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AUTHIEUX sur CORBON



NOTES sur: Les AUTHIEUX-sur-CORBON

Authieux-sur-Corbon (Les), c° » réunie, ainsi que Pontfol, en 1858, à Victot, qui prend le nom de VICTOT-PONTFOL.
Altaria super Corbonem v. 1350 ( pouillé de Lisieux, p. 49). Autieux-sur-Corbon, XVIII s° (Cassini).
Corbun, Salins Corbuns. Corbon.
Curbun. Corbon.

– Le fief des Authieux-sur-Corbon, 6° de fief, possédé par les héritiers de Jacques de l’Espée, Ecuyer.
– Fief mouvant de la vicomté d’Auge, 1392 (Brussel). Sixième de fief relevant de la Houblonnière.
– Le plein fief de la Chapelle s’étendait aux Authieux-sur-Corbon, vicomté d’Auge, et à Bessières, vicomte de Caen, 161 (aveux de la vicomté de Caen).

1 – Bibliographie.
2 – Pièces Justificatives.
3 – Archives ShL.

1 – Bibliographie.

Néant

2 – Pièces Justificatives.

Inventaire historique des actes transcrits aux insinuations ecclésiastiques de l’ancien Diocèse de Lisieux.

314. — Le 23 janv. 1772, la nomination à la cure des Authieux-sur-Corbon appartenant au seig. du lieu. Mesr. Jean-Jacques-Léonor Le Grix, Esc, seig. de la Poterie et du l’ont Authou, conser du roy, lieutenant-général civil, criminel et de police au bailliage de Pontaudemer,
et dame Marie-Anne Dumonriez-Duperier, son épouse, dame et patronne des Authieux-sur-Corbon, demeurant à Pontaudemer, rue aux Juifs, pair. St-Ouen, nomment à lad. cure, vacante par la mort de Mesr. Jean-Jacques-David Brise, dernier titulaire, la personne de Me Joseph-Hyacinthe Pomarède pbr. du diocèse d’Avignon, demeurant en lad.parr. St-Ouen. Fait et passé à Pontaudemer, faubourg St-Aignan.
Le 30 janv. 1772, Mr Despaux. vic. Gl, donne aud. Sr Pomaréde la
collation dud. bénéfice.
Le lendemain, le Sr Pomaréde prend possession de la cure des Authieux, en présence de Paul-Alexandre Bénard, Escr, Sr de la Morandière ancien garde du corps-du-roy, capitaine aux Invalides, demeurant aux Authieux et autres témoins.

149 – Le 7 Décembre 1775. la nomination à la cure de N.-D. des Authieux-sur-Corbon appartenant au seig. du lieu noble dame Marie-Anne Duperrier dd Mourier, dame et patronne des Authieux, Herbigny et autres lieux, épouse de Mesr. Antoine-Emmanuel, comte et marquis titulaire de Belloy, chevalier de l’Ordre royal et militaire de St.Louis, ancien lieutenant colonel d’infanterie, tous deux demeurant ensemble en
leur hôtel sis à Pontaudemer rue aux Juifs, nomme à lad. cure, vacante par la mort de Me Joseph-Hyacinthe Pomarède dernier titulaire,
la personne de Me Jean-Michel Hariel pbre originaire de la parr. de St Jacques de Beauvais, chapelain en la cathédrale du même lieu et habitué en l’église paroissiale de .Méru, aud. diocèse, demeurant au bourg de Méru. Fait et passé à St.Aignan de Pontaudemer.
Le 9 déc. 1775, le seig. évêque de Lx donne aud. Sr. Hariel la collation dud. bénéfice.
Le 11 déc. 1775, le Sr Hariel prend possession de la cure des Authieux-sur-Corbon, en présence de Me Jean-Baptiste Oursel, pbre, desservant lad. parr., et autres témoins.

1466, 26 août – Les Authieux-sur-Corbon
Vérification de l’aveu au roi du sieur de la Rivière curateur de donné par justice de Robert Carbonel, escuier, pour son fief terre et seigneurie des Autieulx-sur-Corbon, assis en la vicomté d’Auge, tenu et mouvant d’icelui seigneur à cause dicelle vicomté.
= Arch. SHL. 9 FB – 6 – Familles. Copie Et. DEVILLE.

1484, 10 juillet – Les Authieux-sur-Corbon
Du Roy nostre sire confesse et aveu à tenir par foy et par hommaige Guillaume de la Rivière mary de Ellaine Damolle, sa femme, fille aisnée et héritière de deffunct Richard Carbonel, en son vivant escuier, un sixiesme de fief de chevallier nommé le fief des Ostieux, assis en la vicomté dDauge, sergenterie de Cambremer, icellui fief tenu noblement à court et usaige……. en deniers quarante cinq livres ou environ en grains, six boisseaux d’avoine soixante pièches de poullailles, cinquante et cinq deniers ou environ, quatre cens vingt sept oeufs, quarante deniers ou environ, quatre ouez. En quel fief a quarante acres de terre ou environ tant labourable en plant que en prés. Et sy y a une acre de bois en diesme. Enquel fief a court usaige, hommes, hommages, reliefs, XIIIes, service de prévosté, service de reparation de moitie (motte ?) et de hérichon, place de colombier et autres services et dignités à noble fief appartenant Duquel fief je suis tenu de faire service dost en telle portion de tant comme fief entier y est tenu et subjet sauf a plus avant bailler sil vient a ma congnoissance. En tesmoins desquelles choses j’ay scelle de mon saing cy mis le Xe jour de Juillet lan mil CCCC quatre et vingtz et quatre.
= Arch. SHL. 9 FB – 6 – Familles. Copie Et. DEVILLE.

Le 20 mai 1778, le Sr Lemonnier de la Haitrée, pbr, desservant actuellement la parr. des Authieux-sur-Corbon, en l’absence du Sr curé,
et demeurant à Cambremer, ayant fait élection de domicile, pour le présent seulement, chez Jean Xi»»l!e, « aubergiste où pend pour enseigne: A l’Hôtel Militaire, bourg et parr. de Beaumont-en-Auge, fait signifier ses noms et grades aux religieux dud. lieu.
ta 0 juin 1778, te s’de b Haitrée, en faisant insinuer tes actes présents,
prend le titre de vicaire de Fervaques.

Recherche faite en 1540, par les élus de Lisieux des nobles de leur élection.
203. De la Rivière. Ce Jean de la Rivière, Sr. du Prédauge et des Autieux-sur-Corbon en 1307, étoit le 7e. aïeul dudit Charles, produisant en 1540, et le 12e. aïeul de François-Charles-Alexandre, comte de la Rivière-Prédauge, mon voisin et ami, suivant les titres authentiques que j’ai vus au Prédauge en 1786.

STATISTIQUE MONUMENTALE DU CALVADOS PAR ARCISSE DE CAUMONT
Les Authieux-sur-Corbon, Altaria in Algia, ecclesia de Altaribus , Altaria super pontes vallis Corbonis.

L’église des Authieux-sur-Corbon a été démolie il y a 35 ans environ ; la paroisse a été réunie à Victot.
Cette église avait de petites dimensions et offrait peu d’intérêt, si l’on s’en rapporte au souvenir de ceux qui l’ont vue debout.
La cure était à la nomination du seigneur. Guillaume de La Rivière, de Riparia, possédait ce privilége au XIV siècle. La même famille l’avait conservé jusqu’au XVIe., d’après les pouillés.
En 1463, Montant ne trouva qu’un seul noble sur cette paroisse, Richard Carbonnel ; mais nous avons une explication de ce fait dans la Recherche des Nobles dans l’élection de Lisieux en 1540, éditée par La Roque. A l’article de la paroisse du Pré-d’Auge, on voit que
Robert, Charles, Michel, Jacques et Charles de La Rivière, produisirent, pour justifier leur noblesse, « la déclaration de leur généalogie et descente commençante à Jean de La Rivière, sieur des Authieux, vivant en 1307, selon que contient la première de leurs lettres, par laquelle ledit Jean, dénommé écuyer, acquit de Hue des Authieux, écuyer, ledit fief des Authieux. » La famille de La Rivière porte: de gueules à deux poissons d’argent, suivant d’Hozier.
Le même d’Hozier inscrit dans son Armorial : Pierre de l’Épée, seigneur et patron des Authieux-sur-Corbon, avec le blason suivant : de gueules à deux épées d’argent posées en sautoir, la garde au chef de l’écu, cantonnées en pointe d’un lion d’or rampant ( Notes de M. Ch. Vasseur sur les familles nobles de l’évêché de Lisieux).
Nous ignorons comment eut lieu la transmission de la terre des Authieux de la première famille à la seconde.
On comptait aux Authieux 1 feu privilégié et 18 feux taillables.
En général, dans les communes nommées Les Authieux, Altaria, nous avons trouvé deux églises ou chapelles : j’ignore s’il en a existé deux aux Authieux-sur-Corbon à une époque ancienne.

Authieux sur Corbon
Géoportail Carte Cassini

Ancienne église emplacement présumé Lieu dit « Croix des Authieux »

Géoportail Carte Cassini

3 – Archives ShL.
Sous l’invocation de Notre-Dame

3e fascicule – 1767 4 juillet
Maistre Louis Désert, prestre curé des Authieux-sur-Corbon
– page 117 – 1652 17 octobre

Noms des curés:
Désert 1764
Pommarède 1774
Langlois 1779 -1787
Curés. — J.-J.-D. Brise – J.-M. Hariel – J.-B. Langlois
Prêtres desservants.— J.-B. Oursel – J. Ph. Le Monnier de la Maillée – T. Choisel –
Patron.— Le seigneur du lieu. — J.-J.-L. Le Grix de la Poterie – M.-A. Dumourier-Duperrier, dame de Belley.
Seigneur. — P.-A. Bénard de la Morandière

Par. de Notre-Dame,
patr. le seigneur.
Dioc. de Lisieux,
Doy. de Beuvron.
Génér. de Rouen,
Elect. de Pont-1’Évêque,
Sergent. de Cambremer.

CHATEAU DE BONNEVILLE-SUR-TOUQUES


.

Par M. André GILBERT,
Texte complet : Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie
Éditeur : Derache (Paris)
Éditeur : Didron (Caen)
Éditeur : Hardel (Rouen)
Éditeur : Le Brument ()
Éditeur : Société des antiquaires de Normandie (Caen)
Date d’édition : 1892

I. DESCRIPTION DU CHATEAU DE BONNEVILLE-SUR-TOUQUES.

N. B. Nous nous sommes beaucoup aidé dans la présente description d’un opuscule de M. Lecourt paru en cf 1868 (Pont-l’évêque). Imp. Delahais. Touques et son château.
Elevé sur une éminence, aux portes mêmes de Touques (La route qui reliait Touques et son château, aujourd’hui route de Pont-l’Evêque, s’appelait autrefois, la rue de Bonneville. Cette appellation démontre assez clairement que jadis Bonneville n’était en quelque sorte que le faubourg de Touques.), à l’entrée d’une superbe vallée, le château de Bonneville était admirablement situé pour embrasser d’un seul coup d’œil les larges plaines qui s’étendent à l’ouest et au midi vers la ville de Pont-l’Évêque, et pour scruter vers le nord, à travers les nombreux méandres de la Touques, le rivage et jusqu’à l’ horizon de la mer.
Il serait difficile, à laide de ce qui reste du vieux castel, de se faire une idée exacte de ce qu’il était à l’origine aussi bien à cause de l’état de délabrement dans lequel il se trouve, que par suite du peu d’unité que présente l’ensemble des ruines. Plusieurs tours, en effet, ne paraissent pas avoir été construites en même temps que les murailles du château auxquelles elles sont reliées et tandis que la tour de Rollon, par exemple, peut dater du XIe siècle, la porte ogivale qui servait d’entrée, semble n’appartenir qu’à la fin du XIIe ou au commencement du XIIIe siècle.
En face des difficultés presque insurmontables qui s’opposent à tout travail de restitution, nous n’essaierons point de dépeindre le château de Bonneville tel qu’il a dû être à l’origine, notre intention n’étant du reste, que de donner une rapide description de ses ruines, qui serve en quelque sorte d’introduction et de complément à la notice qui va suivre.
La plus ancienne description qu’on ait du château de Bonneville, ou du moins de ce que la Révolution en avait laissé, ne date guère que de 1828.
A cette époque, d’après M. de Caumont, l’enceinte se trouvait remplie de pierres et de débris jetés sans ordre, provenant de la démolition des murs les logements intérieurs avaient disparu.
Depuis que j’ai visité pour la première fois le château de Bonneville, écrit, cinq ans plus tard, le même auteur, on la déblayé, on a même bâti il y a quelque temps au fond de la cour, un pavillon adossé contre la muraille du nord. Le niveau actuel est élevé de dix pieds au-dessus de Lancien, ainsi que des excavations l’ont prouvé, et le rez-de-chaussée tout entier de Lancien château se trouve sous terre.
Il ne reste plus que le mur d’enceinte qui a 8 à 10 pieds d’épaisseur.
Ce qui reste du château de Bonneville ne ma pas offert de caractère d’ancienneté qui puisse le faire remonter jusqu’au XIe siècle, les parties les plus anciennes, sauf pourtant le blocage intérieur dont on ne peut reconnaître l’âge, date raient de la fin du XIIe siècle, mais bien des parties ont été refaites postérieurement à cette date.
Les tours entre-autres ne paraissent pas se lier au mur primitif ce sont quelques-unes du moins des applications postérieures.
Et il ajoute Si les murs du château de Bonneville sont délabrés, et dans un état de ruine très avancé, les fossés au contraire, avec leur contrescarpe, sont à peu près intacts (Surtout du côté du nord et de lest. Leur développement est de 400 mètres. Ils ont 20 mètres de largeur et 10 de profondeur, et affectent dans leur section la forme d’un V, peut-être par suite des éboulements.), et j’en recommande la visite à qui voudrait voir un retranchement entier, tel que lavaient autour de leur enceinte murale, nos châteaux-forts du XIII° siècle les plus importants. Je ne connais pas de fossés plus complets que ceux-là. Il n’est pas douteux qu’on pouvait les remplir d’eau. Tel était le château en 1833, tel il est encore aujourd’hui à quelques dégradations près, car il na été effectué depuis que des fouilles insignifiantes, et en l’absence de tous travaux de conservation, le temps poursuit lentement son œuvre de destruction.
L’enceinte (La superficie en est à peu près d’un hectare 40 ares.) garnie de cinq grosses tours et d’un puissant donjon, n’avait qu’une seule porte précédée d’un pont-levis.
Cette porte d’une belle ogive qui daterait tout au plus de la fin du XIIe siècle, n’est plus aujourd’hui la seule donnant accès dans le château d’une poterne existant jadis à l’extrémité opposée, dans le rempart qui regarde le village de Bonneville, on a fait, en l’agrandissant, l’entrée principale.
C’est par cette ancienne poterne que l’on pénètre aujourd’hui dans le château.
Le pavillon qui, en entrant dans l’enceinte, se trouve à droite, est celui dont A.de Caumont signale la construction vers 1830, avec les débris des anciennes murailles.
Quant aux différentes tours, dont la visite est la seule attraction du château de Bonneville, elles sont au nombre de cinq, non compris le donjon. Leur hauteur, à en juger par leur base, devait être considérable.
Ce sont, en suivant le mur d’enceinte de droite à gauche.
La tour de Robert le Diable.
La tour du Roi Jean.
La tour du Serment ou du Conseil.
La tour de La Chapelle.
Et enfin la tour de Rollon (Ces tours, dont le diamètre n’excède pas 6 à 8 mètres, ont une hauteur de 6 à 7 mètres sauf cependant celle de Robert qui a encore 12 mètres d’élévation, tandis que celles de Rollon et de La Chapelle ne mesurent plus que 4 mètres).
La tour de Robert le Diable, aujourd’hui la plus élevée et la mieux conservée, communique avec le pavillon récemment élevé et n’est visible que des fossés. Elle contenait les oubliettes qui, fouillées il y a fort longtemps, ont été entièrement comblées.
Cette tour se trouve séparée de celle du roi Jean, par une longue muraille aujourd’hui dépourvue d’appui et que surmonte une terrasse.
En bas les fossés larges et profonds.
La tour du roi Jean sans Terre, envahie extérieurement par les lierres, contient, au niveau de la cour, une vaste chambre voûtée assez bien éclairée par une meurtrière. Ce serait dans le cachot y attenant, ménagé dans l’épaisseur du mur, qu’aurait été enfermé Robert de Bellesme sur l’ordre du roi d’Angleterre Henri Ier (1112) Vide infra, page 415.).
Des fouilles, opérées vers 1860, ont fait découvrir sous cette première pièce une seconde chambre de même hauteur et proportion.
De la tour du roi Jean, pour gagner celle du Conseil ou du Serment, il faut passer devant l’ancienne porte du château dont nous avons parlé plus haut. En dépit des mutilations qu’ont subies les pilastres, cette porte offre encore un assez bon état de conservation.
Un terre-plein remplace le pont-levis (Une partie des fondations de ce pont-levis ont été retrouvées dans les fouilles.) qui jadis donnait accès dans le château. A gauche de cette porte et hors de l’enceinte se trouve un escalier souterrain auquel on accédait par une poterne dont le cintre brisé se trouve tout auprès. On ignore à quel point aboutissait ce passage déblayé en partie en 1866. Quelques-uns veulent qu’il soit l’orifice d’un souterrain se prolongeant jusqu’à la Touques, mais il est très probable que l’issue devait se trouver à l’intérieur du château, au niveau même de l’ancienne cour, et qu’il ne servait qu’à effectuer des sorties secrètes.
La Tour du Serment ou du Conseil qui vient ensuite, présente au niveau de la cour, comme celle du roi Jean, une salle assez spacieuse et bien conservée, éclairée par une large fenêtre. D’après la légende, ce serait dans cette tour que le Saxon Harold (1065) aurait prêté serment d’aider le duc de Normandie à conquérir l’Angleterre et que se serait ensuite réunie l’assemblée qui décida la conquête ce serait au coin de cette fenêtre enfin, d’où elle guettait le retour longtemps attendu de son mari, que la duchesse Mathilde, épouse du Conquérant, aurait entrepris et terminé la célèbre tapisserie de Bayeux où se trouvent narrés la conquête de l’Angleterre par le duc Guillaume et les exploits des Normands.
Légende en vérité, car cette tour eût été insuffisante pour être le théâtre de semblables événements, car cette large fenêtre n’est guère qu’une antique meurtrière élargie d’où l’on ne pouvait embrasser jadis que les abords du château.
La muraille, après avoir fait un coude, est limitée avant de prendre la direction N. E. par la tour dite de la Chapelle.
Cette appellation semble purement fantaisiste, comme, du reste, celle des autres tours [Elle doit être due soit à la découverte survenue lors des travaux effectués en 1867 à sa base, d’un bénitier et d’une vierge mutilée, soit à la conformation que présentait cette tour il y a quelque vingt ans. A moitié démolie, en effet, elle formait, avec une partie de sa voûte encore existante, une sorte d’abside qu’on avait étayée et qui depuis s’est écroulée.] car si le château de Bonneville possédait une chapelle, (et il en eut une apparemment remplacée en tant que paroisse dès la fin du XVIe siècle par l’église de Bonneville, elle devait être située au milieu de l’enceinte, et n’avoir, selon la coutume, aucune communication avec les ouvrages de défense. Quoiqu’il en soit, cette tour ne s’élève pas aujourd’hui au-dessus du sol exhaussé de la cour. A sa base et dans la courtine, il a été découvert en 1867, un passage souterrain voûté en cintre qui pourrait n’être bien qu’une poterne située au niveau de l’ancienne cour.
Vient enfin la tour de Rollon, la plus délabrée mais aussi la plus ancienne du château, qui ne présente plus aujourd’hui qu’un amas informe de pierres et de débris recouvert de broussailles. Quant au donjon, par lequel nous terminerons la description de l’enceinte, il devait, à en juger par la masse importante de ses assises (12 mètres de diamètre.), élever à une grande hauteur. Il n’est plus guère aujourd’hui qu’une annexe du pavillon dont nous avons déjà parlé, à la hauteur duquel il est rasé. La seule particularité à signaler dans le donjon, dont les murs ont près de 3 mètres d’épaisseur, est l’existence d’une sorte de puits, déblayé il y a longtemps qui, à moitié de sa profondeur actuelle, possède une ouverture semblable à l’orifice d’un souterrain. Il est probable que le sol du château est surélevé d’au moins 5 mètres et que cette ouverture ne devait être ménagée au niveau de l’ancienne cour que pour permettre de puiser de l’eau de l’étage inférieur.
Ce donjon contenait autrefois un moulin, qui y fut établi vers 1592 (Vide infra, p. 461).
Il est regrettable que les fouilles jadis entreprises pour déblayer les abords du château n’aient pas été poursuivies dans l’enceinte. Peut-être, si quelques travaux étaient effectués, rencontrerait-on, sous la masse de pierres et de décombres qui forme le sol actuel, les substructions de l’ancien château. Quatre ou cinq mètres de débris seulement à déplacer, et l’on pourrait reconstituer autrement que par la pensée la résidence favorite du Conquérant Mais toute idée de recherches semble aujourd’hui avoir été abandonnée. Est-ce par respect pour la légende qui déjà envahit ces ruines? Certes la légende est respectable, et il en coûte toujours de la chasser violemment de son dernier asile mais n’est-il pas louable le rôle de celui qui cherche à dissiper les erreurs populaires, à reconstituer dans le présent l’histoire exacte d’un glorieux passé? A de pareilles recherches, le poète ne peut rien perdre, car il aura toujours à glaner dans cette brume épaisse où lui seul peut voir, et qui entoure quand même, comme d’une auréole, les plus connus des temps passés.
A. G.
Le fief noble de Bonneville-sur-Touques fut détenu successivement par
1204. Johannes de Porta (Le fief de Bonneville était, au XIIIe siècle, subdivisé en huit membres de fief, qui semblent avoir subsisté jusqu’à la fin du XVIe siècle (Rec. des Hist., XXIII, f°615.) N.-B. Cette liste, presque toute entière, sauf les exceptions signalées, a été rédigée d’après les documents contenus aux Arch. Nat. dans les Registres cotés R4 1101 à 110R, poxxim, (prnrps-verbaux de foi et hommage et dénombrements), seigneur de Bonneville (Rec. des Hist. XXIII, f » 634-615).
1217. Philippus de Alneto, seigneur de Bonneville (Ms. Bibl. Rouen Y. 9. 90).
1350. Jean Garnier, sieur de Bonneville, bourgeois de Pontoise.
1374. Pierre Garnier, sieur de Bonneville, bourgeois de Pontoise, fils du précédent.
1393. Frère Guy de Gless, abbé de Saint-Ouen de Rouen, seigneur en partie de Bonneville.
1410. Johannes de Bonnavillâ (Clairarabault Reg. coté 165 p. 1348).
1414. Guillaume d’Estouteville, seigneur de Bonneville, évêque de Lisieux.
1417. Messire Laurent Doullon, prêtre, seigneur en partie et curé de Bonneville.
1452. Jehan Esnault de Bonneville (Rot. Norm. merab.7)
1453. Jehan du Mesnil, écuyer, sieur de Bonneville. 1484-1498-1525. Pierre du Mesnil, écuyer, seigneur en partie de Bonneville, 1er fils de Jean du Mesnil.
1503-1520. Frère Jacques de la Courbe, sieur de Saint-Arnoul, seigneur en partie de Bonneville.
1495-1518. Jacques du Mesnil, escuyer, sieur de Bonneville, 2° fils de Jean du Mesnil.
1529-1541. David du Mesnil, écuyer, seigneur en partie de Bonneville, 1er fils de Jacques du Mesnil.
1531. Guillaume du Mesnil, écuyer, seigneur en partie de Bonneville, 2e fils de Jacques du Mesnil.
1532. Jean du Mesnil, escuyer, sieur de Bonneville, fils de Pierre du Mesnil.
1585. Robert du Mesnil, escuyer, sieur de Bonneville, fils du précédent.
1595. D110 Marguerite du Mesnil, fille du précédent, épouse de Richard Fenol de Canapville.
1690. Messire Pierre de Boucquetot, seigneur de Bonneville.
1735. (?) Jean de Bonneville, écuyer, seigneur de la Boullaie du Bocage, capitaine de dragons (Portait d’argent à 2 lions léopardés de gueule (d’Hozier) l’un sur l’autre (Général armorial).
1758. (?) Sieur Marie de Bonneville (Ch. des C. de Norm. reg. 126).
1760-1828. (?) Nicolas de Bonneville, publiciste (Figura à l’assemblée le la noblesse du bailliage d’Orbec.

Il semble que, après avoir passé la mer à la suite du Conquérant, les anciens seigneurs de Bonneville, suivant en cela l’exemple d’une multitude de nobles Normands, aient fait souche en Angleterre, en Écosse et en Irlande, où des fiefs leur auraient été concédés après la conquête. A partir de 1066, époque où le sire de Bonneville s’embarqua sur les nefs du duc Guillaume, le nom de Bonneville se retrouve en effet très fréquemment dans les Annales anglaises.
Voici, du reste, une liste des quelques descendants en Angleterre du sire de Bonneville, dont nous avons pu relever les noms
1066. S. de Bonneville. Passe la mer avec le duc Guillaume. (Hist. M. Corrualenti authore Joan Bramptano, abbas Jorval).
1264. Nicholaus de Bonevill. Miles. obiit in anno 1264 (State papers).
1264. Willielmus de Bonevil. Miles, fils du précédent (St. pap. Ancient deeds).
1283. Henry de Boneville, Release by Joan, late the wife of Henry de Boneville, of a field called Le Mulnehull and of a mill therein, in the kings court at Shrewsbury, by writ of dower (State papers. Descrip. Catalog. of ancient deeds).
1288. William, John, Andrew, de Bonevyle.
Lands held by them at Youghal of sir Thos. de Clare (Calendar of Docum. (Ireland). State papers).
1295. John de Boneville. Remaining in Glindelori, Mackinegan and Kevin with an armed force, guarding the parts of Dublin during the war (Calendar of Docum. Ireland. State papers).
1295. Nicholaus de Bonevill. Obiit seisitus in dominico suo de Sok Denys ut de feodo. Hawisia, quae fuit uxor Nicholai de Bonevill (de manerio suo de Dulverton in manum Regis capto post mortem praedicti Nicholai) (St. pap. Henri III. Edw. I, vol. 2).
1295. Nicholaus de Bonevill. Filius praedicti Nicholai et propinquior haeres ejus (Id.). 1301. Robert de Boneville, Robertus de Bonneville, Robertus de Bona Villa. (Cal. of Doc. Ireland, State pap.). (Ms. 16 D, in Turr. Lond.). (Et t. l, p. iv, p. 14. Rymers acta) Guerroie en Écosse pour Édouard I°.
1307. Johannes de Boneville, John de Bonevile. 1309. Lord John de Bonville. Frère du précédent, guerroie avec lui (Id.). Helds a tenth part of 1 Knights fee in Typercane (St. pap. Cal. of Doc. Ireland). Is killed in 1309 (Stat. pap. Carew. Book of flowth Miscellaneous).
1327. Arnaldus de Bona Villt. Cité parmi les fidèles du Roi d’Angleterre in ducatu Aquitaniae (Rot. Vascon. in Turr. Lond. Et Rymers acta, t. II, p. 2,174.) • )
1328. John de Bonevill. Knight of Scotland. (Cal. of Rolls. 4. Edw. III).
1340. Gaillardus de Bona Villa. Cité inter nobiles Vasconiae super jure regis ad regnum Franciae (Rot. Vascon. in Turr. Lond. Et Rymers acta, t. II, p. iv, 77).
1342. Walterus de Bonevill. 1347. Walter de Bonvill. Est appelé au service dÉdouard III cum duobus hominibus ad arma et viginti hobelariis (Rot. Franc, in Turr. Lond.).- Fut au siège de Calais (St. pap. Carew.).
1373. Willielmus de Boneville. 1397. Willielmus de Bona Villa. 1345. William Bonevyle.Miles, capitaneus terrae maritimae (Rot. Franc. in Turr. Lond.). Chivaler (Rymers acta, t. III, p. iv, 134). Knight. (State pap. Ancient deeds).
1400. John Bouvile. 1410-11. Johannes de Bonavilla. (Inv. des Reg. des Ch. Roy. Clairambault, p. 1348. Reg. 165). Fils du précédent, épousa Élizabeth, seule fille et héritière de sir Alan Fitz Henry.
1461. Lord de Bonneville, Dominus Boneville, William Lord Bonvile. (Stat. pap. Venitian). (Rymers acta, t. V, p. n, 61). Frère du précédent, lord du Conseil du Roi (1450), siégeait au Parlement, le duc dYork le fit décapiter après la bataille de St.Alban 1461). Il eut un fils et deux filles.
1460. William Lord Bonville. Fils du précédent, fut Lord Bonville and Harrington, Baron Bonville of Chewton en Sommersetshire, épousa Catherine Nevill, fille de Richard Lord Nevill, mort en 1460 II fut tué a la bataille de Wakefield et enterré à Astley-College. Il laissait une fille unique Cecily, qui fut mariée à Sir Thomas Grey, Earl of Huntington, marquis de Dorset.
De William, le titre de Bonville échut au comte de Stamford, dans la famille duquel il se trouvait encore en 1806 (Extinct Barons of England. Londres, 1785).-(Political Index to the History of Great Britain..by Robert Beatson. London, 1806).
Les deux sœurs du dernier Lord W. Bonvile furent Margaret, qui épousa sir William Viscount Courtenay, mort en 1485, et Philippa, mariée à sir William Grenville Temple, Earl Temple.
Les State papers (Domestic. Elizabeth) signalent encore en 1526 Élizabeth, fille et héritière de sir Roger Bonville (Knight), qui épousa sir Thomas West, baron de La Marre, et en 1591 un certain Jones of Bonvill.
Capitaines du château de Touques:
Anglais 1138. Guillelmus Trossebot (Ordéric Vital, p. 116, liv. V) (ou Troussebosc).
id. 1180. Gaufridus Trossebot ( Mag. Rot. Scacc. Norm. (membr. 6 dorso) 1180.).
id. 1195. Robertus de Ros ( Mag. Rot. Scacc. Norm. 1195 (membrane 7 r°).
id. 1197. Guillaume de l’Espinay (Dumoulin, 116. Roger de Hoveden, Rec. des Hist., XVII, 579; et Chronica Maj. Matthœi, II, 120.) (de Spineto), probablement lieutenant du précédent.
Français 1369 à 1375. Baudrain de la Heuse (Coll. Fontanieu, portef., 92-93, n° 49; Char. Roy.,)
Français 1417 Jean dAngennes (Mag. Rot. XV, membr. 6. Id. Henrico V° rege membr. 27.)
Guillaume Leconte (Mag. Rot. XV, membr. 6. Id. Henrico V° rege membr. 27.) son lieutenant.
Anglais 1417 à 1422. Sir John Kykelly (Bibl. Hàrl., n° 782, f° 49 v°.; Breg., t. LXXX.), (le duc de Clarence).
id. 1422 à 1429. Andrieu Ogard (Arch. nat., K. 62, nos 73 et 75, Originaux; Arch. nat., K. 64, n° 12à 1-223.)
id. 1429 Jean (bâtard) de Crécy (Bibl. nat ms. quittances 1313-1314.). Etienne Pites (Bibl. nat ms. quittances 1313-1314.), son lieutenant.
Français 1429. ? ?
Anglais 1430-1437. Johannes Feribie ( WorC’esters Collections concerning tlte wars of Ihe English in France, p. 544.).
id. 1437-1446. Andrieu Ogard ( Arch. nat. K. 62, n0! 73 et 75. Originaux Arch. nat. K. 64, n° » 12 à 122.).
id. 1446-1448. Jean Neufau ( Arch. nat. K. 68, n° 1220 orig. Et K. 68, n° 27″ orig).
id. 1448-1449. Edward Bromfyld (WorC’esters Collections concerning the ajfairs of. Normandy.).
t. VIII, n° 541 Cab. des Titres, lre série, dossier Heuze; Et F. Fr. 20.458, p. 23.
Français 1449. Blainville (sire de) (Enguerrand de Monstrelet Masseville IV, 202 Goube II. 226-P. Daniel vra, p. 242– Chartier, II, p. 130.
id. 1451 De Brézé.
id. 1536. Duc de Montpensier) (M. de, Bléville).
id. 1551. Jean Servin dArtigny ( Arch. nat. R4 1102 f° 194 2° à 196 Arch. Calvados, 12 août 1552.). ).
id. 1564. Nicolas des Buats, seigneur du Noyer (Anselme et Dufourny, t. I, p- 444. – Mort en 1582.).
id. 1600 à 1651. Me Henry Daccres ou Darère, sieur de la Tour et du Thuy (Reg. Mem. Ch. des C. de Norm. 69, f° cliii année 1651).
id. 1750. M. de Manerbe (Inscription de la cloche de léglise de Bonneville.).
id. 1780 à 1790. M. de Saint-Léger (Lecourt. p. 13.).
AVANT-PROPOS
Bon nombre d’auteurs qui, au cours de leurs recherches, se sont trouvés parler du château de Bonneville, ont cru devoir distinguer deux châteaux l’un situé dans le bourg de Touques, et l’autre à Bonneville.
Il y a là une grosse erreur.
Jamais Touques na possédé de château dans son enceinte.
Le Castrum de Touka ou Tolcse se trouvait à Bonneville.
Castrum ou Castellum de Touqua ou de Bonavilla super Touquam étaient donc employés indifféremment par les auteurs dans leurs chroniques, et les trésoriers dans leurs registres de comptes, pour désigner une seule et même munitio . Ceux qui ont cru, en face de cette double appellation, devoir faire une distinction, se sont évidemment trompés.
Lorsque Geoffroy Plantagenet vint loger à Touques avec dessein d’assiéger le château, Ordéric Vital nous le dit fort bien, (p. 116. liv. V) il n’y trouva qu’un opulentum burgum , et il reporta au jour suivant l’attaque de la vicina munitio Bonaevillae .
Au surplus, La Martinière (Dictre 1738) parlant de Touques, ajoute:
Le château qui est ancien, est bâti sur une éminence. Or l’éminence la plus proche de Touques n’est autre que celle de Bonneville ( (Vid. Th. Basin reg. de Charles Vil et Louis XI. cap. XI. custos arcis Tolcae, in collis vertice site. )
On pourrait invoquer encore nombre de témoignages à l’appui de cette identification, mais il suffira de lire cette notice pour en tirer nombre de conclusions favorables à l’opinion que nous venons démettre.

II – NOTICE HISTORIQUE
Du château de Bonneville nous ne savons rien ou peu de choses avant le commencement du XIe siècle.
Par qui et à quelle époque fut-il élevé ? Nul ne saurait le dire avec certitude.
Les fondements en furent-ils jetés par Guillaume le Conquérant, comme le veut la tradition ? Cette hypothèse qui, à la vérité, na rien d’invraisemblable, est cependant sujette à contestation car si l’on admet avec certains auteurs, qu’en général et dans ces parages surtout, les bourgs ne se sont guère formés qu’autour des châteaux-forts, nous devrons conclure avec raison que l’existence démontrée du bourg de Bonneville en 1026 (Bonavilla in Lisvino (Dotalium Judith, 1026.) laisse supposer l’existence de son château à la même époque, c’est-à-dire neuf années avant la naissance du Conquérant.
Une opinion soutenue par plusieurs, ferait remonter la construction du château à une époque bien plus reculée. Touques, en effet, ne devrait son nom qu’à un retranchement fait en hâte (en latin Tulco), élevé d’abord en cet endroit sur les ordres de Charlemagne pour repousser les incursions des Normands. Ce serait cette fortification qui plus tard aurait été remplacée par un château fort.
Le bourg de Touques, aurait alors conservé le nom que lui avait valu la fortification qui le défendait, tandis que le nouveau castel aurait pris le nom du village de Bonneville qui s’était formé sous la protection immédiate de ses remparts. Quoi qu’il en soit, le château actuel ne semble certainement pas dater dans ses parties la plus ancienne d’une période antérieure au XIe siècle. Les premiers documents qui en fassent mention, sont relatifs au serment que le duc Guillaume y fit prêter à Harold, son compétiteur au trône d’Angleterre.
Le Roy Edouart, en effet, n’avait eu nul enfant de son corps, et considérant que le duc Guillaume lavait longuement nourry et gardé, et, si estoit son cousin, et plus lamoit que homme qui vesquist, et si estoit sage et puissant pour bien gouverner, et de bonne vie. Si l’ordonna son hoir au Royaume après sa mort, et plusieurs fois le dit à ses Barons, et pour ce, envoya au Duc une charte scellée de son grand scel (Recueil des Historiens, XIII, 222, D.). Harold ayant eu connaissance de cette charte, qui frustrait la branche saxonne dont il était un des représentants, les rapports déjà peu cordiaux qui existaient entre lui et le duc Guillaume ne laissèrent pas que de s’envenimer; et il n’attendit pas la mort du Roi Edouart, pour se constituer un parti capable de disputer aux Normands la possession de l’Angleterre.
Sur ces entrefaites, Harold tomba entre les mains du duc de Normandie.
Les uns prétendent que venu devers le Duc Guillaume pour qu’erre son frère et son cousin que son père Gorine, (le comte Godwin) avoit baillés en ostages de tenir paix ( Si tiennent aulcuns que le roi Édouart le escondit de lallée, pour ce qu’il sçavoit que le duc Guillaume le héoit. Id.) au Roi, il fut saisi et retenu prisonnier (Recueil des Hisl., XIII, 222, D.)
Suivant d’autre séant embarqué pour une partie de plaisir (Guill. de Malmesbury, liv. II, p. 93, 1. 26), il fit naufrage sur les côtes de Flandre (comté de Ponthieu), et les Flamands sétant emparés de sa personne, lavaient, livré au duc.
D’autres enfin soutiennent que Harold s’était embarqué par la Flandre et qu’il vint faire naufrage sur les côtes de Normandie où il tomba entre les mains de Guillaume (Raoul de Dicet, Hist. angl. scriplores, X, col. 478, 1. 40. Robert du Mont, Recueil des Hist., XI, 167 c.).
Quoi qu’il en soit, étant acertainé qu’il n’était pas le seul que le Roy Edouard eut eslu à Roy après sa mort , le duc ne fut pas plus tôt en possession d’Harold, qu’il s’évertua à obtenir de lui une renonciation en bonne et due forme à ses prétentions au trône d’Angleterre.
Il le fit d’abord garder étroitement, puis lorsqu’il crut lavoir suffisamment effrayé, il consentit à une entrevue au cours de laquelle Harold promit tout ce qu’on voulut. Réconciliation s’ensuivit, et ….Eissi fut Héraut (Harold) délivré
Len amena li dux ad Sei
Por aler essillier Bretons
Vers lui torcenos et felons.
Chemin faisant:
Si mena li dux son Concile
Ce sui lisant, à Bone Vile (Benoit, trouvère anglo-normand.)
Ce fut là au château de Touques que Guillaume mit Harold en demeure de renoncer au trône d’Angleterre, et de laider à le conquérir à la mort du Roi Edouard.
Telles sont, du moins, les versions de Guillaume Henry de Huntingdon. Rerum angl. script, post Bedam prœc, XI, 207, D. Matliieu de Paris, Ilist. major. Prolog., p. i.
de Poitiers
[Coad’unato ad Bonam Villam consilio, illic Heraldus ei fidelitatem Santo ritu Christianorum juravit.
Id. in Gesta Willermi.
Benoît, après Guillaume de Poitiers, place ce serment à Bonneville; mais Ordéric Vital, assurément moins bien informé, rapporte qu’il eut lieu à Rouen apud Rotomagum omnia quœ ab illo requisita fuerant super sanctissimas reliquiasjuraverat. Ece. Hisl., lib. III. Du Chesne, 492, A. D. Bouquet, XI, 234, A.
Wace fait passer la scène à Bayeux
Pour rechoivre C’est serement
Fist assembler en Parlement
A Baieues, ço soient dire,
Fist asembler un grant concire.
(Rom. du Rou, HI, 113).] et de Benoît, le trouvère AngloNormand
Là fu li serremenz jurez
Que Héraut meisme a devisez
Que tant cum Ewart vivret mais,
Le regne li tendreit en pais
M. de Thou, dans sa Chronique, est du même avis. Quelques-uns ont parlé à cette occasion de Sainte-Marguerite de Jumièges.
Les versions les plus vraisemblables seraient celles de Guillaume de Poitiers et de Benoît, qui ont écrit à une époque plus rapprochée de l’événement; mais il semble néanmoins que celle de Wace soit la vraie, car la tapisserie de Bayeux, qui représente cette scène, porte comme texte explicatif HicWillelm venit Bagias Ubi Harold sacramentum fecit Willelmo Duci.
Selon sa force, en suen poeir
Sen fausser en senz deceveir.
Et après qu’il sereit finiz
Ci que del regne fust saisiz,
Li tendreit vers toz homes nez
De ci qu’il i fust coronez.
Jura de sa main à tenir
Senz rien fausser e sanz guenchir
E li dux par lui mieuz aveir
Sanz fausser et senz deceveir
E senz muer vers lui corage
Aeliz (Suivant Ord. Vital (Ecc. Ilist., lib V, p. 573, c.), ce fut Agathe, autre fille de Guillaume le Bastard, qui fut une fiancée à Harold.) la proz e la sage
Sa fille, ottroie et done.
Si l’on en croit les récits de Wace et dOrderic Vital, la prestation de ce serment (On montre encore de nos jours, à Touques, la Tour du Serment. Vide supra, p. 379.) fut entourée d’un cortège de circonstances calculées de manière à le rendre plus solennel le duc Guillaume avait fait placer les reliques des saints les plus vénérés de la contrée (Celles de Saint-Candre, entre autres, selon Dumoulin. (Voir aussi Augustin Thierry).)sous l’autel dressé pour la circonstance, et les avait fait dissimuler sous un large drap dor.(Suivant Ord. Vital (Ecc. Ilist., lib V, p. 573, c.), ce fut Agathe, autre fille de Guillaume le Bastard, qui fut une fiancée à Harold. D’après la tapisserie de Bayeux, qui représente la scène, il y avait deux cuves pleines d’ossements ou deux grands reliquaires. Harold est placé entre les deux, et cteud les bras sur chacune des cuves au moment où il prononce le serment.
Le serment fait sur les Evangiles, le duc leva le drap, afin que Harold voyant les reliques des Saints, témoins irréprochables de ses promesses, eût plus d’affection de les garder inviolables. A la vérité, ajoute Dumoulin, la veüe des reliques ternit la sienne et luy fit changer de couleur, ce que le duc vit fort bien, et sur toutes choses luy recommanda la fidélité qu’il promettoit récompenser avec excès.
Chacun sait ce qu’il advint par la suite le roi Edwart mourut, et Guillaume, confiant dans la bonne foi d’Harold, s’apprêtait à prendre possession de la couronne d’Angleterre, lorsqu’il apprit qu’il avait un compétiteur.
Se sentant capable de disputer le trône au duc de Normandie, et plein de foi dans l’appui qu’il trouvait chez les Anglo-Saxons, Harold ne reniait pas son serment, mais invoquant pour se justifier la violence et la surprise ( Guillaume de Malmesbury, p. 99, 1. 33.), il se préparait à la lutte et recrutait des partisans.
Guillaume à cette nouvelle donna ordre aux choses nécessaires pour la guerre estrangère, et ayant soin de la paix domestique, tint conseil à Bonneville-sur-Touque, par lequel la duchesse Mathilde fut déclarée Régente en Normandie, et lieutenans nommez pour demeurer avec elle, maintenir les Normands dans le devoir et aller au-devant des entreprises des voisins. Pendant cette assemblée, à la prière et sollicitation de Hugues, evesque de Lisieux, le prieur Mainier fut fait abbé de Saint-Evroult et Lanfranc (( Lantfrancus erat natione Longobardus liberalium artium eruditione aftluenter imbutus, benignitate, largi tate et omni religione prœditus, eleemosinis aliusque bonis studiis multipliciter intentus. Hic nimirum a die qua primitus apud Bonam Villam Ecclesiae regimen sus cepit XXII annis et IX mensibus nobiliter claruit. (Ex. Ord. Vitalis, lib. 111, p. 494), Prieur du Bec, abbé de Saint-Étienne de Caen (Dumoulin, p. 175. Rouen, 1631. Goube, I, 214. At ille (dux) apud Bonam Villam, inde cum proceribus suis, consilium tenuit. Denique hortatu Hugonis episcopi, aliorumque sapientium Mainerius priorem elegit, eique per pastoralem bacutum exteriorem curam tradidit. (Ord. Vitalis, II, 125-126)..

Ce fut du château de Bonneville-sur-Touque, la plus centrale et la préférée de ses résidences, que Guillaume surveilla et accéléra la construction de sa flotte C’est de là qu’il partit rejoindre ses troupes qui s’embarquaient à Dives, emmenant avec lui le sieur de Toucques

Duchesne. Nous avons pu relever les noms de onze membres de cette famille:
1066 le sieur de Toucque.
1198 Alberada de Touka, mag. rot. Numi. Id. Ricardus id. id.).
1248 Guillaume de Touque (sceaux de Norm., nos 15G9 et 1570. – Époux de Petronille-la-Drue).
1316-23 Robert de Touque (Cart. de lévêch. de Lisieux, n° 38, f° 207 et n° 39 f° 207)
1356-61 Jehan de Touques (Clair Vol. I, p. 762, reg. côté 89).
1415 Le Seigneur de Touque, tué à Azincourt (Rec. des Chron. dAngl., vol. V, 1. ler, ch. xm)
1415 Raoul de Touques (Lecourt, p. 31)*
1417 Radulphus de Touques.
1703 Jean de Touques, procureur au bailliage et sioge prôsidial de Caen, ce dernier portait
Dor party dazur à quatre fasses de lun et lautre. (N° 116. dHozier. Vol. Caen.) leut-ètre la famille Toke de Godington en Angleterre descend-elle des sires de Touques.] Bientôt après il abordait en Angleterre et anéantissait les espérances d’Harold à la bataille dHastings où le prince félon trouva la mort (1066). Roi d’Angleterre, Guillaume n’oublia pas la Normandie, et chaque voyage le ramenait à son château favori.
Nous ly voyons malade en 1080 (Ord. Vital, II, 390: Olim apud Bonam Villam rger concesserat (filio suo) post obitum suum. ducatum Normanniije. ) et dater de Bonneville le legs qu’il fit à son fils du duché de Normandie.
Lorsque la nouvelle de sa mort parvint à son fils Guillaume (1087), celui-ci résidait au château de Bonneville (Chroniq. de Robert de Torigni. Hoc, Willermo,). Accompagné seulement de quelques fidèles, au nombre desquels se trouvait le chapelain du feu roi, Robert Blouët, évêque de Lincoln (II était porteur des dernières volontés du défunt. Robertus, igitur, cognomento Bloïet, qui senioris Guil lelmi, capellanus fuerat, eoque defuncto, de portu Tolchae cum Juniore Guillelmo mare transfretaverat. ), il s’empressa de prendre aussitôt la mer au port de Touques, et ayant abordé en Angleterre, il courut à Londres, où il se fit couronner à Westminster, par Lanfranc, archevêque de Cantorbéry.
Dix ans plus tard (1098), Guillaume Le Roux, roi d’Angleterre, appelé en l’absence de son frère (Robert, duc de Normandie, parti pour la Croisade,) à réprimer la révolte des Manceaux, débarquait à Touques.
La nouvelle de la révolte lui étant parvenue au cours d’une partie de chasse, il tourna bride subitement et sans même prendre d’escorte, il gagna .la côte où il voulut faire voile aussitôt vers la Normandie Je nai jamais ouï-dire que des princes se fussent noyés , répondit-il à ceux rebus humanis subtracto, Willermus secundus, filius ejus, qui Rufus cognominatur, apud Tolcham quam ci ciùs potuit, mari transito, susceptus est ab Anglis et Francis, unctusque in regem a Lanfranco (archiepiscopo Cantuariensi) ejusque suffraganeis Lundonise, apud West monasterium. B
Et Idem textuellement Willermi Calculi, Gemeticensis monachi. Hist Norm., lib. 8°.
qui lui conseillaient de différer son départ à cause de la tempête (Quelque temps- après cependant, les enfants de Henri Ier périssaient dans le naufrage de la Reine Blanche (1120).), et il prit la mer.
Sain et sauf il abordait le lendemain à Touques. Des personnes de tous rangs se trouvaient, comme il est dusage en été ( La vogue de la plage de Trouville remonterait-elle à des temps aussi reculés ? ), sur le bord de la mer, qui ayant aperçu un bâtiment venant d’Angleterre attendirent anxieusement qu’il abordât pour en apprendre des nouvelles. Guillaume renseigna fort savamment sur son propre compte ceux qui les premiers vinrent linterroger touchant le roi d’Angleterre les réponses inattendues qu’il fit en souriant à ceux qui lentouraient, eurent vite fait de provoquer chez tous létonnement et la joie. Monté sur la haquenée d’un prêtre, il gagna Bonneville au milieu d’une grande affluence de clercs et de paysans qui laccompagnant à pied, lacclamaient bruyamment
[Sic nimirum nec congruentem flatum, nec socios, nec alia quae regiam dignitatem decebant, expectavit, sed omnis metus expers, fortunée et pelago sese commisit, et sequenti luce, ad portum Tolchse, Deo duce, salvus ap plicuit. Ibi ut moris est in aestate, plures utriusque ordinis adstabant et visa rate de Anglia velificante, ut aliquid novi ediscerent, alacres expectabant. In primis de rege sciscitantibus, ipse certus de se af fluit nuntius. Et quia ex insperato respondit ridens per cunctantibus, admiratio exorta est mox et laetitia omnibus. Deinde cujusdam presbyteri equa vectus, cum magno cœtu clericorum et rusticorum, qui pedites eum cum in genti plausu conducebant. Bonam Villam expetiit, sua que presentia inimicos in circuitu Neustriae servientes valdè terruit (Ordericus Vitalis, IV, 46).
Nous avons peine à croire, dit Auguste le Prévost, qu’il faille interpréter par Touque, le mot Tolcha il faut entendre le port de la Touque, sur le territoire de Trou ville, car sil était parti de Touques pour se rendre à Bon neville, le trajet est si court et facile qu’il laurait pu faire à pied.
Cette opinion est très discutable, car outre qu’il était plus décent pour le Roi de faire la route à cheval, portus Tolchse est constamment employé pour désigner le port de Touques. Ce port devait être à cette époque à Touques même, ainsi quon peut le voir D’après un plan ms. des Arch. Nat. (Q\ 97) (Vid. Actes Norm. Chambre des Comptes, 274, 75, v°), et les vestiges de lancien port quon relève encore de nos jours.] Henri Ie dit Beauclerc, y séjourna à son tour en 1112, pendant la guerre qu’il soutint contre le. comte Foulques dAnjou, le comte de Flandres et Louis-le-Gros ( Ord. Vital, 4, p. 305 Unde a prsefato Rege pridie nonas novembris apud Bonam Villam. ). Ce fut là qu’il reçut lenvoyé du Roy de France, Robert de Bellesme, surnommé Talvas. (4 novembre 1112).
Le port de Trouville ne semble avoir été créé quà une époque très rapprochée de la nôtre.
En 1419, Touques est encore qualifiée villam maritimam (Chroniq. de Thomas Basin, c. XI).
Ce seigneur, dabord au service du Roy dAn gleterre, s’était rangé du parti de lAngevin, luy aidant de forces et de conseil, prenant prison nier son cousin Rotrou de Mortaigne et lui fai sant endurer mille maux.
Confiant dans limmunité que lui conférait son caractère de parlementaire, Robert de Bellesme, chargé d’une mission de Louis le Gros, se présenta au château de Bonneville. Le roi d’Angleterre lui donna audience, puis lorsqu’il eut fait entendre sujet de sa légation et demandé à être compris dans lamnistie qu’il réclamait au nom du Roi de France pour tous ceux qui avaient pris les armes contre lui, on luy demanda pourquoy il avait trahi son seigneur ( Ord. Vital, IV, 305. Naturalem dominum suum Henricum derelictum. ), pourquoi adjour né par trois fois il navait comparu en sa cour, pourquoy il nestoit venu rendre compte du re venu des vicontez dArgentan, de Falaize et dHyelmes; nayant peu respondre à ces deman des, il fut condamné à tenir prison perpétuelle (Dumoulin, p. 299. Cet auteur omet de mentionner que le jugement fut rendu à Bonneville par la Cour royale, après instruction.). Arrêté au mépris du droit des gens il fut enfermé au château de Bonneville, puis à Cherbourg, et enfin transféré au château de Warham (Norfolk) où il finit ses jours dans les fers ( On montre encore au château de Bonneville le réduit où fut enfermé Robert de Bellesme, voire même les inscriptions qu’il traça sur la muraille, et lusure de ses pas sur les dalles du cachot. Il semble néanmoins que le château de Bonneville nait pas dû conserver des traces bien notables du passage du prisonnier, puisqu’il fut presque aussitôt après son arrestation transféré à Cherbourg.).
Supplice trop doux, ajoute Dumoulin, sil est vray que înesmes avec ses ongles, il creva les yeux d’un sien filleul, quon luy avoit baillé en ostage.
Henri Ier étant mort en Normandie, (1135) quelques jours après, Robert de Scel et plusieurs chapelains Robert du Vair, Jean lAsnier avec quelques troupes de gens de guerre, tous les gentilshommes et serviteurs domestiques furent commandez de conduire son corps jusques à Caen où après avoir passé par le Pont-Audemer, il fut amené à Bonneville-sur-Touque où toute la troupe logea, mais la mer sétant trouvée trop agitée le corps fut envoyé à Caen où il fut gardé bien un mois dans léglise de Saint-Estienne, attendant quun vent favorable le portast en Angleterre, ils y arrivèrent avec C’este charge terrestre après les festes de Noël. (Dumoulin, p. 310. Orderic Vital, V, p. 53. Per Pontem Aldemari atque Bonam Villam feretrum regis Cadomum perduxerunt donec post natale Domini împosituni navi et travectum est. et in liadingiensi ba silica honorifice sepultum est.).
Trois ans après (1138, novembre) Bonneville était attaqué par Geoffroi V Plantagenet dit le Bel, comte dAnjou, marié à Matliilde, veuve de lEmpereur Henri IV dAllemagne, que le roi d’Angleterre avait désigné pour lui succéder. Geoffroy se préparait à passer en Angleterre, lorsqu’il apprit quEtienne, comte de Boulogne, mettant à profit les circonstances, s’était fait couronner roi. La Normandie soffrait au prince dépossédé à titre de compensation, il résolut donc de tenter la fortune des armes, et porta aussitôt la guerre au sein du duché.
Au mois de novembre 1139 il était devant Touques.
Il trouva là, dit Orderic Vital, un bourg opu lent et résolut dassiéger dès le lendemain le château de Bonneville qui se trouvait proche. Les ennemis trouvèrent en arrivant dans la ville des maisons regorgeant de biens, mais complètement désertes témérairement, ils sy établirent en vainqueurs, et se préparèrent à festoyer magnifiquement.
Pendant ce temps, la nuit noire était venue; les troupes ennemies reposaient avec sécurité dans les maisons de leurs adversaires. Soudain, Guillaume, surnommé Troussebot, gouverneur du château de Bonneville, mettant habilement à profit limprudence des Angevins, réunit autour de lui tous ceux qui se trouvaient dans le château, les excita par un discours de circonstance à montrer la plus grande audace, puis dirigea sur Touques pueros despicabiles et meretri culas , après leur avoir détaillé minutieuse ment et expliqué point par point ce qu’ils avaient à faire.
Les premiers, comme ils en avaient reçu lor dre, se dispersèrent secrètement de par le bourg et mirent audacieusement le feu aux quatre coins de Toucques sur quarante-neuf points différents. A ce moment, les Angevins répandus comme on le sait par la ville, possédaient déjà leurs hôtes qu’ils avaient fait asseoir à leurs foyers. Affolés par le terrible crépitement des flammes et les cris des sentinelles, ils senfuirent frappés de terreur, abandonnant armes, chevaux et jus quaux choses qui leur étaient les plus néces saires.
Guillaume Troussebot parut alors avec ses hommes darmes pour courir sus aux ennemis. Mais lépaisseur de la fumée qui se dégageait de lincendie était telle, quamis et ennemis ne purent ni se voir ni se reconnaître.
Le comte Geoffroy épouvanté, sarrêta enfin dans un cimetière où, ayant rassemblé les siens, il attendit, tremblant et confus, le retour du jour (Ord. Vital, p. 116, liv. V.)
Dès qu’il parut, il s’empressa de fuir et gagna tout honteux la ville dArgentan, ayant appris par expérience combien était grande laudace des Normands[Dumoulin (p. 355) qui, dans son histoire, a traduit ce récit dOrdéric Vital, semble avoir fait un contre-sens, car il suppose que le château de Bonneville fut pris sans résistance et mesmes les seigneurs de la suite du comte dAn jou se logèrent, dit-il, dans les logis ordinaires des ducs de Normandie et y firent des festins, pendant que leurs troupes logées dans Touques estoient au repos. u 11 ressort cependant du texte dOrdéric Vitol que le château ne fut ni pris, ni même assiégé, et que larmée entière de Geoffroy Plantagenet était campée dans le bourg de Touques. N.-B.- M. Labutte, dans un guide du pays, fait remarquer qu’il existe sur le territoire de C.anapvillo, près Uon neville, quelques monticules appelés monts dAnjou , et ajoute, non sans raison, que cette dénomination semble remonter à lexpédition du comte Geoffroy. ] En 1170, nous retrouvons au château de Bonneville, doù il date plusieurs chartes ( Cli. de Henri datée de Bonneville nu/ira Toc/tain (Orig. scellé. Tr. des Cli. Rouen, I. Con J, 212 – Id. (Coutumier de Dieppe, f° LXIII, r° et v° -Id. (Cartul. Norm., n° 14. Acta apud Bonamvillam suvru Touquam), le fils de Geoffroy Plantagenet, Henri II, devenu roi d’Angleterre et duc de Normandie à la mont dEtienne de Boulogne.
Trois ans après (1173), son fils, qu’il avait fait sacrer roi de son vivant (1172), venant sur son ordre en Normandie, passait les fêtes de Noël à Bonneville (Chroniq. de Robert de Torigni. p. 34. Et ex Roberti abbatis de Monte, appendice ad Sige bertum {Rec. des Hist., XIII, p. 316). Anno 1173. Junior rex, cum uxore sua Margarita, fes tivitatem Natalis Dominiapud Ronam- Villam celebravit. Dumoulin, p. 393.), en compagnie de la reine Marguerite, sa femme.
L’année suivante (1174) le roi d’Angleterre y fait encore un long séjour il y convoque même en assemblée tous les gouverneurs de ses places fortes de Normandie . Cette assemblée se tint vraisemblablement au château, le jour de la Saint-Jean, car son fils Henri, débarquant à Touques à cette époque, arriva à Bonneville au moment même oit elle avait lieu ( Id. t Céleri navigatione transvectus, invenit regem apud Bonam Villam générale eolloquium cum Normannis habentem in festo Sii Joliannis. Il venait supplier son père de rentrer en Angleterre pour travailler à allécer ce pays des maux qui sabattaient sur lui. Jlala quae fiebant in terra. )
Il y demeura quelque temps sur lordre de son père, qui voulait ainsi le punir d’une rébellion envers l’autorité royale.

Les rois d’Angleterre ne négligèrent rien pour faire du château de Bonneville, dont ils avaient apprécié l’heureuse situation, la plus belle comme la plus agréable de leurs résidences en Normandie. Les événements les appelaient-ils dans le duché ?
Ils débarquaient au château de Touques, toujours prêt à les recevoir, et ils se trouvaient immédiatement au centre même du pays, au besoin à l’abri derrière de fortes murailles, et pouvant goûter à loisir les plaisirs de la chasse dans la vaste forêt de Touques.
Se trouvaient-ils, au contraire, en Normandie et les affaires exigeaient-elles leur présence en Angleterre ?- Ils trouvaient la mer à proximité du castel et pouvaient sans retard s’embarquer à la première alerte.
Aussi Bonneville était-il toujours approvisionné de toutes choses, et prêt à toute heure, aussi bien à recevoir ses hôtes royaux quà soutenir le plus long siège [On consacrait annuellement à cette époque de grosses sommes à lentretien du château. Le Grand Rôle de lÉchiquier de Normandie signale nombre de dépenses, entre autres:
Pro quatuor navatis maremiorum in reparandis domibus Regis de Bonavilla. 47 lib. 10 sol. (année 4198). In operationibus turris de Bonavilla plancandis, et muris hordandis et fossatis reparandis, et pontibus et mangonellis faciendis, et in ferro et operatione fabrorum et cementarioruin. 95 lib. 10 sol. per brev. regis. année 1195), etc. (Mag. Rot. Scacc. Norm., memb. (i).] Le château devait toujours contenir la même quantité de vivres blés, vins, fromages, céréales de toutes sortes, encombraient les greniers. De 1176 à 1180, les sommes affectées à lapprovisionnement du château restent les mêmes pour chaque année [ Mag. Rot. Scaccarii Normanniae sub Regibus Angliae MCLXXX, rôle fait à Caen (memb. G. dorso).
Gaufridus Trossebot habet in munitione Castri de Bonavilla. blada, vina et bacones, et caseos, et moretrum, sicut continetur in rotuloanni 1176.
Robertus de Ros habet in municionem Castri de Bonavilla. blada, vina, bacones et moretrum sicut continetur in rotulo anni MCLXXVI (Mag. Rot. Scacc. Norm., 1195, memb. 7, r°).
Lofficier chargé de lapprovisionnement du château se trouve être alors un certain Hugo, surnommé à cause de ses fonctions Granetarius de Bonavilla (1180-1195, Mag. Rot ).
N.-B. Le grand pré de Bonneville, qui appartenait au Roi, suffisait à fournir le foin nécessaire au château de B.Les habitants de Bonneville devaient, en échange de leurs droits dusage dans la forêt, faucher, faner et assembler lherbe du grand pré, et charier le foin au chastel (Vid. Arch. Nat., 1102, f* 237, v°). Ils sont encore assujettis à cette obligation en 1595.]

A cette époque, Henri II vint séjourner quelque temps à Bonneville, il y tint même une cour fort brillante, à ce quon en peut juger par les dépenses relevées dans les Rôles de lEchiquier de Normandie. Nombre dentre elles, en effet, sont relatives à des envois à Bonneville, sur l’ordre du roi, de vêtements de cérémonie, de pièces de vins ou de denrées [ Mag. Rot. Scacc. Norm. sub Regibus Angliœ, 1180, memb. (i, d°).- Pro roba Regis portanda de Killeboto ad Bonam rillam, 3 sol. 2 den. per brev. regis.- Pro duobus tonellis vini Rcgi portandis a Rotomago ad Bonamvillam. 32 sol. per brev. régis.] Il ne revint à Bonneville quen 1189, un an avant sa mort [Nous avons une charte de lui, datée de Bonneville (avant le 6 juillet 1189).- Litterae Henrici II regis Angliae quibus suam Osberto filio Rogeri de Calliaco hereditatem restitnit. Actum apud Bonam- Villam supra Tocliam (Sceau en cire blanche double queue) (J. 212. Rouen. 1. n° 1. Original – anno gratiae MCXCII.- Die natali Donii, alienor Regina, mater Richardi regis AngliiB, fuit in Normannia apud Bonevile super Toke. ] Richard Ier Cœur de Lion lui succéda.
Dès le début de son règne, il attribua à la reine Bérengère, sa femme, à titre de douaire, quelques domaines en Normandie, parmi lesquels se trouvaient ceux de Falaise, Domfront et Bonnevillesur-Touques mais la jouissance en fut réservée, sa vie durant, à la reine -mère, Eléonore de Guyenne, épouse du feu roi Henri II.
Jusquà sa mort, Eléonore eut une préférence marquée pour le séjour de Bonneville. Elle y venait souvent chercher le repos que réclamait son existence agitée aussi sa présence y est-elle plus d’une fois signalée par les chroniques [Ex Rogeri de Hovedon annalium parte posteriori] Ce fut là quelle reçut, entre autres, la visite de la sœur du roi de France [ Mag. Rotuli, H 95. Pro hernesio sororis Regis Francise deportando de Bo navilla usque Cadomum. 5 sol. per brev. Regis.] Sur ces entrefaites (1196), la guerre éclata. Philippe-Auguste, désireux de réunir la Normandie à la couronne avait envahi le duché. Richard accourut aussitôt pour repousser les envahisseurs. Au cours de la lutte, Hugues de Chaumont, favori du François, fut fait prisonnier. Richard le donna en garde à Robert de Ros et C’estuy-ci à Guillaume de lEspinay pour len fermer dans le chasteau de Bonneville-sur-Tou que, doù il se sauva de nuict par dessus les murailles. Pour ce sujet, de lEspinay fut pendu et de Roz contraint de payer à Richard 12,000 livres [Dumoulin, 486.- Et ex Rogeri de Hoveden annaliis. Rec. des llist., XVII, 570. – Eodem anno, facta congressione inter familiares Régis Francise et Regis Angliœ, Hugo de Chaumunt, miles pro bus et dives, et valde familiaris Régi Francise, captus est et Régi Angliœ traditus, que m Rex Angine tradidit Ro berto de Ros custodiendum, et Robertus tradidit illum Willelmo del Espinai servienti suo, eustodiendum in castello de Bonavilla supra Toke, qui cum minus cante o custodiretur per murum de nocte dimissus est permis sione et consensu prœdicti Willelmi del Espinai. Unde rex Angliœ iratus eo quod Hugo de Chaumunt cr sic manus suas evasit, cepit Robertum de Ros et incar ceravit, et cepit de eo mille et ducentas marcas de redemp tione, et Willelmo del Espinai proditor domini sui, suspensus est in patibulo. – Mathaei Parisiensis monach. Sti Albani (Ihronica Maj. de tempore Ricardi, II, 120.- De captione Hugonis de Calvo-Monte.- Eodem quoque anno (1196), facta congressione inter falanges regum Francorum et Anglorum, captus est Hugo de Calvo-Monte, regi Francorum valde carus et familiaris et regi Anglorum est praesentatus. Quem Roberto de Ros custodiendum committens, prsecepit ut quasi vitam cus todiret. Robertus autem ipsum custodiendum Willelmo de Spinato, servienti suo, confidenter commisit. Hugo autem ex permissione Willelmi corrupti muneribus et promissionibus amplioibus, de nocte per murum di missus, in magnum regis damnum prudenter evasit; castellumque de.Bona Villa supra Tuke. ubi custodie batur, Letus et ridens et suos custodes deridens, a tergo salutavit. Unde rex Anglorum versus Robertum de Ros merito nimis iratus, cepit ab illo mille et ducentas marcas, videlicet quantum ipse Hugo captivus pro sua foret libe ratione redditurus, pro sua negligentia et praecepti legii trangressione; et Willelmum de Spinato jussit patibulo prœsentari.] Le roi Richard étant mort [Au siège de Clialus, en Limousin, d’une blessure qu’il y reçut.] (1199), le duc de Normandie, Jean sans Terre, monta sur le trône d’Angleterre,
Or, la Royne Eléonore vesve du feu roi Henri II, demeuroit lors en Normandie, et terioit en doüaire Falaise, Domfront et Bonneville-sur Touque [Dumoulin, 504, D’après And. du Chesne, Hist. d Angleterre] Cet auteur parle de Bonneville comme étant alors en la possession de Bérengaire. vesve du Roi Richard. C’est une erreur, car Éléonore jouissait encore de Bonneville, puisqu’elle ne mourut qu’en mars 1203.] Dans le but de s’attirer les bonnes grâces de sa mère, qui par ses intrigues pouvait lui susciter de sérieux embarras, Jean sans Terre s’empressa de lui venir rendre visite à Bonneville (5 juillet 1199). Frappé de l’heureuse situation du château et désireux d’autre part desloigner un si gênant témoin , il entama avec elle des négociations qui aboutirent l’année suivante. Il fit accord avec elle (1200) et pour ces places luy donna quelques récompenses aupaysdu Maine, entrautres le droit de sénéchaussée, que Guillaume des Roches, sé néclial héréditaire du pays, luy céda moyennant quaprès son temps il retournerait ou à luy ou aux siens[Dumoulin, 504, D’après And. du Chesne, Hist. d Angleterre] A dater de ce moment, Jean sans Terre se trouve sans cesse au château de Bonneville, doù il dirige la guerre contre Philippe-Auguste. De 1200 à 1203, nous pouvons compter jusquà vingt-cinq chartes (lu roi Jean datées de Bonneville sur-Touques [ Elles sont datées apud Bonam Villam, des 4 janvier et 7 mai 1200; 2 juin et 20 octobre 1201 11, 25, 26, 27, 23, 29, 30 mars 1203; 15 à 17 avril; 10, 11, 12 mai, 6 août; 5 et 7 octobre; 12 et 13 no\ °13 fVid. Rotuli Norm. in TurriLondinensi Johanne à MCCIV). ]Il ne partit du château que le 14 novembre 1203, pour rentrer en Angleterre et le jour même de son départ, Philippe-Auguste semparait du castiel de Buene-ville-sor-Touke (14 novembre 1203. v. sty.).
Mais Eléonore de Guyenne étant morte depuis peu (le 31 mars 1203), la reine Bérengère, veuve du roi Richard, ne manqua pas de réclamer à Philippe-Auguste la jouissance de son douaire, auquel elle avait droit depuis la mort de la reinemère, et quelle perdait avant même den avoir pu prendre possession.
Maître de Bonneville par droit de conquête, le roi de France agit en cette circonstance avec une noble courtoisie il offrit à Bérengère, en dédomagement, quelques biens en pays de Maine quelle accepta .
Ce fut sans doute à loccasion de cette cession queut lieu une enquête sur la valeur des revenus de Bonneville, Falaise et Domfront de laquelle il résulta quEléonore de Guyenne tirait de Bonneville cent soixante livres de revenu par an.
Linventaire du château, qui fut fait à la même époque , ne révéla in castello de Bonavilla super Tosquam que qusedam lorica intégras et geniculare, ferrae ), ce qui laisserait supposer que les Anglais furent autorisés, lors de la reddition du château, à se retirer avec armes et bagages. Lorsque, deux ans après (1206), Philippe-Auguste vint séjourner au château de Bonneville , celui-ci navait encore reçu ni garnison française, ni munitions. C’est du moins ce qui résulte du Grand Rôle de Normandie, qui énumère bien parmi les castella et forteritie que Philippus rex Francise tenet Bonavillam super Tosquam mais le château (de Bonavilla super Tosque) ne contient toujours que quedam lorica et geruculares ferree
Linventaire qui fut dressé lors de lenvoi d’une garnison (1210), mentionne la présence à Bonneville d’un Juif, nommé Jacob, à la fois banquier et négociant, lequel, nous ne savons pour quelle cause, dut avoir demeure et tenir le siège de ses opérations dans lenceinte des murailles . Devenu la possession des rois de France, le château de Bonneville passa de fait entre les mains des évêques de Lisieux, barons de Touques, qui fréquemment venaient résider dans les appartements jusquici réservés aux ducs de Normandie. Mais si la royauté se désista de la jouissance effective du château, il nen fut pas de même du domaine y attenant cétaient les gens du roi qui passaient les baux (les terres , (lui conféraient des droits dusage dans la forêt cétait le Parlement de Paris qui tranchait les difficultés nées de leur gestion .
Pendant plus de cent ans (1204-1323), le château de Touques ne fut guère habité que parles évêques de Lisieux. A la longue, en dépit des chartes des rois les rappelant à la réalité, ils finirent par regarder Bonneville comme une dépendance de leur baronnie.
Mais si léloignement de ce domaine ne permettait guère aux rois de France dy venir séjourner, tous leurs efforts nen tendaient pas moins pour cela à conserver intacte, et même à agrandir cette partie de leur patrimoine faisant de nouvelles acquisitions de terres et de bois , veillant surtout à la conservation de la chasse de la forêt de Bonneville.
Malheur à qui se serait permis denfreindre les règlements ro3-aux Il eût été, sans délai, poursuivi avec la dernière rigueur, comme le furent Guillaume de Beau-Montel et Guillaume de Gharmont, évêque de Lisieux.
Ce dernier, en effet, comme les prélats ses prédécesseurs, jouissait des droits, franchises et usages ès-forêt de Bonneville il en abusait même et poussa si loin ses usurpations qu’il en vint à à courre, à cor et à chasse dans la forêt. Il y eut arbres archés, le tout sans congié (permission), en temps de pasnage.
Pour tous ces mésus , amendes furent encourues, niais le roi Philippe de Valois, en égard à la bonne volonté du prélat, lui en fit remise . (le fut en vain que les évoques de Lisieux,non conlenls davoir la jouissance du château de Bonneville, essayèrent encore den obtenir la toutepropriété. Quelque effort qu’ils firenl pour démon Irer son peu dimportance, son inutilité même en temps de guerre, il ne semble pas qu’ils soient parvenus à convaincre les commissaires de SaintLouis, car peu de temps après, la Bonavilla super Tosquam est encore comprise dans la liste des civitates cl castra quas rex habebat in domanio .
Philippe le Bel rendit (1290) une ordonnance en vertu de laquelle il décidait que Bonneville-surTouque serait un des quatre châteaux-forts qui seuls désormais devraient être entretenus aux frais du trésor du roi en Basse-Normandie .
Il y avait plus d’un siècle qu’une tète couronnée ne s’était reposée au château de Touques, lorsque Charles IV » le Bel y vint séjourner au cours de l’année 1320 (juillet-août). Les manuscrits ne disent pas sil s’adonna à la chasse dans la forêt de Bonneville ils sont moins silencieux, en revanche, sur certaines intrigues qu’il y mena avec sa sœur, lors des démêlés qu’il eut avec Edouard III d’Angleterre, son beau-frère.
Déjà, en effet, les souverains anglais cherchaient des prétextes de guerre pour motiver une nouvelle descente en Normandie; déjà commençait à gronder sourdement l’orage qui devait sévir sur cette belle province et sur la France pendant plus de cent ans (1337-UïW).
Il ne devait pas tarder à éclater.
Vingt ans plus tard (13J-G), mettant ses projets à exécution, Edouard III Plantagenet envahissait le duché et sen emparait après la bataille décisive de Crécy.

De 1346 à 1417, en dépit d’attaques continuelles, le château de Bonneville semble être parvenu à se maintenir en plein pays occupé sans subir le joug de l’anglais.
Ravitaillé sans cesse par mer, il n’eut pas de peine à repousser les coups de main tentés par quelques troupes isolées. Jusqu’en 1359, ses défenseurs purent pousser leurs incursions dans les alentours, sans crainte de s’attirer de graves représailles. Les Anglais, en effet, sans s’attarder au siège, s’engageaient, aussitôt débarqués, au cœur même du pays.
Après Poitiers, cependant, lorsqu’il fallut traiter de la paix, les Anglais se souvinrent du tort que leur avait causé le chastel de Bonneville-sur-Touque et ils stipulèrent dans un projet de traité (21 mars 1359), que le roi Jean le leur livrerait aussitôt après sa mise en liberté. On sait que ce projet révisé devint le texte même d’un traité conclu à Londres entre les deux rois de France et d’Angleterre, lequel fut repoussé à l’unanimité par les Etats-Généraux (mai 1359).
L’année suivante, se signait le traité de Brétigny, et Bonneville, oublié dans le nouveau texte, continua à tenir garnison française.
Sur ces entrefaites mourut Jean le Bon (1364) Charles V, son fils et successeur, s’efforça pendant seize années de réparer, dans la mesure du possible, les désastres du règne précédent.
Ayant reconquis la Normandie sur les Anglais, il prit toutes ses précautions pour rendre leur retour impossible élevant, réparant les forteresses, doublant les garnisons, accumulant dans les châteaux vivres et provisions.
Le château de Bonneville ne fut pas oublié ordre fut donné de le réparer et ravitailler. Dès 1366, Charles V, dans une ordonnance sur le fait des aides ordonnez pour la provision et défense du royaume fait transporter au chastel de Touques six muis de blé, trente lars, six tonneaux de sidre, deux tonneaux de vin d’Espaigne, et une poise de sel.
La garnison se trouvait être alors de quarante lances, non compris les servants elle était commandée par le chevalier le Baudrain de la lIeuse, chambellan du roi, lequel recevait pour ses gages 100 livres tournois par an. 11 était en outre chargé par le roi de voir et visiter les villes fermées, et chasteaux, et forteresses, les tenablez et pourfitablez à faire réparer, garnir et avitailler et mètre en bon état de deffense, et les non-tenablez demolir et abatre, étant acer tenez que Edwart avait à très grant force et puissance de gens darmz, entencion de passer la mer et entrer en le royaume .
Charles V vivait dans la crainte continuelle d’un retour des Anglais aussi s’informait-il sans cesse de l’état de ses chasteaux et forteresses , et en particulier du chastel de Touque clef et chiez de Basse-Normandie ; mandant à Bertrand a la Dent, receveur général des aides, de faire bailler et délivrer à Jehan Latour, maistre des garnisons de son armée de la mer, ou au vicomte dudit cliasleau, des deniers de sa recepte, et tout qu’il fallait pour garnir ycel chasteau de tous vivres et abillemens nécessaires .
Sur la fin du règne (1380), une enquête faite par Bertrand à la Dent révéla que les vivres entassés à Bonneville depuis près de quinze années, en prévision d’un siège imminent, se trouvaient en partie corrompus. Ordonnance fut aussitôt rendue par le roi de vendre les vivres emmagasinés au chastel de Touque, et avec cet argent renouveler les provisions.
Quelques années plus tard, à la veille de la bataille d’Azincourt (1415), on dut procéder pour les mêmes causes à une semblable opération. Un fait qui semble être jusqu’ici resté ignoré de tous, et n’avoir été relaté dans aucun recueil, C’est que Charles V perdit, pendant près de trois ans, la possession du château de Bonneville, à la suite d’un échange intervenu entre lui et les comtes d’Alençon et du Perche.
Ces derniers, en effet, possédaient en Bretagne le célèbre château de Jocelin que Charles V désirait fort acquérir. Il leur fit proposer en échange, ceux d’Exmes et de Caniel et 4,000 livrées de terre ou de rente.
Ces propositions furent acceptées, et acte passé au mois de juin 1370.
Peu de temps après, un mandement du roi donnait avis à Adam Chanteprime, son trésorier, à Me Yves Deriau, son secrétaire, et à Symon de Baigneux, vicomte de Rouen, que les chastel, chastellenies et toutes les revenues de Touque résument et de fait, toutes les revenues du vicomté d’auge, et en cas d’insuffisance, celles du vi comté de Falaise étaient données aux dits comtes, en gages de ces 4,000 livrées, et en garantie de la complète réalisation de l’échange. En outre, mandement était fait à Guillaume du Merle, capitaine garde du chastel de Exmes, et à Baudrain de la Heuse, capitaine et garde en le chastel de Touque, de bailler et délivrer, résument et de fait, la possession desdits chasteaux et chastellenies.
Peu de temps après cet échange, Charles V, craignant sans doute que l’entretien du château ne souffrit de cet engagement, rendait une ordonnance aux termes de laquelle, après avoir rappelé les conditions de l’échange, en exécution desquelles il avoit fait bailler et délivrer à son dict cousin la possession du chastel de Toucque. que il debvoit tenir en gaige jusques à tant qu’il ait la possession dud. chastel de Caniel, et que lesd. 4,000 livres tournoys de rente lui soient assis il ottroyait pour considération de bons et agréables services que son dict cousin lui avoit faiz. et pour lui aidier à garder en seureté et tenir en estat de reparacions et coutrement le ditz chastel de Toucque, le tiers des aides ordo nées pour la guerre, qui se lèveront en sadicte comté du Perche .
Mais les Anglais ne revinrent à la charge que sous Charles VI.
Après de longs préparatifs employés à rassembler hommes et vaisseaux, ils firent voile vers la Normandie.
Laissons ici la parole aux chroniqueurs
COMMENT LE ROY D’ANGLETERRE ATOUT GRANT PUISSANCE DE GENS D’ARMES VINT PRENDRE TERRE A TOUÇQUE EN NORTHMANDIE OU ON LUY RENDY A SA YENUE LE CHASTEL PAU TIIAITIE.
Lors le Roy Henry, volant sa besougne preste, monta sur son navire, . acompaigné des ducs de Clarence et de Glocesler, ses frères et plu sieurs princes et très grant nombre de comba tans et habillemens de guerre . si fist le ver les ancres et faire voille et au parlement du havre de JIautonne, menèrent un très grand bruit de trompettes et de clarons avecques me nestrels et divers instruments.
Tant nagèrent les Anglois à vent et à voilles qu’ilz prindrent port à Touques (le 1er août) en Normandie . Et estoit lintencion du Roy de concquerre toute la ducie de Nortlunandie et mettre en son obéissance et eulx venus devant led. lieu où ilz veyrent le chastel estre moult, il lasseyèront de toutes pars, car sans nulle résistance descendirent à terre du tout à leur plaisir en belle ordonnance si se logea le Roy au village, et les autres chascun au mieulz qu’ilz peurent, en tentes, feuillies et pavillons. Le débarquement eut donc lieu sans obstacle le dimanche 1er août à cette nouvelle , quelques vassaux, au nombre de 50 environ, tenant fiefs du roi de France, à cause de son château de Touques , quittèrent leurs manoirs et essayèreiit de se jeter dans la place niais ils en lurent empêchés par les Anglais qui en prirent t quelques-uns et dispersèrent les autres .

Prestement fit le Roy déschier ses engiens et tous habillemens propices à assault furnir et donna au duc de Clarence le commandement de son armée .
Contrairement à ce que nombre d’auteurs ont avancé, le château ne fut pas rendu aussitôt qu’assiégé, puisque la reddition n’eut lieu qu’au bout de neuf jours. Il ne le fut passion plus après une lutte opiniâtre, comme d’autres ont bien voulu le prétendre, puisque le temps ne fut employé qu’en négociations.
Les chroniqueurs contemporains de l’événement s’accordent en général à dire qu’il fut rendu très méchamment, et semblent jeter le blâme sur la conduite du gouverneur; d’autant que le château de Bonneville était tenu pour imprenable, et pour l’un des plus forts du pays de Normandie.
Certains se contentent de raconter sans apprécier
Le cappitaine, appelé Messire de Iennes , voiant les apparaulz dreschiés, le chastel ainsi aigrement avironné, et sachant que secours luy estoit bien longtain apparent, rendy le chastel en lobeissance du roy d’Angleterre, moiennant les corps et biens saulfz, de lui et de ses gens si eut trois jours dinduisse de les widier, et ainsi furent recheus du roy d’Angleterre quy bien leur tint sa promesse. II aurait pu a tenir plus longtemps, dit le Père Daniel (vol. VI, 528), mais croyant avoir assez fait pour sa réputation, Messire d’Angennes se laissa éblouir par largent du roi d’Angleterre , et ce prince, u quelque temps après, je ne sai pour quelle raison, lui fit couper la teste .
Quoi qu’il en soit de ces affirmations, que Jean d’Angennes ait ou non trahi son souverain, voici, D’après les documents, dans quelles conditions fut rendu le château de Bonneville.
Le débarquement effectué sans obstacle le dimanche premier août, le siège commença le soir même, après sommation.
Le lendemain (lundi 2) s’engageaient les négociations entre Johan Cornewaille et Guillen Porter pour le roi d’Angleterre Guillaume le Conte et Johan Boneffant, pour Messire Jehan d’Angennes. Henri demandait la reddition immédiate, le capitaine de Bonneville réclamait trêve de six jours pour aller chercher du secours, avec promesse de rendre la place le 9 août sil n’en avait pu obtenir dans l’intervalle; moiennant toutesfois que lui et ses gens se partiroient avecques tous leurs biens.
Le roi d’Angleterre accéda à cette demande, et le lendemain matin (mardi 3 août) fut rédigé l’appointement suivant
L’APPOINTEMENT DE TOUQUES.
Censui lenpointement du traitee et par lettres en denteez prise et accordez le Marsdy le tierce jour Daugust après que le siège fut mise devant le chas telle de Touque par lordonnance du très haut et très puissant Prince, le très excellent Roi de France et Dengleterre; est assavoir
Pour la partie du très excellent Roy commise de sa grâce on ladite traitee et appointement vaquer et entendre ses homes lieges Monsieur Johan Cor newaille et Monsieur Guillen Porter, chivaler. Et pour la partie de ladversaire de suisdit très excellent Roy Guillaume Le Conte, lieutenant, de par Messieurs Johan Dangere, capitaine du dit chastelle et Johan Roneffant, esquiers, la dite appointement accordé en C’est forme.
Que sency nest que le dit chastelle soit récussez ou sucurréz dudeins lundy le noefisme jour du sus dit mois proschein venant, devant heure de midy, par puissance du capitain acompainez de gentz darmes, que a ycelle heure le lieutenant rendra ledit chastelle de Touque en les mains du très excellent Roy de France et Dengleterre, ou à autre de sa noblesse à ce commys pour le resceivoir. Et sur C’est traitee et ap pointement; a le Roy, de sa benygnp grârp, ottroyé a à tous ceulx soiantz dedeins le dit chastelle, leur vies ovesques toutz lieur biens, hernois, monturez, ar murez, et autres choses quelconques, hormys vi taill; z et artillerie appartenantz au dit chastelle. Et pour yC’este traitee et apointement entretenir bien et loialement, sanz fraude et male engyn, ount les sus ditz deux esquiers faitz serment solempnelle et sur peine de reprouche, et ovesques ce baillez (t délivrez hors du dit chastelle, sept hostages bones, notables et suffisantz, à la voluntee du Roy, et après la délivrance dudit chastelle devestre renduz franche ment et quictement come les autrez qui sont demeurez dedeins, pourveu que si le dit chastelle soit par force comme dit est socurrez, adonques les hostages pa railment devestre renduz.
Et pur y C’estte desuis contenuz plus véritablement approver et entrenir, ount les parties susditz, mises à C’estes présentz leur sealx, lesquelles feurent qscriptz et sealz le suis dit tercie jour du C’est présent moys, en lan nostre Seigneur mille cccc0 xvij . Lappointement signé et scellé de part et d’autre, les serments et otages échangés, le roi d’Angleterre fit délivrer aussitôt à Guillaume le Conte, lieutenant de Jean dAngennes, et Jean Boneffant, un sauf-conduit aux termes duquel il leur fut permis, conformément aux conventions précédemment stipulées, daller en tous lieux quérir secours et demander aide .
Comment furent employés les six jours de répit laissés aux défenseurs du château de Bonneville pour quérir aide et secours, nul ne le sait ; quoi qu’il en soit, le dimanche huit août, Guilhem Le Conte et Jean Bonenffant revenaient à Touques sans avoir pu diriger vers les assiégés le moindre corps de troupes.
Il fallut donc s’exécuter la place fut rendue comme il avait été convenu, le lundi 9 août, à midi, et les cent chevaliers défenseurs du château, autorisés par sauf-conduit à se retirer, eux et leurs hommes d’armes, dans les neuf jours, là où bon leur semblerait, avec armes et bagages. Maître du château de Bonneville, Henri V le donna au duc de Clarence, sa vie durant, et y mit une garnison anglaise commandée par le capitaine sir John Kykelly .
Celui-ci conserva la garde du château jusqu’en 1422. A cette époque, ayant été rappelé en Angleterre, le duc de Bedford le remplaça par Andrieu Ogard . Sept ans plus tard (1429), lorsque les Français vinrent assiéger le château de Bonneville, le bâtard Jean de Crécy, qui en était alors capitaine, se laissa gagner, ainsi que son lieutenant, Etienne Pites, aux promesses des Français, auxquels ils livrèrent la place contre récompense.

Lorsque peu de temps après (avril 1430), les Anglais, à leur tour, parvinrent à s’emparer de Bonneville, ils trouvèrent réfugiés dans le château Jean de Crécy et Etienne Pites, qui furent aussitôt exécutés.
Vingt lances et soixante archers, qui dans la suite furent réduits à deux lances et six archers, furent laissés à la garde du château. Le commandement en fut confié à Johannes Feribie, auquel succéda, en 1437, un vaillant soldat, Andrieu Ogard, qui déjà avait occupé ce poste douze ans auparavant. Il le conserva neuf ans encore et fut remplacé (1446) par Jean Neufau, qui demeura capitaine du château de Bonneville jusqu’en 1448.
Edward Bromfyld lui succéda (o).
A cette époque, le comte de D’unois, qui guerroyait en pays d’auge, ayant donné ordre au sire de Blainville daller assiéger Touques, le bruit s’en répandit rapidement et parvint jusqu’aux oreilles de Bromfyld, avant même que les troupes françaises se fussent mises en mouvement. L’inquiétude était grande dans les rangs des Anglais. Heure en heure, ils s’attendaient à être attaqués et débusqués. Un matin, sous les lueurs encore indécises de l’aube, les sentinelles en vigie sur une des tours jettent un cri da larme. Voilà l’ennemi, nous sommes perdus! Précipitamment les chefs se réunissent en délibération on tremble, on perd la tête, on décide que toute résistance est impossible. Bref, le château est évacué en toute hâte, et les Anglais fuient sur leurs chevaux à bride abattue du côté opposé où l’ennemi a été signalé. Le piquant de la chose est que leur panique n’avait aucune raison d’être. Les sentinelles avaient pris pour des avant-postes de l’armée française un trou peau de bœufs fort inoffensifs qu’un paysan me nait au marché (l).
Le château de Bonneville n’en tomba pas moins au pouvoir de nos troupes, car Blainville étant survenu avec un détachement, s’empara de la place dont il fut créé gouverneur. Le sieur de Brézé, grand sénéchal de Normandie, lui succéda en 1451. A partir de cette époque, Bonneville ne cessa plus d’appartenir à la France.
Pendant quatre-vingts ans, il fit partie comme autrefois du domaine royal, mais il en fut distrait en 1529. Voici dans quelles circonstances François Ie ayant été fait prisonnier à Pavie (1525), il fut stipulé, lorsqu’il fut traité de la rançon du roi, que les terres de Lens et de Condé devraient être remises à Charles-Quint. Or celles-ci appartenaient à la princesse de Bourbon, dame de la Roche-sur-Yon. Echange fut alors passé (11 avril 1529), aux termes duquel François cédait à cette princesse, contre lesdites terres, les comtés de Mortain et d’auge, avec faculté de réméré pendant six ans.
Cette faculté n’ayant pas été invoquée pendant le laps de temps convenu, la vicomté d’auge et avec elles le château de Bonneville, passèrent aux mains de la maison de Bourbon-Orléans, la souveraineté et hommage-lige demeurant au roi. Au cours d’un différend qu’il eut avec l’Angleterre, en 1545, François Ier songea un instant à effectuer un débarquement en Angleterre. Séant rendu en Normandie pour en activer les préparatifs, il poussa jusqu’au château de Touques, où il demeura six jours (28 juin au 4 juillet 1545).
Il ne les passa pas comme certains l’ont bien voulu prétendre, à courir le gros gibier dans la forêt de Touques, mais bien à hâter de tout son pouvoir les rassemblements de navires et d’hommes. A partir de cette date, Bonneville n’abrita plus jamais de tête couronnée.
Sur ces entrefaites, un gros litige s’éleva au sujet de l’office de capitaine de Touques. Celui-ci étant devenu vacant par suite du décès du titulaire, l’autorité royale n’en fut pas plus tôt informée quelle pourvut à la vacance en nommant audit office le sieur de Bléville.
Louis de Bourbon, duc de Montpensier, héritier de la princesse de Bourbon, protesta il fit valoir qu’ayant déjà la nomination du vicomté d’auge, aux termes de l’acte d’échange de 1529, il avait à plus forte raison celle de-là capitainerie du château de Bonneville que d’autre part il ne pouvait admettre qu’un agent royal fût maître dans une place qui lui avait été concédée en toute propriété et pour appuyer sa réclamation, il nomma au même office Jean Servin d’Artigny (28 mars 1551).
On discuta un mois durant.
Le 8 avril 1551, des lettres-patentes du roi Henri donnaient et octroyaient l’office de capitaine du château de Touques à la nomination faite par le duc de Montpensier), à Jean Servin sieur d’Artigny.
C’était tourner la difficulté sans la résoudre, car l’acte ne disait mot des droits du duc de Montpensier.
Celui-ci saisit alors le Conseil du Roi.
Entre temps, le garde des sceaux donnait ordre au bailli de Rouen de recevoir le serment de fidélité du nouveau capitaine. Ce serment ne fut prêté à Pont-l’Evêque que le 30 juin 1552, deux jours après la mise en possession (i). Le 2 août suivant, un arrêt du Conseil déclarait que la nomination à l’office de capitaine du château de Touques en Normandie appartenait au duc de Montpensier .
Lui et ses successeurs vicomtes d’auge ne cessèrent plus désormais de procéder à la nomination des châtelains de Bonneville.
Une fois hors des mains du roi, le château de Guillaume fut délaissé. Comme bien on pense, les revenus de Bonneville ne furent pas affectés à son entretien. Aussi, lorsque dix ans plus tard des complications politiques firent craindre un nouveau débarquement des Anglais (1563), le capitaine de Bonneville, Nicolas des Buats, seigneur du Noyer, ne crut pas devoir s’adresser à d’autres qu’à la reine Catherine de Médicis, pour lui faire part de l’état de délabrement du château. Celle-ci écrivit alors à M. de Gonnor, conseiller du roi Monsieur de Gonnor, je vous envoye une lettre que le cappitaine de Toucques en Normandie mescript, afin que vous voyez la nécessité en laquelle luy et ses gentz sont, et le danger qu’il y a que cette place là, assise en lieu pour cette heure très important, soit pour tomber ès mains des Angloys, vous pryant donner tout lordre que vous pourrez pour leur faire bailler quelque argent en actendant myeulx affin quelle ne de meure point destituée de force.
Je vous oy dire qu’il y avoit moyen den recouvrer de quelques fabriques déglises de delà, si cella y pooit servir, il seroit très à propos, mais quoy qu’il y ait, pourvoyez à cet inconvénient.
Pryant Dieu, Mr de Gonnor, vous donner ce que plus désirez .
De Chartres ce nu jour de janvier 1562(v.sty.) CATERINE DE laubespine.
Bonneville n’eut heureusement pas à subir le siège que l’on redoutait, car il ne semble pas qu’on se soit empressé de faire droit aux réclamations du capitaine de Touques.
Vers 1580 seulement on entreprit quelques travaux urgents qui furent continués les années suivantes; en sorte que le château, sil eût été attaqué, eût pu, à cette époque, fournir une assez longue résistance.
Il le fut, au reste, quelques années après.
Tandis, en effet, que Lisieux, Pont-l’Evêque, Bayeux et tant d’autres grosses villes se séparaient de la Ligue, et ouvraient leurs portes aux troupes royales, Bonneville, sommé de se rendre, résista, et fit une composition avantageuse 6 pour ce que le Roi, pressé de se trouver ailleurs, ne sy vou lust point amuser .
Ce fut le commandeur de Grillon qui la réduisit au pouvoir royal. Ce succès lui valut 10000 écus de récompense. Il ne quitta Bonneville qu’après lavoir mise hors d’état de nuire.
En 1592, le château fut réparé tant bien que mal on construisit même un moulin dans la grosse tour qui regarde le village de Bonneville , mais on apporta tant de parcimonie dans l’œuvre de réfection, que moins de vingt ans après, une bonne partie du château se trouvait délabrée non pas, il est vrai, au point de crouler, mais assez cependant pour obliger les garnisons de passage à évacuer certains points devenus inhabitables. Sur les remontrances réitérées du sieur Daccres ou Darère, capitaine de Bonneville (1610) une ordonnance fut rendue, portant qu’il fût délivré tout le bois nécessaire aux réparations du château de Touques.
Grâce aux mesures qui furent prises alors, l’antique forteresse put encore être conservée près de cent ans mais il eût fallu un entretien incessant pour la sauver d’une ruine complète. Les vicomtes d’auge se gardèrent bien de consacrer à une œuvre de conservation les revenus qu’ils tiraient du pays même. En revanche, ils ne cessèrent de nommer, jusqu’à la veille de la Révolution, les capitaines gouverneurs de Touques.
Les derniers bénéficiaires de ce titre, qui comportait tout à la fois honneurs et revenus, sans obliger à de bien notables devoirs furent MM.de Manerbe (1750) et de Saint-Léger (1789

Ce dernier, lassé d’exercer sur les lieux mêmes son honorable sinécure, avait, dès 1784, déserté à l’intérieur et s’était retiré en sa terre du Plein Chêne, près Saint-Gatien.
Au reste, le château en ruine était, en 1780, abandonné depuis si longtemps, que les vieillards, à cette époque, ne se souvenaient pas lavoir jamais vu occupé par une garnison.
Les habitants de Touques et de Bonneville demeurèrent pourtant soumis à l’obligation de la garde du château jusqu’en 1793.
Il semble que lors des troubles de la Révolution quelques fanatiques aient pris à tâche de détruire le peu de vestiges qui restaient du vieux castel, ne laissant subsister, en témoignage de l’ancienne importance de Bonneville, que les ruines imposantes que l’on y peut voir encore de nos jours

TONNENCOURT


B – TONNENCOURT.
.
Adigard des Gautries Jean, Lechanteur Fernand. Les noms des communes de Normandie – XIV.
Tonnencourt :
TORNECORT 1184 : Mag. Rot. Scacc. Norm., éd. Stapleton, p. 119.
Le premier élément est, selon toute apparence, un n.h. d’origine sans doute francique et probablement altéré.

1 – Bibliographie.
2 – Références historiques
3 – Autres pièces Fonds SHL.

1 – BIBLIOGRAPHIE :

Tonnencourt, canton de Livarot, réunie pour le culte à Cheffreville.
Tornecort, 1184 (magni rotuli, dans le pouillé de Lisieux, p. 57, note 3).
Thonnencourt, 1579 et 1683 (ibid. p. 57, note).
Tanancourt, 1723 (d’Anville, dioc. de Lisieux).
Thonnancourt.
Tonancourt, Thonencourt. Tonnencourt

Par. de Saint-Pierre,
patr. le
seigneur du lieu.
Dioc.de Lisieux,
doy. de Livarot.
Génér. d’Alençon,
élect. de Lisieux,
sergent. d’Orbec.

– Fiefs de Tonnencourt de Lyée et de la Rite.
– Fief de Mouteille, 8° de fief assis en la paroisse de Mouteille, possédé par la demoiselle fille et héritiers du feu sieur de Tonnencourt.
– Tonnencort. -Guy de Tonmencort y tient un quart de fief et Robert Buttey y tient un quart.

Lieux-dits de TONNENCOURT:
Batonnière (La), Bocage (Le), CAMPAGNE(LA), Chaumondière (LA), Manoir (LE), Monts (LES), Presbytère (Le),

1 – Bibliographie.
Voir :
Ferrière
Formeville II p.160
Auguste GUILMETH, Bourg de Livarot, s.l., s.d., in-8°, 72 p. (8 cahiers de 8 p. et 2 cah. de 4 p.)
= M.C. E.D. Br. 1170 – pp. 60-72 : Canton de Livarot : Saint-Michel-de-Livet, Saint-Martin-du-Mesnil-Oury, Le Mesnil-Durand-sur-Vie, Le Mesnil-Germain, Auquainville, Fervaques Cheffreville, Sainte-Marguerite-des-Loges, Tonnen-court, Les Moutiers-Hubert-en-Auge, Lisores-sur-Vie, Saint-Germain-de-Mont-gommery, Sainte-Foi-de-Montgommery, Saint-Ouen-le-Houx, La Brèvière, La Chapelle-Hautegrue, Les Autels-Saint-Basile, Tortisambert, Heurtevent, Le Mesnil-
PELLERIN Henri, « La décoration intérieure du manoir de Tonnancourt », PAR, février 1971
BONNET de la TOUR général, « Curiosités sur Cheffreville-Tonnencourt », PAR, 22, Février 1972

2 – Références historiques

Election de Lisieux, sergenterie d’Orbec 65 feux
Sous l’invocation de St Pierre
Patronage :14eme

16e et 18e dominus loci

Curés : Michel Charles Bardel  1739, Pollin 1764-1774, Joriaux 1782-1787.
En 1213 le patronage fut donné à l’Evêque par Guillaume de Tornecort
Dans les MRN on trouve en 1184 Hugo de Tornecort.

Description de l’église du 7 septembre 1853

Description du Manoir
L’intérieur n’est remarquable que par quelques débris émaillés et par un fragment de peinture murale représentant une bataille et qui d’après les quelques inscriptions et légendes qui indiquent les divers positions, paraît être la Bataille de Marignan.

Histoire de Bordier et Charton p. 21 tome II : on trouve des planches figurant des bas-reliefs du tombeau de François Ie à Saint Denis et représentant le Bataille de Marignan, qu’il serait peut-être bon de comparer avec les peintures du Manoir de Tonnencourt. Il existe sans contredît de notables différences, le bas-relief étant une longue bande tandis que la superficie de la muraille du manoir était un vaste parallélogramme presque aussi haut que large, où il fallait nécessairement de la perspective.

Description de la cloche
L’an 1713 Messire Jules le Liée, prêtre curé de Notre Dame de Courson et Noble Dame Geneviève de Droulin, épouse de Messire Gabriel de Liée, écuyer, seigneur de Belleau, m’ont nommée et bénite par Messire Thomas de la Mare, prêtre de Cheffreville.
Jean Aubert m’a faite.

Monstres du Bailliage d’Evreux de 1469

Jehan Dumaine, seigneur du Mesnil-Germain présenta à faire le service pour en lieu de lui Jehan le Grant, armé de trois-quarts de cuirasse, salade et demye lance un page avec lui montés à deux chevaux
Richard de Saane écuyer, seigneur tenant d’une portion de fief de Tenencourt

Ne comprennent pas
Les Hoirs Guillaume de Grantval pour un fief assis à Mesnil-Germain.
Jacques Anfray, seigneur du Mesnil-Germain :…de gueules à l’écu d’azur bordé d’or, chargé de trois croissants d’or et accompagne d’une orle de huit roses d’or posées quatre à dextre et quatre à senestre ;  (d’Hozier)
Dumesnil Germain, écuyer, :.. d’azur au lion d’or (d’Hozier 184)
Alexandre des Hayes de Béville curé de Tonnencourt :… d’azur à la fleur d’or, feuillée de quatre feuilles et sommée d’un soleil aussi d’or  (d’hozier 131)

Recherche de Montfaut
Robert de Liée, à Tonnancourt
Recherche des Elus de Lisieux
Eustache de Lyée, (voir n°15)
Maistre Henri de Lyée a fourni sur l’art. de la paroisse de Notre-Dame-de-Courson avec Jean de Lyée (voir n°15)
Geoffroy le Sens.

Recherche de 1666
Jacques de Liée, seigneur de Tonnencourt
Robert de Liée, seigneur du lieu.
Mademoiselle de Liée de Tonnancourt, née en 1673, instruite à St Cyr, mariée après sa sortie.
Mademoiselle de Tonnancourt, née en 1737, instruite à St Cyr, mariée.
Mademoiselle de Tonnancourt, qui fut rendue à sa famille, fut une des demoiselles de St Cyr, qui fut remarquée par Mme de Maintenon et lui servait de secrétaire et de confidente à St Cyr comme à Versailles (voir Th. Lavallée – Histoire de St Cyr 2e édition p.216)

Extrait de l’ancien fichier TONNENCO.SPR

STATISTIQUE MONUMENTALE DU CALVADOS PAR ARCISSE DE CAUMONT

Tonencourt, Tonnencourt, Tornecort.
L’église de Tonancourt ne date que- du XVIe siècle, et sa construction n’offre aucune particularité à signaler. Les murs sont régulièrement munis de contreforts. On y a fait des reprises assez notables à la fin du XVIIIe siècle. Le choeur est tout entier de cette dernière époque. Un clocher en charpente assez élancé, placé sur la partie occidentale de la nef, renferme une cloche du célèbre fondeur Jean Aubert, de Lisieux. Elle porte l’inscription suivante :

1713 Msr IVLES LE LIRE PBre CVRE DE NOSTRE DAME DE COVRSON ET
NOBLE DAME GENEVIEVE DE DROVLIN EPOVSE DE Msr GABRIEL DE LIEE ESCer
SEIG. DE BELLEAV MONT NOMMEE ET BENITE PAR Mre THOMAS DE LA MARE
PBre CVRE DE CHEFFREVILLE.
IEAN AVRERT MA FAITE.

Rien à signaler dans le mobilier du choeur. La nef n’est pas voûtée. Un simple plancher porte sur les entraits, ornés de rageurs.
Les Rétables des deux petits autels datent du XVIe siècle.
Leur lambris formé de panneaux à compartiments flamboyants, surmonté d’un dais en quart de cercle garni d’une galerie, avec pinacles feuillages, peut être signalé.
Le crucifix de l’arc triomphal est protégé par un dais semblable.
Une statue de la Vierge peut remonter au XVIe siècle.
Dans le cimetière est un if, rameux dès le sol, qui mesure 10 pieds et demi de circonférence.

Manoir.
— Tout près de l’église, à l’ouest, se trouvait le manoir, construction du XVIe siècle, dont le pignon en pierre de taille était flanqué de deux contreforts. Une porte cintrée à moulures prismatiques donnait accès aux caves.
L’autre pignon était en briques et pierre, bien que de la même époque. Les deux façades étaient en bois, sans sculptures, si ce n’est un grand écusson chargé d’un bar contourné.
Quelques clous à plaques découpées à jour restaient aux vantaux des portes.
Ce manoir était bâti sur une motte féodale. Cet ancien manoir de Tonancourt vient d’être démoli.
Si l’extérieur n’offrait rien de remarquable, il n’en était pas de même de l’intérieur où l’on voyait encore des peintures murales du plus haut intérêt, notamment une représentation contemporaine de la bataille de Marignan où Guillaume de Lyée, seigneur de Lyée, de Tonancourt, d’Heurtevent et du Coudray, avait figuré avec honneur. Des inscriptions gothiques, portées par des phylactères, servaient d’explication au tableau. On ne saurait trop déplorer la destruction d’un si rare monument du commencement du XVIe siècle.

La paroisse de Tonancourt est réunie à Cheffreville pour le culte. On y comptait 65 feux, soit un peu plus de 300 habitants. La population actuelle est de 101 habitants.
Cette commune, dit M. de Neuville, une des moins considérables du canton, faisait autrefois partie de l’élection de Lisieux et de la vicomté d’Orbec. Le patronage de la paroisse était laïque et appartenait au seigneur.

Le nom primitif de ce lieu paraît avoir été Tornencourt. Hugues de Tornencourt vivait en 1184. En 1213, Guillaume de Tornencourt fit donation à l’évêché de Lisieux du patronage de l’église de Notre-Dame de Courson, qu’il tenait de Hubert de Courson. Mais cette famille ne tarde pas à disparaître et nous retrouvons la seigneurie de Tonancourt divisée, sans doute par suite d’un partage, entre les familles de Lyée et de Sâane. Richard de Sâane était seigneur en partie de Tonancourt en 1469, et Geoffroy de Sâane y fit preuve de noblesse devant les élus de Lisieux, en 1523. Mais cette ancienne famille ayant, à ce qu’il semble, aliéné sa part de fief en faveur des de Lyée, se trouva réduite à un état de fortune précaire, perdit la possession de la noblesse et vit son nom même altéré par l’usage en celui de Sennes.
Geoffroy de Sennes était assis au rôle de la taille en 1540, et Nicolas de Sennes, un de ses descendants, fut déclaré roturier par M. de Marie, en 1666, en la paroisse de Cheffreville.
La famille de Lyée, originaire du Vexin, vint se fixer, au XIVe siècle, dans la paroisse de Tonancourt où elle posséda, outre le nef de ce nom, le fief de Lyée et le fief de la Rue, plus tard confondus dans la seigneurie principale.
Robert de Lyée, seigneur de Lyée et de Tonancourt, vivait en 1345 et fut le point de départ de la filiation prouvée par ses descendants dans les diverses Recherches de la noblesse.
La branche aînée de cette famille a possédé sans interruption la seigneurie de Tonancourt jusqu’à la fin du siècle dernier, qu’elle s’est éteinte dans la personne de Henri-César-Auguste de Lyée de Tonancourt et de sa soeur Louise Aimée de Lyée de Tonancourt, mariée au marquis deCaruel Mérey (Notes de M. le vicomte Louis de Neuville).

NOTES sur  TONNENCOURT

HISTORIQUE :

Le Manoir de Tonnencourt rappelle le souvenir d’une ancienne famille de ce nom qui dut disparaître dans les premières années du XVe siècle et dont l’une des dernières représentantes, Robine de Tonnecourt avait épousé Robert Cordonnel. Leur fils Jean, épousa en 1412 Blanche de Grengues, veuve de Hautemer [1]
Ce fut l’occasion de nombreuses donations mais aucune semble-t-il, ne concernait le patrimoine des de Tonnencourt.

Très tôt, cette terre passe dans la famille des de Lyée dont le premier représentant paraît sous la personne de Robert, écuyer, et de sa femme, cités en 1345 [2]. Nous trouvons ensuite mention, en 1444, dans les Comptes de Jean Le Muet, des enfants sousâgés d’un « Robert de Lyée, qualifié sieur de Tonnancourt qui avait épousé, en 1426, Perrette de Belleau, soeur et héritière de son frère, Jean de Belleau et à ce titre, dame de la Fosse (à Cheffreville), et de Belleau (à Notre-Dame-de-Courson) [3]. En 1463, un autre Robert est trouvé par Montfaut à Tonnancourt [4]
Ayant épousé Catherine de Querville, c’est sans doute le même qui quelques années plus tard, marie sa fille Anne à Guillaume de Guerpel [5]
En 1540, la famille est représentée par Henri de Lyée, celui sans doute qui nous le verrons participa avec quelques uns des seigneurs des environs à la bataille de Marignon dont il fit faire le « pourtraict » pour sa salle.
Nous trouvons trace en 1625 d’un François de Lyée qui est alors qualifié de Seigneur de Tonnencourt-Le Couldray [6] la belle terre de Tortisambert et c’est peut-être à lui qui nous devons la grande campagne de travaux qui vit la mise en place des cheminées des pignons.
Selon le marquis de Frondeville, cette propriété resta dans la famille des de Lyée jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, mais ils ne l’habitaient sans doute plus d’une manière continue depuis longtemps, vraisemblablement depuis qu’ils avaient réaménagé le château de Belleau-Belleau dont ils étaient également seigneurs.

DESCRIPTION
Le Manoir de Tonnencourt s’élève à flanc d’un coteau en forte déclivité et celle ci a été mise à profit pour créer une succession de niveaux. En plan, il se présente sous la forme d’un long rectangle cantonné à son extrémité sud par un massif de maçonnerie sur lequel s’appuie un logis de trois travées charpentées. Au delà s’élève un autre massif maçonné suivi de trois autres travées de pan de bois. Enfin, vers le nord, cet ensemble se prolonge de deux adjonctions, l’une en brique et pierre et la dernière de brique.

Le massif de pierre sud, amputé semble-t-il de sa partie supérieure, est construit en moyen appareil de calcaire cénomanien et porte toutes les caractéristiques des constructions de la fin du XVe siècle ou des premières années du XVIe siècle. Le pignon sud est épaulé de deux contreforts entre lesquels s’ouvre une porte en plein cintre encadrée d’un tore donnant accès au sous-sol qui règne sous l’ensemble du logis de bois. Au rez de chaussée, cette « tour » ne comprend qu’une seule travée et ouvre par une baie en ogive sur la cave qui s’étend sous l’ensemble du logis de bois.

La puissance de ce « narthex », son élévation ancienne font penser à une construction à caractère défensif, bien qu’il n’existe aucune trace visible de meurtrière ou d’archère.
A la suite nous trouvons donc cinq travées de charpente coupées entre la troisième et la quatrième par un autre massif de pierre de la largeur d’une travée de charpente et correspondant à l’escalier et à la cheminée centrale.
En élévation, on compte quatre niveaux: un sous-sol, un rez-de-chaussée un étage et un comble.
Le sol-sol s’étend au-dessous d’un long corps de logis en bois et vers le Sud sous un massif de pierre, l’ensemble formant une tour étroite.
Le rez-de-chaussée est remarquable par ses travées de charpenterie de type lexovien dont les témoins, rares, permettent cependant de restituer l’ordonnance de la façade ouverte pratiquement dans sa totalité et dont les potelets épaulés de guettes donnent le rythme.
Le massif de pierre central a été fortement remanié extérieurement et doté d’un cordon plat, habituel aux constructions de la fin du XVIe siècle et  marquant l’étage.
Vers le Nord on  peut remarquer une travée de maçonnerie de brique harpée de pierre.
L’intérieur, dont les niveaux ont été notablement exhaussés comporte un ensemble de cheminées  et de décoration peinte remarquables.

1424, 28 mai
Mariage entre Jean Cordonnel, fils de Jean et de Robine de Tonnencourt, et Blanche de Grengues, veuve Haultemer, et donation en faveur de ce mariage. Robert de Voessay, Donnebaut (Annebault), Bonetos (Bonnebosq), Briteuille, Maussigny, Vipars.
= Catalogue des Archives du Collège héraldique de France – Normandie – N°117. FIN NOTEB. C

Recherche des nobles de l’élection de Lisieux 1540
TONANCOURT.
58. Eustache de Lyée a été plusieurs fois appelé et mis en défaut vers le procureur du Roi, qui a requis le dit de Lyée estre assis. V. n°. 15.
Maistre Henri de Lyée a fourni sur l’article de la parroisse de Nôtre Dame de Courson, avec Jean de Lyée, n° 15.
59. Geofroi le Sens, bien que les parroissiens ne l’eussent dénommé à la fin de leur rôle comme noble, et qu’il y fût assis à la somme de 15 liv., s’est présenté et a dit être procréé et descendu de noblesse ancienne, suivant une généalogie qu’il bailloit, commençante à Pierre le Sens, son bisayeul : mais pourceque par icelle son titre de noblesse n’est suffisamment justifié , le procureur du Roi a requis qu’il soit maintenu en son assise.

1213 – Notre Dame de Courson
En juillet, Guillaume de Tonnencourt donne à Jourdain du Homet le patronage de Notre-Dame-de-Courson.
« Qu’il soit connu de tous ceux à qui le présent écrit parviendra, que moi Guillaume de Tonnancourt, patron de l’église de Sainte-Marie-de-Courson que je possédais par droit héréditaire, je l’ai donnée et aumônée à Jourdain, seigneur évêque de Lisieux, de telle sorte qu’il puisse exercer lui-même ce patronat ou le confier à quelque collège que ce soit, en pûr et perpétuel aumônât. Moi donc et mes héritiers nous serons toujours tenus de garantir ce dit patronat, soit à l’évêque, soit à ceux à qui il l’aura confié ou de l’échanger si nous ne pouvons le garantir. Et afin que ceci soit observé, ratifié et assuré aux temps à venir, j’ai confirmé cette mienne donation, par ma signature et mon sceau. Fait à Lisieux, l’an de grâce MCCXIII, au mois de juillet.
= J-P RIVIERE, Notre-Dame-de-Courson, 1986, p.21-22

1320 Fiefs de la Vicomté d’Orbec en 1320 :
N° 18 Tonnencourt – Guy de Tonnencourt y tient un quart de fief et Robert Buttey y tient un quart de fief.
= Fiefs de la Vicomté d’Orbec en l’année 1320 in H. de Formeville, t. II, p. 388 (Extrait du Ms. suppl. f° 4, 2797, Comté de Beaumont, à la B.N.)

1424, 28 mai
Mariage entre Jean Cordonnel, fils de Jean et de Robine de Tonnencourt, et Blanche de Grengues, veuve Haultemer, et donation en faveur de ce mariage. Robert de Voessay, Donnebaut (Annebault), Bonetos (Bonnebosq), Briteuille, Maussigny, Vipars.
= Catalogue des Archives du Collège héraldique de France – Normandie – N°117

1438, 26 avril – Notre-Dame-de-Courson
« Deux autres contracts de fieffe faicte de plusieurs pièces de terre aux personnes y dénommées par Jean Cardonnel et damoiselle GIlberte de Tonnencourt, sa femme, seigneurs dudit lieu de Tonnencourt à cause d’icelle damoiselle, les vingt sixième Avril mil quatre cente trente huict, seizeiesme Mars mil quatre centz cinquante.
= RIVIERE Jean-Pierre, Notre-Dame-de-Courson, p. 32

1445, 2 février – Notre-Dame-de-Courson
« Deux adveux présentez au Sr Baron d’Auquainville et de Fervaches, par led. (Jean) Cardonnel, d’un demy-fief de haubert nommé le fief de Thonnencourt à luy appartenant à cause de damoiselle Roberte de Thonnencourt, fille de feu Jean de Thonnencourt, vivant seigneur dudit lieu, les deuxiesme Février mil quatre centz quarante cinq et dix septiesme Juillet mil quatre centz cinquante et ung.
= RIVIERE Jean-Pierre, Notre-Dame-de-Courson, p. 32

1450, 16 mars – Notre-Dame-de-Courson
« Deux autres contracts de fieffe faicte de plusieurs pièces de terre aux personnes y dénommées par Jean Cardonnel et damoiselle GIlberte de Tonnencourt, sa femme, seigneurs dudit lieu de Tonnencourt à cause d’icelle damoiselle, les vingt sixième Avril mil quatre cente trente huict, seizeiesme Mars mil quatre centz cinquante.
= RIVIERE Jean-Pierre, Notre-Dame-de-Courson, p. 32

1451, 17 juillet – Notre-Dame-de-Courson
« Deux adveux présentez au Sr Baron d’Auquainville et de Fervaches, par led. (Jean) Cardonnel, d’un demy-fief de haubert nommé le fief de Thonnencourt à luy appartenant à cause de damoiselle Roberte de Thonnencourt, fille de feu Jean de Thonnencourt, vivant seigneur dudit lieu, les deuxiesme Février mil quatre centz quarante cinq et dix septiesme Juillet mil quatre centz cinquante et ung.
= RIVIERE Jean-Pierre, Notre-Dame-de-Courson, p. 32

1463 Recherche de Montfaut
Robert de Liée (Lyée), Tonnancourt (Tonnencourt)

1471 – Tonnencourt
 » En 1471, Anne de Lyée, fille de Robert de Lyée, seigneur de Belleau, de la Fosse-du-Bois et de Tonnancourt, et de Catherine de Querville, épousa Guillaume de Guerpel, sieur des  Loges, Montchauvel et Avernes, lieutenant à Exmes ».
= DUBOURG.- Les Guerpel. Cité par Henri PELLERIN, PA, 12, N° 5, Mai 1962, pp. 10-11

1489, 27 mai – Tonnencourt
« Mandement du bailly d’Evreux ou de son lieutenant au siège d’Orbec obtenu par Robert de Lyée, Sr. de Belleau et de Thonnencourt, le vingt septiesme May mil quatre cents quatre vingt neuf.
= RIVIERE Jean-Pierre, Notre-Dame-de-Courson, p. 32

1538, 7 novembre – Notre-Dame-de-Courson
« Coppie d’acte exercé par devant le sénéchal de la baronnie de Ferrières le septiesme Novembre mil cinq cents trente huict, par lequel Eustache de Lyée se seroit présenté pour faire les foy et hommage et paier le relief deu à la dame baronne de Ferrières, à cause d’un demy fief noble de haubert nommé Tonnencourt, situé en la paroisse de Tonnencourt.
= RIVIERE Jean-Pierre, Notre-Dame-de-Courson, p. 33

1770, 23 juillet – Notre-Dame-de-Courson
Retrait lignager d’une pièce de terre engagée par Nicolas Piprel, par messire Henri-César-Auguste de Lyée de Tonnencourt, écuyer, sous-aide major du régiment d’Orléans cavallerie, demeurant ordinairement au logis et manoir seigneurial de Tonnencourt.
= Arch. SHL. 9 FA. – Pap. 2 ff. Dossier Notre-Dame-de-Courson. Analyse Et. Deville.

1772, 23 juin – Tonnencourt
Par devant le notaire du Roy à Orbec soussigné
L’an mil sept cent soixante douze le mardy après midy vingt troisième jour de juin En l’Etude
fut Présent Messire desir antoine Césard Chavallier seigneur et Patron de Tonnancourt demeurant audit lieu Lequel a par ces pnt. Reconnu Devoir a Messire Jacques de Courthoeuvre Chevallier Seigneur du Bocoudrey et Autres Lieux demeurant à Lisieux.
La somme de Six cent Livres mentionnée en une obligation du fait dudit seigneur de Thonnancourt dont ledit Seigneur de Bocaudré est porteur Lequel billet, ou obligation demeure nul au moyen de la présente, Laquelle dite somme de six cent Livres Ledit Seigneur de Tonnancourt La payera audit seigneur de Bocaudrey ou fera payer par M. Le Chevalier de Bonneval Lorsque les lettres de Ratification Seront Scellées ayant pris la voie de l’édit des hipotecques relativement au contrat de vente fait par ledit seigneur de Thonnancourt à M. de Bonneval par acte notarié Et en forme au payement de laquelle somme dans le délay cy dessus fixé pourvu toutefois que ledit seigneur de Bonneval ne retarde pas le payement qu’il doit faire aud seigneur de Tonnancourt qui ne soblige payer la susdite soe que lorsaque Led Seigneur de Bonneval Lui aura remis sesdits aquey il oblige tous ses biens pnts. et a venir Ce fut fait en la pnce. des srs Jean Baptiste Letanneur organiste de cette ville Et pierre rasseut couturier demt. à Orbec temoins qui ont avec lesdits seigneur de tonnancourt et nous nre signé après lecture.
De Lyée de Tonnancourt – Le Tenneur – Pierre rasant – Le Boure
en marge : Je reçu de Monsieur (en surcharge) le Chevalier de Bonneval le montant du présent Laquelle quittance luy sert de main levée et le tout à la decharge de Monsieur de Tonnancourt et suivant mon opposition aux hypothèques du onze juillet dernier. Ce vingt neuf aoust mil sept cent  soixante douze De Courtheuvre. approuvé le mot chevalier en surcharge Bon Bocaudrey
(voir acte du 11 juillet 1772)
= Arch. SHL. 9FA Fonds Deville. Communes T. Dossier Tonnencourt

1770, 23 juillet – Notre-Dame-de-Courson
Retrait lignager d’une pièce de terre engagée par Nicolas Piprel, par messire Henri-César-Auguste de Lyée de Tonnencourt, écuyer, sous-aide major du régiment d’Orléans cavallerie, demeurnt ordinairement au logis et manoir seigneurial de Tonnencourt.
= Arch. SHL. 9 FA. – Pap. 2 ff. Dossier Notre-Dame-de-Courson. Analyse Et. Deville.

3 – Autres pièces FONDS SHL.

CHEFFREVILLE-TONNENCOURT : FONDS 1F
1F719 : septembre 1818 : Tonnencourt : réparation des Chemins vicinaux. (Moulins) (Belleau)

[1] L’analyse de l’acte ci-dessous paraît comporter de multiples fautes de transcription dont certaines sont difficiles à restituer.

[2] P.A.M. LABBEY de LA ROQUE._ La Recherche des élus de Lisieux, CAen Poisson, 1827. p. 11.

[3] Henri de FRONDEVILLE, Les Comptes de Jean Le Muet, p. 209.

[4] Sergenterie d’Orbec Robert de Liée, Tonnancourt (Tonnencourt)
= P.A.M. LABBEY de LA ROQUE, Recherche de Montfaut, Caen, 1818, in-8°.

[5] 1471 – Tonnencourt
 » En 1471, Anne de Lyée, fille de Robert de Lyée, seigneur de Belleau, de la Fosse-du-Bois et de Tonnancourt, et de Catherien de Querville, épousa Guillaume de Guerpel, sieur des  Loges, Montchauvel et Avernes, lieutenant à Exmes ».
= DUBOURG, Les Guerpel. Cité par Henri PELLERIN, PA, 12, N° 5, Mai 1962, pp. 10-11

[6]   1625 – Survie Titres justificatifs du droit qu’ont les décimateurs de Survie de percevoir la dîme pour les terres converties de labour en herbe – Accord entre François Dellyer (de Lyée), chevalier, seigneur de Tonnencourt-­le-Couldrey et Heurtevent, Saint-Jean-de-Livet et Saint-Martin-de-la-Lieue, et François Hardy, prêtre, curé de Tortisambert, doyen de Mesnil-Mauger, au sujet de trois pièces de terre ci-devant en labour et depuis converties en herbage
61 – H. 1756 , 4