Hélie-Marie Labbey, comte de la Roque. M. Louis de la Roque possédait le Château de la Roque, mais il habitait d’ordinaire celui de Formentin.
En février 1848, une révolution avait renversé Louis-Philippe. Voici une lettre de M. de la Roque qui concerne précisément la Morinière. Elle est du 28 avril 1848. Elle est adressée à son notaire: « Je vous envoie une lettre d’un créancier de Mme Moutier, maintenant devenu le mien par suite de ma malheureuse acquisition de la Morinière. Je dis malheureuse, car par le temps qui court, on est bien à plaindre d’avoir des charges à acquitter. Les impôts de toute nature écrasent les propriétaires; les plus riches sont pauvres maintenant. Espérons que Dieu aura pitié de la France et que notre belle patrie n’est pas encore arrivée au moment de sa désorganisation totale ».
Après l’acquisition de M. de la Roque, l’histoire de la Morinière se confond avec celle du Château de la Roque-Baignard, dont elle devient une dépendance. M. de la Roque ne devait la garder que quelques années, après quoi le vieux manoir passera par acquêt, à la famille Rondeaux, de Rouen, et, par héritage des Rondeaux, à la famille Gide. C’est ce qui lui vaudra de figurer, comme cadre, dans l’un des romans d’André Gide.
Le Château et le Manoir sont ainsi devenus « un lieu gidien ».
Pour ceux qui aimeraient en savoir plus sur André Gide et « les lieux gidiens » visitez l’excellent site de l’Université-Paris X. enrichi par Mr Daniel DUROSAY, universitaire spécialiste de l’œuvre de Gide.

Fait par l’abbé G-A SIMON de Montreuil en Auge-14 en 1946-1947.
Paru dans les n° 445, 446, 447, 448, 450, 452, 453 et 454 de « La Bonne Semence », le Bulletin Inter paroissial de la Vallée d’Auge.

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