SAINT GERMAIN de LIVET



NOTES sur SAINT-GERMAIN-de-LIVET – 14582
St Germanus de Liveto – Livet le Beaudouin – Livet Tournebu

1 – Bibliographie.
2 – Pièces Justificatives.
3 – Archives ShL.

1 – Bibliographie:

BERGERET Jean, Le château de Saint-Germain-de-Livet, Lisieux, Le Pays d’Auge/Ville de Lisieux, 1992, plaq. 32 p., ill.

CAUMONT Arcisse de : Statistique monumentale du Calvados, réédition Floch, tome III, page 520.

CAVANNA Emlie : Spatialisation de la petite élite rurale dans la vallée de la Touques – XVe-XIXe siècles. Mémoire de maîtrise d’Archéologie médiévale. Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne – Juin 2005. Archives SHL. BSHL n°59, décembre 2006. p 45.

DESHAYES Daniel : Constitution de la Filature Pilter à Saint Germain de Livet en 1845? BSHL n°33 1992-1994
DESHAYES Daniel : L’usine à filer le lin à St Germain de Livet. Bulletin du Foyer rural du Billot, n° 42, page 59.

DETERVILLE Philippe, Richesse des châteaux du Pays d’Auge, Condé–sur-Noireau, Corlet, 1989, 250 x 330, 301 p.; pp. 55-
DETERVILLE Philippe, « Les colombiers du Pays d’Auge », PAR, 44, N° 5, Mai 1994, pp. 12-18, ill.
Manoir de la Vallée, à Glos; Fauguernon, château-fort; Château de Betteville, à Pont-l’Evêque; La Houblonnière; Manoir de Caudemone, à Auquainville (a conservé sa toiture ancienne); Montargis, à Cambremer (sur plan carré); Crèvecoeur; Saint-Germain-de-Livet; Bois du bais, à Cambremer (1512). Saint-Germain-de-Livet, Château, PGMPA, pp. 98-101

DEVILLE Etienne, « Excursion du 26 août (1926) », AAN, 94, 1927, pp. 148-171

Editions FLOHIC : Le Patrimoine des communes du Calvados page 1075,

ENGERAND Roland, Sur les bords de la Touques – La Dame de Fervaques in En Pays d’Auge, ouvrage orné de 44 gravures, Tours, Arrault, 1937. In-8, 182 p.; pp. 107-150
Portrait de Du Guesclin – famille de Tournebut.

FOURNIER Dominique : les références à la justice dans la toponymie et l’anthroponymie noirmandes ; BSHL n°61, décembre 2006. p 37.

LA VARENDE Jean de, Châteaux de Normandie

LE CACHEUX Paul, Actes de la chancellerie d’Henri VI concernant la Normandie sous la domination anglaise (1422-1435), Rouen-Paris, Lestringant-Picard, 1907, 2 vol.. In-8°. II, 68 –

LESCROART Yves, « Décors peints en Pays d’Auge », Monuments historiques, N° 159, octobre-novembre 1988, pp. 41-45

L’EXPLOITATION ANCIENNE DES ROCHES DANS LE CALVADOS : HISTOIRE ET ARCHEOLOGIE. Serv. dep. D’Archéologie 1999. page 170, 304.

MAYER Jannie, Ministère de la Culture et de la Communication Direction du Patrimoine. Catalogue des Plans et Dessins des Archives de la Commission des Monuments Historiques – Tome I, Basse-Normandie: Calvados, Manche et Orne. Introduction de Françoise Berce, Caen, Lafond, 1980, 167 x 250, VII, 367 p., ill. couv. ill.
Château.

NEUVILLE Louis RIOULT de, Le Château de Livet dans La Normandie Monumentale et Pittoresque, Le Havre, Le Male et Cie.; réédit. Corlet, t. II, pp. 129-131

NODIER Charles, TAYLOR J. et CAILLEUX Alph. de, Voyages pittoresques et romantiques dans l’Ancienne France par…. Paris, Firmin-Didot, 1820; rééd. 1825; rééd. Paris, Firmin-Didot et Cie, 1878; rééd. anastatique réduite Editions Culture et Civilisation, 1979, 3 tomes en 1 vol., 322×235, 131-190-XXXI et 141+3 p., pl. h.t.
III.- Saint-Germain de-Livet (1).

NORTIER Michel, Contribution à l’étude de la population en Normandie au bas moyen âge (XIVe-XVIe siècles). Inventaire des rôles de fouage et d’aide. Sixième série: Rôles de fouage paroissiaux de 1518 à 1533 dans Répertoire périodique de documentation normande, N° 14; « , Cahiers Léopold Delisle, XXXIX, 1990, pp. 1-127
Saint-Germain-de-Livet, 679.

PELLERIN Henri, « Découvertes architecturales à Saint-Germain-de-Livet », PAR, 14, N° 11, Novembre 1964, pp. 3-6, ill.
PELLERIN Henri, Le château de Saint-Germain-de-Livet, supplément à la revue Le pays d’Auge, N° 6, Juin 1967.
= Bibl. SHL. PA. 5.012. (2 ex.)
PELLERIN Henri, « Le château de Saint-Germain-de-Livet aux XVIIe et XVIIIe siècles », PAR, 21, N° 11, Novembre 1971, pp. 5-12, ill. (miniatures sur cuivre); « Le château de Saint-Germain-de-Livet dans le premier tiers du XVIIIe siècle », PAR, 5-10, ill. (id°)

PROUST Benoît, Saint-Germain-de-Livet in Isabelle JOUAN Isabelle, dir. Pays d’Auge – Un terroir, un patrimoine – Guide des cantons de : Lisieux II, Saint-Pierre-sur-Dives, Livarot, Orbec, (1989), pp. 56-57

QUENEDEY Raymond, Les provinces de l’ancienne France. La Normandie. Recueil de documents d’architecture civile de l’époque médiévale au XVIII° siècle. I. Généralités, milieu, climat, sol, conditions humaines. Seine-Inférieure. II-III. Calvados. IV. Eure. V. Manche et Orne, PARIS, F. Contet, 1927-1931, 5 vol.
2e série, 1927, pl. 25.

NEUVILLE Louis RIOULT de, Le Château de Livet in La Normandie Monumentale et Pittoresque, Le Havre, Le Male et Cie.; réédit. Corlet, t. II, pp. 129-131

PANNIER Arthème : voir Archives SHL, NE12, 2e carton.

SEYDOUX Philippe, Châteaux du Pays d’Auge et du Bessin, s.l. (Paris), Edit. De la Morande, s.d. (1985), 150×220, 96 p. ill. couv. Ill.

SOULANGE-BOUDIN Henry, Les Châteaux de Normandie – 69 monographies, Paris, Van Oest, 1949. In-4°, 154 p. 80 ill. XXVIII, p. 52

SPALIKOWSKI Edmond, « Au pays des Manoirs. Quelques gentilhommières du Calvados », Revue du Touring Club de France, août 1937, pp. 235-245

2 – Pièces Justificatives:

1396, 11 décembre – Lisieux Information de Jean Le Lieur, vicomte de Pont-Authou et Pont-Audemer, pour la mise hors de garde noble de Guilbert Louvet, écuyer, né en septembre 1375, fils de Jean Louvet, écuyer. Il possède du chef de son père les terres de Fontaine-la-Louvet, de Livet (Calvados) et de Bosc-Roger (Eure, commune de Barquet) et de celui de sa mère les fiefs de Cantelou (Saint-Hippolyte) et de « Sernay », en la vicomté de Pont-Authou.
= Arch. nat. Dom Lenoir, 6, p. 297.
+ IND. M. NORTIER, Cahiers L. Delisle, XVI, fasc. 1-2, 1967, p. 34.
(de quel Livet s’agit-il ?)

1537, 21 avril – Prêtreville
Vente par Guillaume de Boucquetot, seigneur du Breuil, à Maître Henri Macquefer, avocat en cour laye et bourgeois de Lisieux, du fief, terre et seigneurie d’Auge, à Prêtreville et Saint-Germain-de-Livet, moyennant 250 livres tournois et 12 livres de vin.
Passé audit Lisieux, en l’Hôtellerie du Cheval Blanc.
= Tabell. Lisieux. Cf. copie: 9 FB. 3.- Fonds Et. Deville. Notes et documents. Environs de Lisieux.

1556, 18 novembre – Prêtreville
Contrat de mariage de noble homme Hector de Querville, fils de deffunt Jehan de Querville, en son vivant écuyer, seigneur dud. lieu, et de Magdelaine Labbé, fille de feu noble homme Robert Labbé, en son vivant seigneur de Saint-Germain-de-Livet et de Saint-Martin-de-la-Lieue, d’une part et damoiselle Avoye Le Roy fille aînée de noble homme Robert Le Roy, seigneur du Boys, Heudreville et de Beaufay et de damoiselle Barbe Moignet.
= Arch. SHL. 9F Fonds Et. Deville. Dossier Prêtreville. 2 ff. papier.

1598, 8 juillet – Saint-Germain-de-Livet
Aveu rendu à noble homme Robert de Tournebu, seigneur de Saint-Germain de Livet, Pont-Monvoisin et Mesnil-Eudes, par Jean d’Auquainville pour l’aînesse de la Quesnelière en la sieurie de Livet. Copie de 1618.
= Arch. SHL. Ms. Fonds ancien FC 242.

1610, 5 décembre -Tordouet
Par devant Pierre Vastine et Gabriel Rioult, tabellions royaux au siège d’Auquainville, Nicolas Lescurey, écuyer, de la paroisse de Tordouet tient et clame quitte Ollivier et Philippe dits Roussel, de Fervaques, de tous les arrérages échus de 65 sols tournois de rente. Témoins: Michel Quesnie, de Saint-Germain-de-Livet, et Nicolas Le Front, de Tordouet.
= Arch. SHL.

1779. Archives SHL. 1F707 :
1779 : délit de chasse sur les bruyères de Glos, commune de Saint Jean de Livet.

1782-83 Archives SHL : 1F96 – 1782-83 :
2 pièces concernant Jean-Baptiste Rioult, boucher à Livet le Beaudouin.
Achat de moutons par Jean Baptiste Rioult.

Fin 18e siècle.
Archives SHL : 1F496 : fin 18° siècles : divers lettres. dont 2 mars 1762 : St Germain de Livet, lettres.

La Redoute », hameau situé à un kil. environ à l’Ouest de l’église (9) et placé sur une hauteur-défendue naturellement, a peut-être été jadis fortifié. De même, le Manoir de Livet, entouré de larges fossés, a-L-il été bâti sur un emplacement défensif plus ancien (cad. B, 97-98).
(9) Carte E. M., Bernay, N.-O.

STATISTIQUE MONUMENTALE DU CALVADOS PAR ARCISSE DE CAUMONT
Notes de M. Ch. Vasseur.

St-Germain-de-Livet, Sanctus Germanus de Liveto, Livet-le-Baudouin, Livet-Tournebu.

Il y a six ans, Livet était une des localités les plus intéressantes à visiter de l’arrondissement de Lisieux ; aujourd’hui tout est changé. Que les amis de l’histoire et du beau se garder bien d’aller à Livet, s’ils ne veulent avoir le coeur navré.
Je me vois donc forcé de parler au passé.
Admirablement situés au milieu d’une masse de verdure à l’entrée d’un petit vallon rafraîchi par l’eau pure d’un
ruisseau, apparaissaient pressés l’un contre l’autre un clocher élancé et les tourelles au toit aigu d’un vieux château. Les puissantes familles qui avaient possédé ce fief y avaient laissé des monuments dignes d’elles.
L’église était romane et mieux construite que la plupart de celles que nous possédons encore de cet âge. A son plan primitif (un choeur, une nef), était venue s’ajouter, au XVIe siècle, une belle chapelle seigneuriale, accolée au côté méridional du choeur et égale en étendue.
Quand on sortait du chemin creux et ombragé, c’était la nef qui se présentait d’abord à la vue. Tous ses murs portaient
incontestablement les caractères du XIe siècle. Les contreforts sont très-plats, et ceux de l’angle emboîtent la
construction ; sur quelques-uns d’entre eux on remarque des croix de consécration dont nous donnons un croquis; disposition peu commune. Malheureusement les ouvertures primitives avaient été remplacées. Une porte percée au
XVIIe siècle, dans le pignon de l’ouest, et protégée par un large porche, avait été substituée à la porte romane, placée au midi, dont le profil subsiste encore.
Le mur du nord, sobrement éclairé dans l’origine par deux petites fenêtres cintrées, hautes de 3 pieds sur 9 pouces de largeur, a été repercé d’abord au XVIe siècle, puis à l’époque moderne. Trois fenêtres, de la fin du XVI siècle,
prenaient le jour au midi. Le choeur, aussi bien caractérisé, était en retraite sur la nef. On y voyait, dans le mur du nord, une petite porte cintrée, la porte du Prêtre. L’unique fenêtre était moderne, car une baie ogivale à traceries Renaissance, qui avait été pratiquée dans le chevet, se trouvait bouchée.
En tournant ainsi autour de l’édifice, nous voici arrivé à la chapelle. Rien dans son style ne rappelle le gothique : sa construction tout entière est dans le style classique. Son chevet, cependant, est soutenu par un contrefort qui annonce un reste d’édifice plus ancien. La grande fenêtre qui prenait le jour de l’Orient, datée de 1579, était garnie d’une voussure à bossages; sa tracerie se compose de compartiments ovoïdes, et les meneaux qui la portent sont de petits pilastres carrés d’ordre ionique.voussure à bossages; sa tracerie se compose de compartiments ovoïdes, et les meneaux qui la portent sont de petits pilastres carrés d’ordre ionique.

Le mur méridional était construit en échiquier de pierres et de briques, percé de trois fenêtres cintrées de médiocre
grandeur. Des pilastres peu saillants avec chapiteaux ioniques allaient soutenir la corniche, composée d’une série de
petites consoles.
Le mur de l’ouest présentait la même ordonnance et le même appareil. Dans le pignon s’ouvrait un oculus. La porte
était cintrée, à chambranle vermiculé. Sur l’attique on lisait la date 1578 (V. la page 326), et dans un cartouche au dessous, cette devise :
SOLI DEO HONOR
ET GLORIA.
Du reste, le joli dessin qu’a pu en faire M. Bouet dispense de toute description.
Dans l’intérieur, on ne trouvait point un mobilier artistique; néanmoins un certain attrait vous y saisissait.
L’autel du choeur, avec quatre colonnes corinthiennes, était primitivement orné d’un assez bon tableau représentant
la naissance du Sauveur, avec cette particularité que saint Germain, le patron de la paroisse, y figurait parmi les assistants, dans son costume épiscopal. Cet anachronisme, qui avait un parfum trop moyen-âge, avait déplu; et le tableau, quand j’ai visité l’église une première fois, en 1853, avait fait place à un méchant groupe en bois qui figurait le même sujet, moins saint Germain.
Cette contretable, commencée à la Chandeleur de l’année 1745, fut achevée le 7 décembre suivant. La bénédiction en
fut faite, quatre jours après, le 11, par M. Jean Rohays, curé du lieu. C’était l’oeuvre de Robert Armenout, sculpteur,
qui reçut 400 liv. pour la façon, plus 150 liv. pour les statues de saint Germain et de sainte Geneviève. J’ai trouvé cette note dans les papiers du sieur Charles Hardouin, trésorier comptable, qui eut, en cette qualité, l’honneur de chasser une cheville de ladite contretable.
Lors du grand remaniement de l’église au XVII siècle, on avait orné les fenêtres de vitraux. Il en était resté les
deux inscriptions suivantes:
Me JEHAN – LE FRANC – A
DONNE CE PANEAV
DE VERRE PRIES
DIEV POVR LUY.
1580.
ME LE BOVRGOIS
(armu)RIER A DONNE
(ce pa)NEAV DE VERBE
(pries) DIEV POVR LUY.
1580.
Ce dernier est de la famille, peut-être le père et le maître de Marin Bourgeois, l’inventeur du fusil à vent, le peintre, sculpteur, etc., du roi Louis XIII. Je me réserve de le démontrer ailleurs.
La chapelle seigneuriale ouvrait sur le choeur par trois arcades cintrées, soutenues sur des colonnes cylindriques à
chapiteaux sculptés. Les feuillages de l’un d’eux étaient roulés en crossettes, de manière à rappeler les chapiteaux du XIIIe siècle.
La voûte était en merrain avec charpente apparente, et les sablières qui lui servaient d’appui étaient sculptées de rageurs d’où partaient des guirlandes d’oves, d’entrelacs et autres ornements particuliers au XVIe siècle.
Mais ce qui arrêtait surtout les regards, c’étaient les trois belles statues agenouillées sur les tombeaux des fondateurs de la chapelle et de leur fils. Sous l’enfeu, près du mur du sud, se trouvaient les deux que voici : on voit, par leur costume, qu’elles datent bien de la fin du XVIe siècle. La troisième était sous une arcade près de la grille du choeur ; elle est d’une date un peu plus récente. Les blasons qui accompagnaient ces statues indiquent qu’elles représentaient des membres de la famille de Tournebu, car aucune inscription ne se lisait sur les tombeaux.

Voilà ce qu’était l’église de St-Germain-de-Livet. Avant de courir au château, dont l’aspect séduisant (je parle toujours de 1853 ) nous promet tant d’émotions, nous allons nous arrêter sous le porche pour lire une affiche, la plus ancienne certainement de toutes les affiches actuellement existantes. C’est un Arrêté de la Commission
intermédiaire de l’assemblée provinciale de la Haute-Normandie, du 3 septembre 1789.
Le lecteur désire savoir, sans doute, pourquoi cette église n’existe plus et quel est le monument qui la remplace.
Pourquoi? C’est qu’il s’est trouvé quelqu’un qui s’est imaginé un matin, en s’éveillant, avoir plus d’esprit que les hauts et puissants barons de Tournebu, présidents au Parlement de Normandie, etc., etc. Ce quelqu’un a fait venir un agent voyer, sur le refus de l’architecte, pour mettre à exécution son rêve ; l’autorité ecclésiastique, qui aurait dû conserver, a laissé faire; l’autorité administrative a approuvé, bien qu’il n’y eût pas le moindre prétexte à changement. On a jeté les statues à la voirie, on a rasé l’église. Et qu’a-t-on fait à la place? Le nom n’est pas encore inventé. Ce n’est pas une grange, je ne dis pas une grange gothique (elles sont généralement fort belles), pas même une de ces granges vulgaires comme j’en ai vu en Belgique et ailleurs.

Château.
Nous voici devant le château. Lui aussi a subi des mutilations regrettables; mais il faut nous incliner devant la volonté du maître. C’est une propriété privée, et chacun doit être libre de traiter son bien comme il l’entend.
Situé vis-à-vis du portail occidental de l’église, ce château se compose de deux enceintes. On entre dans la première par une grande porte cintrée, accompagnée d’une poterne en accolade pratiquée dans un mur de pierres et de briques vertes vernissées, disposées de manière à former échiquier. C’est, à proprement parler, une basse-cour, qui ne renferme que des bâtiments d’exploitation rurale et le colombier. On ne voit autour aucune trace de fossés.
Tous ces bâtiments sont en bois; un seul a conservé quelque cachet: il remonte au XVI, siècle. Le colombier, construit
à l’angle sud-est de l’enceinte, est dans de grandes proportions.
Il est octogone, construit en bois, avec briques inclinées entre les colombages. Les poteaux corniers portent, à leur partie supérieure, des blasons rendus frustes par les années, mais dont on peut encore distinguer les pièces principales. Tous sont partis, et la première partition est de Tournebu : d’argent à la bande d’azur. A la seconde partition, on trouve sur l’un les trois maillets de Mailloc; sur un autre, une croix accompagnée de quatre pièces qu’il est impossible de reconnaître.
Un toit rapide, pyramidal, avec une petite lanterne au sommet, couvre ce colombier.
Au fond de la première enceinte s’élève le château, entouré de larges fossés remplis d’eau vive. Son plan est un
pentagone irrégulier. Le pavillon d’entrée, qui regarde l’Orient, est bâti en échiquier de pierres et de briques vernissées, alternativement rouges et vertes. Deux sveltes tourelles à toit conique flanquent ses angles. La porte, accompagnée d’un portique d’ordre corinthien, porte la date de 1584. Une fenêtre à fronton triangulaire, accostée de niches pour des statues, éclaire la salle supérieure. Le toit rapide en ardoise est coupé par une lucarne en pierre. Du reste, le dessin de M. Bouet est d’une dimension suffisante pour donner une idée complète de l’ordonnance.
Un grand bâtiment de construction identique fait suite au pavillon, vers le midi, remplissant le second côté du pentagone.
Le rez-de-chaussée, consacré à des magasins, ne reçoit la lumière que par trois petites ouvertures circulaires. L’étage
supérieur est percé de trois belles fenêtres semblables à celles des tourelles du pavillon, qui alternent avec des niches, dont les statues ont disparu à la Révolution. La toiture est en tuiles mais en tuiles de couleurs variées, qui devaient former primitivement des dessins par leur disposition.
A l’extrémité de ce bâtiment, s’élève une tour construite toujours avec les mêmes matériaux, revêtue de la même ornementation. Sa corniche est garnie de machicoulis.
Les deux côtés suivants du pentagone étaient formés de constructions affectant la même ordonnance, mais moins ornées
parce qu’elles étaient moins en vue. On vient de les raser, en grande partie, pour ménager une vue. Comme le château est dans un vallon fort étroit et peu pittoresque, la perspective procurée à ce prix consiste en trois saules au milieu d’un pré à faucher.
Les bâtiments de la cinquième façade sont en bois, sans sculptures; ils accusent le XVe siècle, et vraisemblablement
ils sont antérieurs aux belles constructions que nous venons de passer en revue. Une cour intérieure occupe le centre
du château. Ce qu’elle a de caractéristique, c’est la galerie de quatre arcades, portées sur des piliers toscans vermiculés, qui forme une sorte de cloître sous le bâtiment faisant suite à la porte. L’étage supérieur répète l’ordonnance extérieure.
La corniche, richement sculptée, porte sur sa frise l’inscription
suivante :
FINIS LAVDAT OPVS
et plus bas, dans un cartel :
1588.
Il ne faut pas négliger de jeter un coup-d’oeil sur la porte en accolade qui se trouve à droite en entrant: elle est garnie de clous ornés, fort curieux, dessinés et décrits dans le savant ouvrage sur la Serrurerie du moyen-âge publié par M. Raymond Bordeaux, en 1858.
Cette porte conduit à une grande salle à vaste cheminée, dont les mûrs étaient autrefois couverts de peinturés représentant, dit-on, la bataille de Pavie. Dans l’angle, près de la cheminée, une tourelle renferme un escalier de service qui conduit à la salle supérieure, laquelle possédait aussi une belle cheminée dont la hotte était couverte de compartiments flamboyants.
Je doute qu’on en trouve un second exemple dans les environs de Lisieux. Plus loin, une cheminée plus moderne était garnie d’une plaque en fonte où figuraient deux écussons accolés, sommés chacun d’un casque à lambrequins.
Sur le champ du premier sont posées trois gerbes, sur l’autre la bande d’azur des Tournebu. Des pavés émaillés aux types les plus variés, des plombs aux fenêtres, voilà ce que l’on trouvait à chaque pas, avant la restauration du château. De cette restauration nous ne dirons rien.
Trois familles ont possédé successivement la baronnie de Livet. La première en date est la famille Tyrrel. Elle était
puissante dans la contrée dès le commencement du XIIIe siècle. En 1206, Guillaume Tyrrel, écuyer de Livet-le-Baudouin,
faisait un accord avec l’abbaye d’Ardennes, au sujet d’une vavassorie du nom de Fresne-Chargie, située dans ladite
paroisse, et que son oncle, Richard Tyrrel, chevalier, avait donnée aux religieux.
Après cette famille, les Livet se trouvent en possession de
cette terre, qui entra dans la maison de Tournebu par le mariage de Jeanne de Livet avec Pierre de Tournebu, en
1462. Pierre possédait déjà, de son chef, les seigneuries de la Vacherie, Fresnay et Sauqueuse. Après le décès de Guillebert Louvet et de Marie de Mailloc, père et mère de Jeanne, sa femme, il fit partage de leurs biens et choisit la seigneurie de Livet et les fiefs de St-Vast et d’Estrées, à charge de payer à Jeanne-de Vaux, femme de Jean Louvet, 500 livres que lui avait données en mariage son oncle Pascal de Vaux, évêque de Lisieux.

Pierre de Tournebu eut six fils, dont l’aîné, Jean, fut seigneur de Livet après son père. Jacques, fils de Jean, aussi
seigneur de Livet, augmenta ses domaines déjà considérables des terres de la Prevostière et du Pont-Mauvoisin que lui apporta Geneviève Pillois de MOlltigny, sa femme, comme on l’a vu à l’article de St-HiPPOLYTE.
C’est à Robert, son petit-fils, qu’il faut attribuer la construction du château et de la belle chapelle seigneuriale dont nous avons regretté la perte. Ce sont les statues de Robert et de Madeleine de Seguise, sa femme, et d’Anne de Tournebu, leur fils aîné, qui ont été réduites en moellons après avoir subi des outrages que la Révolution de 1793 leur avait épargnés. Robert de Tournebu avait reçu une éducation moins guerrière que ses prédécesseurs. Marie de Croixmare, sa mère, appartenait à une famille parlementaire. Le contact des gens lettrés, les voyages qu’il dut faire dans la capitale de la Normandie, tournèrent son esprit vers les beaux-arts. C’est à cette influence que nous devons les belles constructions que nous avons décrites.
Anne de Tournebu, devenu seigneur de Livet après son père, suivit la carrière de la magistrature et devint président
aux requêtes au Parlement de Rouen. Robert de Tournebu, son fils, sieur de St-Germain-de-Livet, du Pont Mauvoisin, sieur et patron du Mesnil-Eudes, suivit la Cour et obtint la charge de gentilhomme ordinaire de la chambre de la Reine-Mère.
Jusqu’à la Révolution, la famille de Tournebu posséda les terres de Livet, Mesnil-Eudes et le Pont-Mauvoisin ; mais
c’est le château de St-Germain qui lui servit toujours de résidence.
Après la tourmente, le dernier rejeton de la maison, Mme Marie-Pierre de Tournebu, qui avait épousé en premières
noces M. de Mondrainville, et en secondes noces M. de Janville, put rentrer en possession des épaves de ces terres, que ses héritiers, MM. de Foucault, se sont partagées et que leurs représentants possèdent encore aujourd’hui.
Le hasard m’a fait passer par les mains un grand nombre d’aveux rendus aux seigneurs de Livet. Ils présentent une énumération à peu près complète des diverses redevances féodales en usage dans notre pays; mais, tout calculé, les charges étaient moins lourdes que celles qui pèsent actuellement sur les campagnes: je pourrais le démontrer, pièces en main.
Les vassaux de la seigneurie de Livet devaient à leurs seigneurs :
Des rentes en argent (14 h deniers par acre, en moyenne);
Des chapons à Noël ;
Des oeufs à Pâques ;
Foy, hommage, reliefs et treizièmes ;
Réseantise ;
Obéissance de court et usage ;
Aides coutumières ;
Service de prévosté ;
Regard de mariage ;
Abattre et cueillir les fruits, tant pommes que poires, et les porter aux greniers ;
Les piller, sildrer et enthonner ;
Chaumer les chaumes, querir les hards pour iceulx lier ; Faner, botteler, charier et tasser les foings ;
Prière de charrues et de herche deux fois par an « pourveu qu’il y ait bêtes tirantes à harnois et regesantes sur le
fief ;— et devons avoir un respeus vne foys le jour pour les personnes et bestes, et deux deniers au soir pour charrue ou grande herche et vn denier pour la petite herche » ;
Baon du moulin ;
Aider à amener les meules et le tournant d’iceluy moulin dentre les quatre portes de Normandie.
Aider à tenir les écluses en bon état ;
« Subjects aussy à gerbe et nolet au preuost et meusnier
de mondict sieur…. » ;
Aider à curer les mottes d’allentour dudict manoir de trois ans en trois ans et faire le hérichon.
Enfin, voici une singularité: L’aînesse de la Quesnelière, qui contenait 9 acres, devait un denier à Noël « pour porter
à l’oflrende de la messe de minuict. »

Il a existé une maladrerie à Livet : il en est fait mention dans un acte du 6 avril 1456, comme bornant des terres
situées a sur le quemin tendant de la chapelle de Noiremare au moustier de Livet.

Un autre acte du 2 avril 1484 parle de la « Vergée aux Malades », pièce de terre située à Livet sur le chemin tendant dudit Saint Germain au pont de Prestreville.

Quatre fiefs, outre celui que possédaient les barons de Tournebu, se trouvaient dans les limites de la paroisse de Livet:

1° Le fief de Belleau:
mentionné dans un acte de 1456. Il bornait la maladrerie de Noiremare ; par conséquent, il se trouvait tout-à-fait à l’extrémité de la paroisse. Il était possédé en 1412 par damoiselle Marguerite d’Ouville, femme de Durand d’Auge. Les fiefs d’Auge étaient situés sur St-Jean de-Livet;
2° Le fief du Coulant.
3° Le fief du Coudray.
Ces deux fiefs appartenaient au haut-doyen de Lisieux, à cause de sa dignité.
4° Le fief du Bouley:
Guillebert Bardou était seigneur du Bouley en la paroisse de Livet, en 1456. Laurent Bardou, qui fut imposé par Montfaut en 1463, devait être possesseur du même fief.
Guillaume Bardou était seigneur du Bouley lors de la recherche des élus de Lisieux, en 1523-24.
A la fin du XVIe siècle, le fief du Bouley appartenait à la famille de Boctey.

Gabriel Le Boctey, seigneur du Bouley, et damoiselle Julienne Patrice, sa femme, donnèrent le jour à deux enfants:
Michel qui entra dans les Ordres, et Louis Le Boctey, son frère, escuier, sieur du Bouley. Louis épousa, le 3 juillet 1597, Catherine de Franqueville, cinquième enfant de Jean, seigneur de Collandon, et d’Hélène de Fedebry. De cette union sortirent trois enfants: Charles, Rénée et Hélène (1).
(1) J’ai écrit dans une notice sur le prieuré de Mervilly, près Orbec, que Michel et Louis Le Boctey étaient fils de Michel Le Boctey, sieur du Buisson. C’est à M. le vicomte Louis de Neuville que je dois de pouvoir réparer cette erreur. Il a bien voulu mettre à ma disposition les renseignements qu’il possède sur St-Germain-de-Livet, et j’en ai usé dans les lignes qui précèdent.

– Charles Le Boctey, seigneur du Bouley, après son père, eut un fils nommé Jacques, qui se maria deux fois:
La première, avec une demoiselle de La Noë ; la seconde, avec Magdelaine de Fresnel, qui lui donna quatre enfants encore sous-âge lorsque leur père mourut. Voici leurs noms:
– Claude, seigneur du BOuley, mort garçon le 23 décembre 1702;
– Guillaume, seigneur de Villers et ensuite du Bouley, suivant aveu du 26 décembre 1705;
– Jacques, mort garçon au service ;
– Marie, morte fille.
A la fin du XVIII, siècle, le Bouley appartenait à une branche de la famille Thillaye, originaire de Lisieux, où divers
de ses membres remplirent des charges d’édilité.
Cette terre appartient encore à la même famille.
La population de St-Germain-de-Livet est de 815 habitants. Malgré l’accroissement qu’elle doit aux usines établies sur son territoire, elle ne se trouve pas supérieure à ce qu’elle était il y a cent ans; on comptait alors 3 feux privilégiés et 160 feux taillables, c’est-à-dire au moins 815 habitants.
Cette identité de chiffre est singulière.
Cette paroisse était comprise dans l’élection de Pontl’Evêque, sergenterie de St-Julien-le-Faucon, et se qualifiait de bourg. Au spirituel, elle dépendait de la chrétienté de Lisieux ; le patronage appartenait au doyen du Chapitre.

3 – Archives ShL:

– carnet de Charles Vasseur « Banlieue de Lisieux »

II- SAINT GERMAIN DE LIVET

St Germanus de Liveto – Livet le Beaudouin – Livet Tournebu

Différents croquis
– blasons
– croquis de l’église et détails
– Croix du cimetière
– plan de l’église
– croquis du Château
– détail d’une porte Renaissance
– croquis du colombier
– 2 dessins de pavés Pré d’Auge

Texte en latin tiré de l’Echiquier de Normandie

Insinuations

La paroisse est sous le vocable de Saint Germain

Curés :
avant 1764 M. Hébert
Desperriers ou Desperiers 1764 à 1787

Deux descriptions de l’Eglise dont une de 1853

Description de la cloche, bénie en 1803 par M. Jumel desservant la succursale dudit lieu, M. Louis François.. de Louvet de Janville et Dame Marie Pierre de Tournebu son épouse, nommée Marie Louise par Monsieur Louis François Vaumelle (?) maire de la commune et Dame Marie Botereau Thillayes du Bouley
Faite par Jean Couard

Note sur la réfection de l’Eglise – Adjudication du 6 juin 1863

Comment la baronnie de St Germain de Livet passa-t-elle de la famille des Tirrel à celle de Livet c’est ce qu’aucun document ne peut nous apprendre.

La Généalogie de la maison de Livet de Barville telle qu’elle nous est donnée par la Chesnaye des Bois dans son dictionnaire de la noblesse ne mentionne aucune branche qui ait possédé spécialement St Germain. Elle nous, indique seulement comment la puissante famille des Tournebu en a possession. C’est par le mariage de Jeanne de Livet ou Louvet avec Pierre de Tournebu en 1462.

Avant cette union Pierre possédait déjà les seigneuries de la Vacherie, Fresnay et Sanqueuse, par suite des partages qui étaient intervenus entre lui et la veuve de son frère. La Roque, dans son Histoire généalogique de la Maison d’Harcourt, nous dit qu’après le décès de Guillebert Louvet et de Marie de Mailloc, père et mère de Jeanne sa femme, il fit aussi partage de leurs biens et choisit la seigneurie de St Germain de Livet le Beaudouin et les fiefs de St Vast et des traicts à la charge de payer chœur de à Jeanne de Vaux femme de Jean Louvet la somme de 500 livres que lui avait données en mariage son oncle Pascal de Vaux, évêque de Lisieux. C’est ce Pierre de Tournebu qui figure dans la recherche de Montfaut de 1463.
Il eut 6 fils dont l’aîné Jean fut seigneur de Livet comme son père.
Jacques, fils de Jean, seigneur de Livet augmenta ses domaines des terres de la Prévosterie et du Pont Mauvoisin que lui apporta Geneviève Pillois de Montigny, son épouse.

Jacques de Tournebu produisit en 1540, devant les élus de Lisieux.

C’est à Robert, son petit fils, qu’il faut attribuer le château et la belle chapelle seigneuriale qui flanque le l’église. Robert épousa en 1586 Madeleine de Séquise, dame de Bouges et de la Harelle. Il avait du recevoir une éducation moins guerrière que ses prédécesseurs
Marie de Croismare, sa mère, appartenait à une famille de robe. Son oncle fut résident en la Cour des Aides de Normandie. Le contact de ces gens lettrés, les fréquents voyages dans la capitale de la Normandie, lui donnèrent probablement l’idée de changer la vieille forteresse de ses pères en une maison plus confortable. Une preuve encore de l’adoucissement des mœurs guerrières de ces fiers barons de Tournebu, c’est qu’il souffrit que son fils aîné, Anne de Tournebu, seigneur de Livet après lui, suive également la Carrière. Il fut président aux Requêtes du Palais de Rouen.

La famille de Tournebu a possédé la seigneurie de St Germain de Livet jusqu’à la Révolution de 1789. Après la tourmente, elle rentra en la possession du dernier rejeton de cette famille Madame Marie Pierre de Tournebu, mariée en premières noces à Monsieur de Modrainville et ensuite à Monsieur de Louvel de Janville, ancien président de la Chambre des Comptes, Aides et Finances de Normandie et depuis Président du Conseil Général du Calvados.

Il y a de nombreuses pièces à reprendre dans le chapitre de Litres funèbres.

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