PREAUX-Saint-Sébastien




NOTES sur SAINT SEBASTIEN DE PREAUX

1 – Bibliographie.
2 – Pièces Justificatives.
3 – Archives ShL.

1 – Bibliographie:

BEZIERE,
ALIX abbé Frédéric, Saint-Sébastien, sa vie, son culte, son pèlerinage. Pèlerinage de Préaux, orné de quatre planches hors texte. Deuxième édition, Caen, Chesnel, 1912, In-16, 21 p.

BILLY Jacques, Haras et élevages de Normandie, Condé-sur-Noireau, Corlet, 1984, 319 p., ill.

GODESCART, Description des pèlerinages de Préaux, suivie de la vie de Saint-Sébastien et des hymnes de Saint-Sébastien et de la prose, dédiée aux pèlerins qui font ce voyage, A Lisieux, Chez Hersant, Marchand d’images, faubourg Saint-Désir, 1850, In-32, 35 p.

GUIBLAIS Raymond, Promenades dans le canton d’Orbec-en-Auge (Calvados), Rennes, Imprimerie Bretonne, 1959, In-8ø, pp. 38-42

JOUAN Isabelle dir., Pays d’Auge – Un terroir, un patrimoine – Guide des cantons de: Lisieux II, Saint-Pierre-sur-Dives, Livarot, Orbec,s.l.s.d. Pays d’Accueil Sud-Pays-d’Auge (1989), 110 x 210, 81 p. 6 cartes h.t.

LE CLERC Léon, « Chaumières normandes – Préaux », L’Illustration
rec. factice « Pages de Tourisme de l’Illustration « )

LESAGE Georges, « Retour d’un pèlerinage de Préaux … l’époque révolutionnaire », PAR, 25, N° 2, Février 1975

LETOREY Dominique : des bois de Meulles … la Fontaine du val Ratier
PAR 47e année – n°9 décembre 1997.8

LEVEQUE Jean, Saint-Sébastien-de-Préaux, pèlerinage du Pays d’Auge, Illustrations du Commandant Richard Mouton, Bernay, Claudin, 1958,In-8ø, 38 p.

PANNIER Arthème, dans CAUMONT Arcisse de, Statistique monumentale, t.V, pp. 747 sq.; et la suite d’articles de Henri PELLERIN parus dans cette revue d’Août 1960 … Septembre 1962. Voir également: MAYER Annie, Ministère de la Culture et de la Communication Direction du Patrimoine. Catalogue des Plans et Dessins des Archives de la Commission des Monuments Historiques – Tome I, Basse-Normandie: Calvados, Manche et Orne. Introduction de Françoise Berce, Caen, Lafond, 1980, 167 x 250, VII, 367 p., ill. couv. ill.;

PELLERIN Henri, « Saint-Sébastien-de-Préaux. Eglise de Saint-Sébastien-de-Préaux – PAR, 10, N° 8, Août 1960, pp. 11-15; N°9, Septembre 1960, pp. 4-10: « Intérieur de l’église de Saint-Sébastien »; N° 10, Octobre 1960, pp. 10-16: « Découvertes effectuées dans le chœur de l’église »; N° 114, Novembre 1960, pp.14-19: « Le Patronage de l’église de Préaux »; N° 12, Décembre 1960, pp.14-20: « Histoire de l’église de Préaux »; 11, N° 1, Janvier 1961, pp.13-18: idø; N° 2, Février 1961, pp. 10-16: idø; N° 3, Mars 1961, pp.9-14: idø; N° 4, Avril 1961, pp. 9-16: idø; N° 5, Mai 1961, pp. 7-12: »Vie de Saint-Sébastien »; N° 6, Juin 1961, pp. 12-16: « Le pèlerinage de Saint-Sébastien »; N° 7, Juillet 1961, pp. 9-14, idø; N° 8, Août 1961, pp. 5-12, idø; N° 9, Septembre 1961, pp. 7-14: « Le château de Préaux », ill.; N° 10, Octobre 1961, pp. 9-15,: idø; N° 11 Novembre 1961, pp. 7-14,: « Histoire du château de Préaux », dessins de pavés, cheminée; N° 12, Décembre 1961, pp. 19, idø; 12, N° 1, Janvier 1962,pp. 14-20, « Une attaque de la ferme de Gassart sous la Révolution »; 12, N° 2, Février 1962, pp. 12-17: « Le fief de Hayes-Gassart »; N° 3,Mars 1962, pp. 13-17,: idø; 12, N° 4, Avril 1962, pp. 6-11: « Lachapelle Saint-Gabriel »; PAR, 12, N° 5, Mai 1962, pp. 9-15: »Fatouville-L’Epinay »; 12, N° 6, Juin 1962, pp. 13-20: « Le petit manoir de la Vatterie. Le Manoir de la Besnardière »- cheminée XVIIe ;12, N° 7, Juillet 1962, pp. 17-19: « Noms de lieux de Saint-Sébastien-de-Préaux »; 12, N° 7, Juillet 1962, pp. 17-19: idø; 12, N° 8, Août 1962, pp. 16-20: idø; 12, N° 9, Septembre 1962, pp. 12-15: « Voies anciennes. Maires. Bibliographie. Statistique ».

PERROTTE Vital, Notice historique et statistique sur la commune de Saint-Sébastien-de-Préaux, Vimoutiers, 1892, In-8ø, 24 p.
= Arch. Départ. Calv., Br. 3324

2 – Pièces Justificatives:

Insinuations

Transaction du lundi après la St Barthelemi (1340) entre Guillaume de Charmont, évêque de Lisieux et Raoul Faron, seigneur de Préaux, au sujet du droit de patronage de l’église de St Sébastien dudit lieu, duquel l’évêque se désiste comme appartenant au seigneur de Préaux.

Description de l’église 1853

Description de la cloche : Sous la protection de St Sébastien J’ai été bénie du … général en présence de la municipalité et de tous les paroissiens de Préaux.
Lavillette de Lisieux, présent à St Martin de la Lieue, m’a faite en 1792.

Description du château et croquis de la grille annelée du château

Autres nobles noblement tenant de ladite Vicomté d’Orbec :
Pierre de Saint Aubin pour le fief de Préaux (monstres générales)

Recherche des nobles de Lisieux par d’Hozier
Charles Le Bas, seigneur de St Sébastien de Préaux

De Noges, seigneur de Rondefougères, d’ Ardene, de Buron et Préaux
Armoiries ; de gueule à trois aigles à deux têtes d’argent

François de Noges, escuyer, sieur de Préaux 8 novembre 1655.

La ferme de Gassart près de St Sébastien mériterait d’être visitée.

Recherches de 1666
Marguerite d’Irlande, veuve de Jean Deshays sieur de Ticheville, tutrice de ses enfants, issus de Jean ennobli en 1596.
Jean le Vellani : R. au conseil

3 – Archives ShL:

Carnets de Charles VASSEUR –
DOYENNE DE ORBEC.
Sous l’invocation de Saint Sébastien

Curés:
Debris 1764
Charlemaine 1772/1787

– L’EGLISE
 
– LE CHATEAU
 
Michel COTTIN – Juin 1992

La paroisse de Saint-Sébastien-de-Préaux en raison sans doute de la célébrité de son pèlerinage, a fait l’objet d’un grand nombre de travaux auxquels on ne peut mieux faire que de renvoyer le lecteur [1]. Il faut y ajouter les travaux précis et documentés du marquis Henri de FRONDEVILLE tant sur l’administration en Pays d’Auge aux XIVe et XVe siècle qu’à ses recherches sur les Présidents au Parlement de Normandie.
 
Nous résumerons pour vous la partie historique de la  monographie d’Henri PELLERIN, dont il vous est loisible de prendre connaissance, nous attachant surtout aux éléments archéologiques qu’il n’avait pas développés.
 
1 – L’EGLISE
 
L’église est depuis fort longtemps un lieu de pèlerinage [2] bien connu pour la période moderne grâce aux registres des agrégés qui ont été conservés qui ont permis de retracer son aire d’attraction et l’importance de ce pèlerinage est vraisemblablement à mettre en relation avec les dimensions inaccoutumées de ce sanctuaire rural, sans aucun rapport avec sa population.
 
Elle présente le plan classique de nos églises rurales avec un chœur en retrait sur la nef. Seul, le clocher construit à l’angle nord-ouest est-il assez inhabituel mais trouve son équivalent dans celui de l’église de Notre-Dame-de-la-Couture, à Bernay, autre grand lieu de pèlerinage. Une vaste sacristie construite à l’angle nord-est complète ce plan [3].
 
L’examen des maçonneries révèle les multiples avatars du monument. De l’édifice roman, ne subsistent semble-t-il que quelques blocs de roussier, ce poudingue caractéristique des monuments romans de cette époque tels Fervaques et Broglie utilisés en réemploi pour l’édification du chœur. Par contre la présence de massifs contreforts d’angle à ressauts, la pose en lits alternés avec des silex ne peuvent correspondre à une époque aussi reculée. Tout au plus peut-on penser à une campagne remontant à l’extrême fin du XIIe siècle mais plus vraisemblablement au XIIIe siècle, époque à laquelle se rattachent quelques éléments découverts en 1961 à l’occasion de travaux intérieurs: armoire, piscine, etc. et le triplet à large chanfrein. Pour le reste, l’emploi de rognons de silex noyés dans un mortier de chaux, ne présente par de caractère facilement datable.
 
Les murs gouttereaux nord et sud sont percés de baies qui ont été implantées dans des maçonneries plus anciennes et il paraît hasardeux de les dater.
 
La nef, en légère saillie sur le chœur, comme nous l’avons dit, est élevée en blocs de craie cénomanienne de moyen appareil, bien taillés, sans contreforts médians, seul, le pignon ouest, étant contreforté. Une porte percée dans l’axe du pignon ouest est lui encadré de deux autres contreforts à ressauts. Quoique les sols soient sains, dans cette partie, comme on le voit au château, ces murs reposent sur deux assises de granit de moyen appareil. Si, comme le chœur, les baies du mur sud présentent aussi peu d’éléments permettant leur datation, le mur nord, en revanche est percé d’une belle baie à la tracerie flamboyante et d’une autre en plein cintre légèrement plus tardive.
 
La tour, massive, mais cependant gracieuse avec son haut toit en hache, présente une maçonnerie de faux damiers de pierre et brique. Si la partie inférieure utilise surtout des briques plates vernissées vertes, la partie ne comporte que des briques légèrement plus épaisse mais non vernissée. L’étude des comptes de la construction de Saint-Michel de Pont-L’Evêque nous a révélé que ces briques étaient déjà utilisée à la fin du XVe siècles, ce qui se trouve corroboré par l’ensemble des maçonnerie aux profils prismatiques caractéristiques de cette période. L’emploi d’une brique différente et la présence du chronogramme 1599 sur la sole du beffroi correspondant à une restauration peut-être dû à une destruction consécutive aux guerres de Religion où les monuments recelant des reliques furent souvent l’objet de coups de main destructeurs [4] .
 
L’intérieur comporte un intéressant mobilier cultuel: chaire[5], des statues[6], une cloche[7]  ou des tableaux[8], un ensemble varié, bien décrit par Arthème PANNIER et Henri PELLERIN, facilement datable grâce aux innombrables chronogrammes gravés ou peints, sur lequel il ne paraît pas utile de s’étendre.
 
2 – LE CHATEAU
HISTORIQUE
 
Le château de Préaux avec son colombier, ses deux tourelles et ses façades classiques, est assez exceptionnel dans notre région où les grands monuments de pierre sont rares. Ces caractéristiques présentes, il les doit à ces familles dont l’histoire est maintenant bien connue et qui, en raison de leurs attaches rouennaises, entre autres, ont introduit dans notre architecture traditionnelle des éléments étrangers. Il est rare de pouvoir disposer d’une telle documentation, mais nous le verrons la conjonction de l’histoire et de l’analyse archéologique donne de riches moissons.
 
Les débuts de l’histoire de ce domaine sont intimement liés à la seigneurie de la Lande, sise à Cerqueux. La première mention de la paroisse remonte à 1226 lorsque Robert de la Lande, seigneur de Cerqueux, donna aux religieux de Friardel tous les biens qu’il possédait à Saint-Sébastien-de-Préaux; quelques années plus tard, cette donation fut ratifiée par Guillaume de la Lande, son frère auquel sa succession était échue » [9].
 
A la fin du XIIIe siècle, la seigneurie de Préaux était entre les mains de Pierre de Montfort qui, selon le moine-historien de l’abbaye de Friardel écrivant au XVIIe siècle, aurait donné le mercredi après la Saint-Martin d’été de l’an 1282 [10] le patronage de cette paroisse à l’abbaye de Friardel. Henri Pellerin met en doute ce don tout en relevant cependant l’autorisation que Pierre de Montfort donna en 1289 aux religieux  » de Friardel d’acquérir librement dans son fief de haubert et dans tout son fief de Préaux [11]. Mais la donation du patronage ayant été faite sans le consentement de son seigneur direct, en l’occurrence le seigneur de Cerqueux, celle-ci était entachée de nullité.
 
Le patronage, si donation il y eut, ne dut pas rester longtemps entre les mains des moines de Friardel puisque vers 1308, un prêtre nommé Osbert Halbout,, seigneur de Préaux, le remettait entre les mains de l’évêque de Lisieux. Mais pour la même raison, celui-ci ne put le conserver très longtemps bien qu’aux environs de 1350, lorsque le Pouillé du diocèse fut dressé celui-ci en était encore patron.
 
Il faut ouvrir ici une petite parenthèse sur ces droits de patronages dont l’église de Préaux a conservé des traces avec ces lambeaux de litre que l’on peut remarquer sur le chevet et le mur sud. A l’origine de la fondation des premières église, il fut admis que les constructeurs et leur famille conserveraient quelques prééminences sur ces églises, les dîmes restant la propriété du clergé. Aux VIIIe siècle, dans le but a-t-on dit de créer une cavalerie pour lutter contre l’invasion musulmane, on étendit ces droits à la perception des dîmes. Le danger passé, la pratique perdura en bien des endroits jusqu’à la Révolution de 1789 et tout particulièrement dans le diocèse de Lisieux où plus de 50% des patronages étaient laïques. Dès le XIIe siècle, les évêques tenteront par tous les moyens de faire rentrer ces patronages dans les biens de l’église cathédrale ou de la mense canoniales. Ce mouvement de reconquête est particulièrement visible au XIIIe siècle et au début du XIVe siècle. Le cas de Préaux s’inscrit donc dans cette logique et les intérêts pécuniaires expliquent l’acharnement avec lequel ces droits de patronage pouvaient être revendiqués.
 
En 1320, le prêtre Halbout tenait encore ce fief mais lorsqu’en 1412, Pierre de La Lande rendit aveu au roi pour son fief de Cerqueux, il porta dans sa déclaration que  Jean de Saint-Aubin[12] détenait le demi-fief de Préaux.
 
Quelques années plus tard il était possédé par Louis d’Orbec qui devait disparaître à la bataille d’Azincourt. Sa sœur Marie d’Orbec, mariée à Robert Le Sec, entra en possession de son héritage vers 1415, mais, quelques décennies plus tard, vers 1462-1463, il était revenu entre les mains de Geoffroy de Saint-Aubin. Son fils Pierre de Saint-Aubin est cité comme seigneur de Préaux en 1469, 1472 et le 6 janvier 1484.
 
Sans doute par vente, il entra dans la famille Beaudouin. Cette famille, localement importante, détint pendant près d’un siècle la charge de vicomtes d’Orbec. Au premier possesseur de Préaux, Jean Beaudouin , fils de Jean, vicomte d’Orbec, succéda Jacques Beaudouin , fils de Jean, cité dans la Recherche des Elus de Lisieux , en 1540, puis son fils Jean Beaudouin , qui paraît dans de nombreux actes de l’époque. Le fils de ce dernier, Gaston Beaudouin, lieutenant général du Bailli d’Evreux, conseiller au grand Conseil, seigneur de Préaux, de la Chapelle-Gautier et du Fay mourut avant 1577. Il avait épousé Anne Bigot, d’une famille rouennaise, dont il eut deux filles. La seconde, Marie  Beaudouin , épousa en premières noces le 12 octobre 1595, Scipion de Moges. C’était un personnage important, Conseiller au Parlement de Rouen et seigneur de Buron, du Breuil, de la Haye qui, de surplus avait acheté, la terre de Saint-Georges-d’Aunai qui devait constituer l’héritage de son fils aîné.
 
C’est à lui, selon toute vraisemblance que nous devons les premiers grands travaux de transformation du manoir d’origine.
 
Son second fils, François de Moges , né le 24 mai 1603, devint seigneur et patron de Préaux. Conseiller du Roi, maître ordinaire en sa Chambre des Comptes, à Rouen, il épousa le 25 septembre 1646, Marie de Verdelay, dame de Coulonges, en Vendômois et de ce moment, pour un certain temps, vivant sur les terres de sa femme, le domaine fut quelque peu abandonné. Leur fils René de Moges , nommé dans les actes: chevalier, seigneur de Préaux, Le Besneray, Coulonges et Raray, conseiller du Roi au grand Conseil , et avait épousé, en 1677, Elisabeth-Agnès de Marsollier, ne paraît pas non plus avoir résidé beaucoup à Préaux mais plutôt sur sa terre de Raray, canton de Saint-Calais (Sarthe), où naquirent quelques uns de ses enfants. Le 25 octobre 1701, Il était cependant revenu à Préaux, puisqu’il y fit baptiser le second de ses fils qui né quelques années auparavant dans des circonstances difficiles, avait été simplement ondoyé par le chirurgien accoucheur.
 
L’aîné, Alexandre-René de Moges, né le 5 mai 1679, fut reçu page du Roi dans sa petite écurie, le 20 janvier 1694 et épousa le 25 septembre 1724, damoiselle Marie-Angélique de Coupigny. Il fit carrière dans l’armée, où nous le trouvons avec le grade de capitaine de cavalerie au Régiment de Clermont-Prince [13]. Il habita d’une façon assez constante à Préaux, où naquirent trois de ses enfants. C’est à lui sans doute que nous sommes redevables des façades classiques.
 
En 1730, il vendait sa terre de Préaux à Charles Le Bas , sieur des Rivalles, conseiller du Roi. Celui-ci était né le 15 octobre 1663, à Saint-Germain-de-Lisieux. Il avait passé la plus grande partie de sa jeunesse à Paris où il se maria, paroisse Saint-Louis, avec Marie-Louise Bégault de la Girardière, fille de Charles Bégault, écuyer, sieur de la Girardière, conseiller du Roi, premier lieutenant de la Prévôté générale de France et de damoiselle Louise Goyet. Il avait alors 43 ans. Il était alors revenu à Lisieux où il exerçait la charge de receveur ancien et alternatif des tailles, en l’élection de Lisieux qui était un emploi très lucratif. Cinq ans après son mariage, en 1712, il se fit construire à Lisieux, un bel hôtel particulier qui devait devenir l’Hôtel-de-Ville, et qu’Arcisse de CAUMONT, dans sa Statistique , qualifie de remarquable. De son union il eut trois enfants: Léonor Le Bas, baptisé à Saint-Jacques-de-Lisieux, le 22 septembre 1710 et qui eut pour parrain l’Evêque de Lisieux et pour marraine, la marquise de Bullion , dame de Fervaques; Marie-Madeleine-Barbe-Charlotte Le Bas, qui devait épouser en 1731, Michel Deslandes de Blanville, demeurant à Pont-L’Evêque; et Charles-Louis Le Bas, qui suit. Charles Le Bas avait acquis la terre de Préaux le 28 juillet 1730 devant les notaires d’Auquainville [14]. Le fief de Préaux est ainsi désigné: « Demi-fief de haubert, comprenant l’intégralité de la paroisse de Saint-Sébastien-de-Préaux et s’étendant sur quelques paroisses voisines auquel est réuni un sixième de fief, ci-devant en relevant, et nommé le fief de Friardel, ou le fief aux Moines[15] « . Il avait de lointaines attaches avec Préaux et y possédait la terre des Rivalles et du Rassay qui lui venait de son arrière-grand-mère Perrine des Hayes, qui avait épousé Jean Le Bas. Il s’intéressa aux affaires maritimes et arma ainsi un navire, La Société à destination de la Martinique [16]. Il mourut à Lisieux, le 11 août 1735, à l’âge de 71 ans. Sa femme mourut plus de vingt ans plus tard , âgée de 79 ans, à Pont-L’Evêque, chez sa fille.
 
DESCRIPTION
 
Environnement – Accès
 
Construit sur un plateau légèrement mouvementé, le château de Préaux se trouve à quelque distance de l’église. L’examen des photographies aérienne est difficile d’appréciation et l’environnement trop bouleversé au cours des siècles pour permettre de lire avec certitude ses liens avec les voies ou les propriétés environnantes. Tout au plus, mais seule une fouille pourrait le confirmer, il semble que nous nous trouvions en face d’un site fossoyé dont on devine encore les traces çà et là, tout particulièrement au pied du colombier. Cependant, connaissant la propension des architectes de la Renaissance pour les jardins étagés, on peut tout aussi bien y rattacher cette disposition à cette époque.
 
Plan
 
Nous avions donc d’une part un long logis rectangulaire cantonné à une extrémité de deux tourelles, et d’autre part, un important colombier accompagné de bâtiments agricoles dont quelques uns sont aujourd’hui disparus.
 
L’analyse des structures internes du logis révèle qu’à l’origine existait un manoir de bois d’un plan traditionnel avec cheminée centrale, correspondant approximativement aux deux tiers environ de l’édifice actuel, sans doute à la façade classique arrière.
 
Cette construction de bois est bâtie sur une cave mais l’absence de fouilles interdit de connaître les niveaux anciens et de savoir si une portion n’aurait pas été légèrement surélevée. Tous les murs reposent comme à l’église sur deux assises de maçonnerie de granit de moyen appareil à l’exception d’une petite portion de la façade Nord-Est.
 
Sur cette demeure, disons primitive, vinrent se greffer des tourelles montant de fond et coiffées de toits en poivrière. La maçonnerie de pierre de taille en calcaire cénomanien. La taille de la pierre et les moulurations, tant de la corniche que des piédroits des fenêtre avec ses larges encadrements caractéristique par leur modénature du troisième quart XVIe siècle, sont fort soignées. A la même campagne de construction doit se rattacher l’emparement du manoir de bois primitif, à l’origine en retrait de la façade actuelle ainsi qu’en témoigne l’arrêt de la mouluration de la corniche de la tourelle Nord reste visible seulement sur le pignon nord sur lequel nous retrouvons une fenêtre décorée du même encadrement que celles des tourelles.
 
L’articulation de ces tourelles avec le corps de logis s’explique mal, particulièrement dans ses communications. mais peut-être existait-il sur la façade arrière une galerie qui s’étendait au delà du mur actuel.
 
Quelques années plus tard, on dut entreprendre l’édification du colombier. Celui-ci est construit sur une légère butte. Le corps s’élève sur un haut soubassement et l’ensemble présente une maçonnerie d’arases de pierre et de brique alternées selon une formule assez rare dans la région pour cette époque. Le corps, au-dessus du soubassement, le corps est flanqué de pilastres aux tailloirs moulurés, tandis qu’une frise lisse couvre ces chapiteaux et qu’une corniche moulurée, à la modénature différente de celle des tourelles, couronne le tout. Une lucarne très sobre, à fronton triangulaire surhaussé, est assise sur le toit de tuile qui, ayant perdu son lanterneau d’origine paraît un peu écrasée [17]. Malgré cela, il se dégage de l’ensemble une impression de grand raffinement et d’équilibre. L’intérieur comporte plus d’un millier de cases en forme de logette, à la pierre profondément striée par les pattes des pigeons [18]
 
A la même campagne il faut sans doute relier la mise en place des massifs de cheminée du logis et des tourelles. Il s’agit, pour les tourelles, celle du logis ne paraissant pas complète, d’élégantes architectures de briques à deux niveaux d’arcatures géminées en plein cintre, cantonnées de pilastres à chapiteau mouluré séparés par une frise à métopes et triglyphes, dans l’esprit de la décoration du colombier.
 
La famille de Moges qui posséda cette terre et à laquelle nous sommes redevable pour la plus grande part de la physionomie générale du château actuel, avait nous l’avons vu, des attaches avec la région rouennaise et c’est sans doute dans cette direction qu’il nous faut rechercher les sources d’inspiration de ces cheminées fréquemment rencontrées en Pays d’Auge sur d’autres demeures ayant appartenu à des magistrats ou à des officiers de cette ville.
 
L’extrémité Sud-Est et le pignon Est du logis ont conservé une maçonnerie de silex harpée de pierre qui doit remonter à une campagne se situant vraisemblablement au milieu du XVIIe siècle. Enfin, à la dernière grande campagne de transformations extérieures, se rattachent les deux façades classiques Nord et Sud.
 
Très dépouillées, elle présentent un avant-corps en très légère saillie et un appareillage de moyen appareil aux joints soulignés par un anglet. Ces façades, plaquées sur les constructions antérieurs sont d’une qualité très médiocre, insuffisamment assises, sans liaison en particulier avec le pignon Est et mal raccordée avec la tourelle.
 
Elles ont généralement été attribuées à Charles-Louis Le Bas , qui dit-on, sur la fin de sa vie, c’est-à-dire dans les années 1780-1785, aurait entrepris la reconstruction de son château de Préaux. Outre qu’il ne s’agit pas d’une reconstruction puisque l’on conservait le vieux noyau du la fin du XVe siècle, mais simplement d’un « rafistolage », la qualité des travaux et la stylistique de ces façades,  s’accordent mal pour une telle attribution. Les fenêtres aux linteaux droits, l’absence d’encadrements sur les fenêtres sont autant d’éléments qui nous rendent sceptique. Nous y verrions plutôt l’œuvre, un peu bâclée, d’un de Moges, occupant épisodique mais désireux cependant de mettre un peu au goût du jour le château familial.
 
Reste que toutes ces campagnes malgré leur disparité s’accordent bien et la patine du temps jointe à la magnificence de l’environnement font de Préaux l’une des belles demeures du Pays d’Auge.
 

[1] Voir entre autres GODESCART, Description des pèlerinages de Préaux, suivie de la vie de Saint-Sébastien et des hymnes de Saint-Sébastien et de la prose, dédiée aux pélerins qui font ce voyage , A Lisieux, Chez Hersan, Marchand d’images, faubourg Saint-Désir, 1850, in-32, 35 p.; Isabelle JOUAN , dir., Pays d’Auge – Un terroir, un patrimoine  – Guide des cantons de: Lisieux II, Saint-Pierre-sur-Dives, Livarot, Orbec , s.l.s.d. Pays d’Accueil Sud-Pays-­d’Auge ( 1989 ) , 110 x 210 , 81 p. 6 cartes h.t.; Jean LEVEQUE, Saint-Sé­bastien-de-Préaux, pèlerinage du Pays d’Auge , Illustrations du Commandant Richard Mouton, Bernay, Claudin, 1958, in-8°, 38 p.; Raymond GUIBLAIS, Pro­menades dans le canton d’Orbec-en-Auge (Calvados) , Rennes, Imprimerie Breton­ne, 1959, in-8°, pp. 38-42 ; la notice d’Arthème PANNIER dans la Statistique monumentale d’Arcisse de CAUMONT, t. V, pp. 747 sq.; les plaquettes de Vital PERROTTE, Notice historique et statistique sur la commune de Saint-Sébastien-­de-Préaux (Calvados) , s.l.s.d. ( fin XIXe siècle), in-8°, 24 p. et de de Jean LEVEQUE, Saint-Sébastien-de-Préaux, pèlerinage du Pays d’Auge , Illustra­tions du Commandant Richard Mouton, Bernay, Claudin, 1958; et la suite d’arti­cles d’Henri PELLERIN parus dans cette revue d’Août 1960 à Septembre 1962. Voir également : Jannie MAYER, Ministère de la Culture et de la Communica­tion Direction du Patrimoine. Catalogue des Plans et Dessins des Archives de la Commission des Monuments Historiques – Tome I, Basse-Normandie: Calvados, Manche et Orne. Introduction de Françoise Berce , Caen, Lafond, 1980, 167×250, VII, 367 p., ill. couv. ill.; qui signale un relevé de l’église.

[2] abbé Frédéric ALIX, Saint-Sébastien, sa vie, son culte, son pèlerinage. Pèlerinage de Préaux , orné de quatre planches hors texte. Deuxième édition , Caen, Chesnel, 1912, in-16, 21 p.; Georges LESAGE, « Retour d’un pèlerinage de Préaux à l’époque révolutionnaire », PA , 25, N° 2, Février 1975.

[3] On voit sur le claveau de la porte extérieure de la sacristie la date de 1680 tracée d’une manière malhabile. Quoique la corniche, lourde et molle, soit assez typique de cette époque, on peut se demander si les murs ne seraient pas plus anciens. La différence d’épaisseur des assises laisse cependant présumer, quoique la pierre paraisse identique, que ces murs ne sont pas contemporains des murs de la nef.

[4] Selon Henri PELLERIN, qui conteste la lecture de PANNIER, se trouve, un peu plus haut, une autre pièce de bois, sur laquelle  PERROTTE aurait lu: MAS . LOUIS GALOPIN . VICAIRE . DE CE LIEU .

[5] Entre autres une chaire avec inscription: IEAN LEFRONT TREZORIER A FAICT FERRE LA CHERRE EN L’AN 1669 .

[6] Vierge XVIIe siècle. et de saint Sébastien, XVIe siècle.

[7] Cloche de 1951 remplaçant une cloche fondue pendant la Révolution, par La Villette de Lisieux, demeurant alors à Saint-Martin-de-la-Lieue.

[8] Dont une Crucifixion de Gaspar de Crayer ( 1584-1669), offert par la famille Brègi, en 1917.

[9] D’après l’Histoire manuscrite de l’abbaye de Friardel , f° 15 r°. AD 14, fonds de l’abbaye de Friardel; cité par Henri PELLERIN, op. cit. , Novembre 1960, p. 14.

[10] id° , Histoire manuscrite de l’abbaye de Friardel, loc. cit. f° 28, r°.

[11] F° 32 v° et f° 39 r°.

[12] = AN P. 308, LXXIX

[13] LA CHESNAYE-DESBOIS, Dictionnaire de la noblesse , tome X, pp. 160-161, contient une généalogie assez complète de la famille de Moges.

[14] Histoire manuscrite de la famille Le Bas , par Pierre Le Verdier.

[15] Ibid.

[16] « Comptes tenus par Charles Le Bas , de Lisieux, pour l’expédition du navire La Société , capitaine Odièvre, parti d’Honfleur pour la Martinique. 1732-1733. Arch. SHL. Ms. Fonds anc. FK 350 .

[17] Sur le type de couronnement habituel des colombiers de cette époque, voir celui du château d’O reproduit dans Philippe DETERVILLE, « Elégant et racé: le château d’O », Maisons normandes , N° 19, Octobre-Novembre 1993, p. 29, qui présente la même ordonnance de pilastres et de frise.

[18] Sur l’édification des ces colombiers nous renvoyons à notre travail Michel COTTIN, Colombiers de Normandie dans Histoire et tradition populaires – Foyer rural du Billot. Catalogue de l’exposition : L’élevage en Pays d’Auge , N° 25, Mars 1989, pp. 73-76.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *